12 Août 2025
Comme des riches // De Amin Harfouch. Avec Brahim Bouhlel, Mehdi Bendjima et Armindo Alves.
L’été a toujours été propice aux comédies légères. Celles qui sentent le sable chaud, la légèreté et le rire facile. Comme des riches s’annonçait comme l’une de ces parenthèses estivales. L’affiche promettait des yachts, Saint-Tropez, et un trio de héros embarqués dans une imposture savoureuse. Un décor de carte postale et un postulat qui, sur le papier, avait tout pour fonctionner : trois jeunes de banlieue qui usurpent l’identité de princes du Golfe, un milliardaire absent, un plan aussi improbable que potentiellement hilarant. Mais à l’écran, le rêve chavire vite. Le film ne prend jamais le large, malgré ses bateaux amarrés dans des eaux turquoise.
Giuseppe travaille sur un magnifique Yacht à Saint -Tropez avec Claude, le concierge, qui mène la grande vie en se faisant passer pour le propriétaire. Mais cette vie de rêve est menacée par Chloé, mandatée par Popovitch le vrai propriétaire du bateau, un milliardaire des pays de l'est, pour le vendre à des princes héritiers du Golfe. Giuseppe a alors l'idée de faire appel à ses trois amis de Saint-Denis, Jamel, Vince et Nabil afin de les faire passer pour les princes du Golfe et faire capoter la vente. Les trois lascars vont donc vivre "comme des riches " le temps d'un week-end à St-Tropez.
Il reste bloqué au port, lesté par un humour lourd et un scénario paresseux. Le rire annoncé se perd dans un océan de clichés. La comédie sociale mordante que laissait espérer le synopsis ne dépasse pas le stade du croquis grossier. Les clichés sur la banlieue et sur Saint-Tropez s’empilent sans jamais être détournés ou subvertis. Les dialogues, plats, manquent de rythme et de justesse. La mise en scène peine à donner corps à une intrigue qui se contente d’aligner des situations improbables sans lien organique entre elles. Un clin d’œil à La Chèvre fait sourire par nostalgie, et quelques guests (Philippe Lacheau, Franck Gastambide, Tarek Boudali) apportent un souffle ponctuel.
Mais ces apparitions restent anecdotiques et ne suffisent pas à relever l’ensemble. Le film se contente d’un humour répétitif, souvent appuyé, rarement percutant. L’interprétation souffre du même manque de mesure que l’écriture. Philippe Katerine, concierge mythomane, surjoue à s’essouffler. Youssef Hajdi, affublé d’un accent italien caricatural, finit par lasser. Quant au trio censé porter le récit — Brahim Bouhlel, Fehdi Bendjima et Armindo Alves — il peine à trouver un ton commun. L’énergie n’y est pas, et la complicité que réclame ce genre de comédie ne prend jamais. Même les rares notes justes d’Alice Dufour ou Fehdi Bendjima se noient dans un montage haché, des punchlines hors tempo et une musique omniprésente qui cherche à combler le vide.
À force de vouloir forcer le rire, le film fatigue plus qu’il n’amuse. Le plus frustrant dans Comme des riches, c’est son incapacité à exploiter pleinement son sujet. Derrière la farce, il y avait matière à une vraie réflexion sur l’ascension sociale, le fantasme de richesse et les illusions que l’on se fabrique pour échapper à la réalité. Le cadre de Saint-Tropez, avec ses excès et ses faux-semblants, était idéal pour une satire fine. Mais le film ne dépasse jamais le stade du gag facile. Au lieu d’égratigner, il caresse. Au lieu de faire réfléchir, il distrait à peine. L’arnaque centrale devient une succession de sketchs, les déguisements se réduisent à des costumes de carnaval, et les enjeux s’évaporent.
Le résultat ? Une comédie molle, qui n’ose ni le burlesque assumé, ni le réalisme piquant. Visuellement, les yachts, villas et plages sont bien là, mais filmés comme dans une brochure touristique. Le montage au ralenti donne plus l’impression d’une publicité pour location de luxe que d’un film de cinéma. Loin d’inviter à plonger dans l’histoire, ces images renforcent le sentiment d’artifice. On sent pourtant chez Amin Harfouch, le réalisateur, une volonté sincère de livrer une comédie populaire et solaire. Mais cette sincérité se heurte à une écriture trop sage, trop formatée, qui n’explore jamais vraiment ses personnages ni leurs contradictions. La fracture sociale qu’il voulait évoquer reste un décor de fond, jamais un moteur dramatique.
La comédie française a toujours oscillé entre films populaires assumés et tentatives plus ambitieuses. Comme des riches se situe quelque part entre les deux, mais n’atteint aucun des deux rives. Elle voudrait la fraîcheur d’une Bande à Fifi (la présence de Philippe Lacheau n'est pas anodine), la verve d’un OSS 117, mais finit par ressembler à un téléfilm TF1 des années 2010, sans mordant ni inventivité. À la sortie, il reste l’impression d’avoir assisté à une farce inaboutie, une succession d’occasions manquées. Ce n’est pas tant le manque de moyens qui plombe le film, mais le manque d’audace. Même dans ses scènes les plus extravagantes, il ne parvient pas à se libérer de ses carcans. Comme des riches avait une base prometteuse : un sujet universel, un décor glamour, un trio de héros prêts à tout pour tromper leur monde.
Mais l’exécution, plombée par un humour appuyé et un scénario plat, laisse un goût amer. Les rares moments qui fonctionnent semblent presque accidentels, comme des éclats isolés dans un ensemble qui ne parvient jamais à prendre forme.
Note : 1/10. En bref, un film qui aurait pu briller par sa satire, mais qui se contente de jouer aux riches en plastique. Et dans cette comédie-là, le billet d’entrée ne vaut pas le voyage.
Sorti le 23 juillet 2025 au cinéma
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