Critique Ciné : Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) (2025)

Critique Ciné : Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) (2025)

Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) // De Pat Boonnitipat. Avec Putthipong Assaratanakul, Usha Seamkhum et Tontawan Tantivejakul.

 

Les films thaïlandais ont rarement l’occasion de franchir nos frontières, se limitant le plus souvent à des productions d’action ou à des œuvres d’auteur très spécifiques. Avec Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère), Pat Boonnitipat propose une voie différente : celle d’une comédie dramatique subtilement teintée d’humour, centrée sur les liens familiaux et la question universelle de l’argent. Il ne s’agit pas d’un récit spectaculaire ni d’un film destiné à provoquer l’hilarité constante, mais d’un portrait sensible d’une génération confrontée à la cupidité et aux tensions autour d’un héritage. L’histoire est simple en apparence : M, un jeune homme fauché et plutôt opportuniste, se retrouve face à sa grand-mère, Amah, atteinte d’une maladie grave mais lucide et consciente de sa fortune. 

 

Quand M apprend que sa grand-mère est malade, il voit une opportunité de mettre fin à ses galères. En jouant les petits-fils modèles, il compte bien décrocher l’héritage ! Mais gagner ses faveurs est loin d’être une mince affaire, et pour toucher le pactole, il est prêt à tout. Ce qui commence comme une mission intéressée devient peu à peu l’histoire d’un petit-fils et d’une grand-mère qui apprennent à se connaître…

 

Initialement, M voit dans cette situation l’opportunité de sécuriser un avenir financier sans effort. Sa démarche n’est pas teintée de méchanceté explicite, mais de l’élastique moral d’un personnage qui cherche à conjuguer opportunisme et affectation. La relation entre le petit-fils et sa grand-mère se construit alors sur un équilibre délicat entre cynisme et tendresse, une oscillation que le film explore sans jamais tomber dans le pathos convenu. Le personnage de M est interprété par Putthipong Assaratanakul, dont le jeu oscille entre maladresse et charme ambigu. Il incarne un jeune homme capable de manipulation mais pas totalement dépourvu de sentiments, un individu dont les tentatives de tendresse semblent toujours un peu mal ajustées, presque comme un costume trop grand pour lui. 

 

Face à lui, Usha Seamkhum prête à Amah une présence imposante, presque souveraine. Son interprétation ne se limite pas à jouer : elle impose, scrute, devine les intentions et transforme chaque scène en un dialogue silencieux où le non-dit pèse autant que les mots. La mise en scène contribue largement à cette tension subtile. Les cadres sont épurés, les dialogues parfois réduits à leur strict minimum, laissant les gestes, les regards et les silences raconter l’histoire. Une simple table de repas devient un lieu de confrontation, chaque bol de riz posé étant chargé d’une signification presque menaçante. Boonnitipat utilise cet espace avec économie mais efficacité : la caméra ne cherche pas à impressionner, elle observe, donnant au spectateur le temps de saisir la complexité des interactions familiales.

 

Le film repose largement sur un paradoxe culturel intéressant : la place de l’argent dans les relations familiales. Dans ce contexte thaï d’origine chinoise, le respect des anciens et l’importance de la famille sont indissociables des questions de patrimoine. La cupidité, bien que parfois présentée avec humour, révèle une dimension universelle : le matérialisme influence les choix et les comportements de chacun, jusqu’à affecter l’expression de l’affection et de l’attention. Boonnitipat semble montrer que derrière les gestes de courtoisie et les sourires polis se cache une mécanique sociale subtile, où l’héritage devient un révélateur des rapports humains.

 

Le titre, volontairement provocateur, suggère un récit léger et mercantile. Pourtant, dès les premières scènes, il apparaît que le film n’est pas une comédie pure. L’humour y est caustique, parfois discret, souvent absent au profit d’une observation fine des comportements. Les moments de tendresse émergent sans jamais être forcés, souvent au milieu de situations où l’attente d’un gain financier domine. Cette ambiguïté est peut-être ce qui rend le film intéressant : il ne dicte pas une émotion, il la propose. La bande sonore, basée sur des morceaux de piano, renforce cette impression. Elle accompagne le récit sans chercher à le manipuler émotionnellement. 

