24 Août 2025
Bang // De Wych Kaozayananda. Avec Jack Kesy, Elliott Allison et Steve Bastoni.
L’idée de départ deBang, réalisé par Wych Kaosayananda, a tout d’une curiosité : un tueur à gages implacable, frappé en pleine poitrine lors d’une fusillade, reçoit par miracle le cœur d’un père de famille mort dans un accident de voiture. Dès lors, ce professionnel du meurtre se retrouve hanté par cette transplantation et par le souvenir d’un homme qu’il n’a jamais connu. Le pitch pouvait donner lieu à une réflexion sur la rédemption, la culpabilité ou la fragilité humaine. Mais sur l’écran, cette promesse se dilue dans un enchaînement de scènes convenues, toutes plus laides les unes que les autres, où le spectaculaire prend le pas sur l’introspection, et où l’absurde se heurte à la monotonie.
L’histoire d’un tueur à gages impitoyable qui, après avoir échappé de justesse à une tentative d'assassinat, trahit son gang dans l'espoir de trouver le pardon, mais devient lui-même une cible.
Le héros, incarné par Jack Kesy, porte le nom de William Bang. Difficile de faire plus programmatique : avec un tel patronyme, il semblait condamné à devenir soit batteur, soit assassin. Le film a choisi la seconde option. Malheureusement, ce personnage central n’a pas l’épaisseur nécessaire pour porter une intrigue qui repose pourtant entièrement sur son évolution intérieure. Bang est d’abord montré comme un tueur froid, exécutant les ordres de son patron Morgan Cutter (interprété par Peter Weller) avec une efficacité clinique. Puis, après l’opération qui lui sauve la vie, il découvre qu’il bat désormais au rythme d’un autre cœur. Au lieu de révéler une transformation progressive, ce basculement psychologique reste superficiel.
Le jeu de Kesy, figé dans un mélange de regards vides et de paroles monocordes, accentue cette impression d’absence. Il devient difficile de croire à sa prise de conscience, ou de ressentir l’impact émotionnel d’un tel événement. S’il existe un élément qui empêche Bang de sombrer complètement dans l’oubli, c’est bien Peter Weller. L’acteur s’empare de son rôle de grand méchant avec une jubilation évidente bien que le cabotinage en long et en large soit clairement son fort ici. Cutter est un parrain de la pègre qui savoure la violence comme d’autres dégustent un bon vin : il fait installer des caméras pour regarder ses tueurs en pleine action, commente les exécutions avec enthousiasme, grignote du popcorn en applaudissant les passages les plus sanglants.
Cette performance démesurée donne un peu de relief à un film qui en manque cruellement. Weller réussit à transformer des dialogues souvent absurdes en répliques presque savoureuses, simplement par sa présence. À travers lui, on entrevoit ce que Bang aurait pu être : un thriller assumant pleinement sa démesure, flirtant avec l’excès jusqu’à devenir un divertissement décomplexé. Malheureusement, autour de lui, tout paraît terne. L’autre faiblesse majeure de Bang se trouve du côté de la réalisation. Wych Kaosayananda ne choisit jamais clairement entre deux registres : faut-il faire un film d’action délirant, assumant son côté série B ? Ou au contraire un récit dramatique, explorant les dilemmes moraux d’un homme soudain contraint de regarder ses crimes autrement ?
Au lieu de trancher, la mise en scène reste coincée dans un entre-deux fade. Certes, quelques scènes de fusillades tiennent la route, et l’utilisation d’un centre commercial désaffecté comme cachette pour les victimes sauvées de justesse par Bang avait du potentiel. Mais la répétition des faux meurtres et les montages trop longs diluent tout impact. À la longue, le film donne l’impression de recycler sans cesse la même idée, sans jamais parvenir à lui donner une forme inventive. L’invraisemblance fait partie intégrante du cinéma d’action, et c’est souvent ce qui en fait le charme. Mais dans Bang, l’accumulation de coïncidences et de facilités scénaristiques finit par lasser.
La survie miraculeuse du héros après plusieurs balles reçues en plein torse, la transplantation providentielle du cœur, la manière dont il échappe à la vigilance de ses supérieurs en multipliant les faux contrats… tout cela aurait pu être amusant si le film avait choisi de jouer la carte de l’ironie. Or, il reste désespérément sérieux, comme s’il craignait d’assumer sa propre excentricité. À cela s’ajoute une romance forcée entre Bang et Gwen (Marie Broenner), la veuve de l’homme dont il a reçu le cœur. Leur relation, censée incarner la quête d’humanité du protagoniste, tombe à plat. Le scénario pousse les deux personnages l’un vers l’autre sans subtilité, donnant lieu à des scènes maladroites qui peinent à susciter l’émotion.
Impossible d’ignorer la dimension ultra-violente du film. Les meurtres s’enchaînent avec une régularité métronomique, les cadavres s’empilent, et certaines séquences semblent conçues uniquement pour choquer. Un exemple : une fête mondaine où les invités, élégants et souriants, se relaient pour frapper un ennemi de la pègre à coups de batte de baseball. L’horreur est suggérée plus que montrée, mais le contraste entre la violence et l’ambiance mondaine pourrait presque avoir des airs de satire. Malheureusement, le film ne développe jamais cette piste. La mise en scène s’arrête au simple effet de contraste, sans chercher à lui donner une véritable signification.
Tout au long du visionnage, j’ai eu le sentiment que Bang aurait gagné à s’assumer comme une série B volontairement excessive. Il y avait matière à en faire un divertissement délirant, bourré de clichés et de répliques cultes. Mais Kaosayananda choisit une approche trop sérieuse, trop appliquée, qui enlève toute saveur. Résultat : au lieu de rire de son absurdité, le spectateur s’ennuie devant une intrigue prévisible et une mise en scène sans éclat. Bang est un film qui se contente d’exister, sans jamais chercher à aller plus loin. Son idée de départ – celle d’un tueur recevant un nouveau cœur et découvrant une conscience – méritait un traitement plus audacieux.
Jack Kesy, trop effacé, n’offre pas à son personnage la complexité attendue. La romance maladroite et les scènes répétitives achèvent de plomber l’ensemble. Il reste quelques éclats : la prestation savoureuse de Peter Weller, certaines séquences de violence volontairement outrancières, et le charme involontaire de surnoms grotesques donnés aux seconds rôles. Mais ces touches isolées ne suffisent pas à sauver un film trop fade pour être vraiment divertissant et trop maladroit pour être crédible. En définitive, Bang illustre un paradoxe : vouloir combiner action sanglante et quête existentielle sans trouver la bonne mesure. Le résultat est un long-métrage qui aurait pu faire sourire par son audace, mais qui finit par laisser une impression d’inachevé.
Note : 2/10. En bref, à ne jamais savoir sur quel pied danser, Bang ne fait jamais « Bang ». Reste Peter Weller en vilain, amusant.
Prochainement en France en SVOD
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