 

Ici, pas de crescendo dramatique artificiel, mais un soutien constant qui souligne la mélancolie et la délicatesse des scènes. Le rythme du film est lent, parfois long, mais il permet de respirer, de laisser les personnages exister dans leur environnement et d’apprécier la subtilité des interactions. L’un des aspects les plus marquants est la façon dont le film traite la transformation du personnage principal. M commence comme un jeune homme centré sur lui-même et ses intérêts financiers. Progressivement, sa relation avec Amah lui fait toucher du doigt des valeurs plus humaines : le respect, la reconnaissance et l’attention sincère à autrui. Cette évolution est naturelle, jamais imposée, et évite les effets de manche souvent présents dans les récits de rédemption. 

 

La conclusion, bien que prévisible dans sa structure, offre une dimension émotionnelle qui s’ancre dans la réalité plutôt que dans l’exagération sentimentale. Il serait injuste de qualifier ce film de simple mélo. S’il joue sur des codes connus – héritage, famille, maladie – il les utilise pour sonder des questions sociales et culturelles profondes. Le regard porté sur les relations intra-familiales dans une société moderne, où l’individualisme progresse, est pertinent. Loin d’un cinéma occidentalisé ou de clichés touristiques sur la Thaïlande, Boonnitipat propose un film authentique, ancré dans une culture spécifique mais porteur d’une réflexion universelle. Cependant, le film n’est pas exempt de critiques. La linéarité du scénario et le rythme parfois long peuvent rendre la projection exigeante pour certains spectateurs. 

 

Les notes de piano omniprésentes, bien qu’efficaces pour créer une atmosphère, finissent par accentuer le côté mélancolique et larmoyant du récit. Le contraste entre la tension comique suggérée par le titre et la gravité des situations peut aussi surprendre, voire dérouter, ceux qui s’attendent à une comédie légère. Pourtant, cette forme de réalisme a ses vertus. Elle permet d’observer des personnages dont les intentions sont ambivalentes, où l’intérêt personnel et l’affection sincère coexistent. Les scènes réussies sont celles qui prennent le temps de montrer ces nuances : un regard qui s’adoucit, un geste qui trahit une hésitation, une parole prononcée avec ambiguïté. 

 

Ces détails construisent un tableau crédible et sensible de la vie familiale, où l’argent est un révélateur plus qu’un moteur unique. Boonnitipat conserve sa singularité : il mêle observation sociale et humour discret, proposant un équilibre fragile entre satire et tendresse. Le spectateur peut ainsi apprécier le film sans être constamment sollicité émotionnellement, ce qui laisse place à une lecture personnelle de l’histoire. En définitive, Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) ne se laisse pas réduire à une comédie ou à un mélo familial. Il s’agit d’une exploration des rapports humains dans un contexte culturel précis, un portrait de famille où l’argent révèle les tensions mais aussi les élans sincères. Il ne provoque pas le rire ou les larmes de manière spectaculaire, mais il touche par sa justesse, sa délicatesse et sa capacité à montrer l’ambiguïté des sentiments.

 

La subtilité de la mise en scène, la performance des acteurs et l’observation fine des comportements offrent une expérience qui mérite l’attention, même si elle demande patience et sensibilité. Ce film rappelle que les relations familiales sont complexes et que l’amour ne se mesure pas en chiffres, même lorsque l’héritage semble central. Boonnitipat montre que le matériel et le sentiment coexistent, parfois en tension, parfois en harmonie. Il met en scène un univers où chaque geste, chaque regard, chaque silence raconte autant qu’un dialogue, et où la transformation d’un personnage n’a rien d’artificiel mais découle d’une interaction réelle et crédible.

 

Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) n’est pas un film qui laisse indifférent. Il documente, il fait réfléchir, il questionne les priorités et la sincérité des relations humaines. Il offre une vision nuancée des liens familiaux et de la cupidité, une réflexion sur le respect des anciens et la place de l’argent dans nos vies. Sans chercher à divertir à tout prix, il touche par sa justesse et sa subtilité, et laisse au spectateur le soin de méditer sur la manière dont il se relie à sa propre famille et à ses propres valeurs.

 

Note : 6.5/10. En bref, Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) n’est pas un film qui laisse indifférent. Il offre une vision nuancée des liens familiaux et de la cupidité, une réflexion sur le respect des anciens et la place de l’argent dans nos vies. Pour autant, celui-ci n'est pas exempt de défauts.

Sorti le 16 avril 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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