Critique Ciné : Couic ! (2025, Netflix)

Critique Ciné : Couic ! (2025, Netflix)

Couic ! // De Genndy Tartakovsky. Avec la voix de Adam Devine, Kathryn Hahn et Idris Elba.

 

J’attendais Couic ! avec une curiosité réelle, presque fébrile. L’idée de voir un long-métrage d’animation 2D destiné à un public adulte, porté par un réalisateur reconnu et un casting vocal prestigieux, avait de quoi éveiller l’intérêt. Et il faut bien le dire, sur le papier, le projet avait tout pour séduire : un style graphique qui rappelle l’âge d’or des années 90-2000, une promesse d’humour irrévérencieux, et une ambiance décomplexée. Visuellement, Couic ! frappe juste. Les couleurs éclatent, les personnages possèdent des silhouettes marquées, et la fluidité de l’animation prouve qu’un savoir-faire solide subsiste dans ce domaine. 

 

Le réalisateur visionnaire Genndy Tartakovsky propose "Couic !", une comédie d'animation pour adultes sur Bull, un gentil chien ordinaire qui apprend qu'il va être castré ! Alors que la gravité de l'événement s'abat sur lui, Bull se dit qu'il doit vivre une ultime aventure avec ses meilleurs amis pour fêter les dernières 24 heures avec ses bijoux de famille ! Tout va bien se passer… pas vrai ?

 

Certaines séquences, notamment celles se déroulant dans la boîte de nuit du film, dégagent une énergie réjouissante et une vraie maîtrise plastique. Le film réussit parfois à faire oublier ses maladresses grâce à sa direction artistique, et il y a dans certaines compositions un plaisir presque nostalgique à retrouver ce type de trait animé, largement éclipsé par l’hégémonie du 3D. Pourtant, derrière cette enveloppe séduisante, Couic ! révèle rapidement ses failles. La plus évidente concerne le rythme. Là où l’on pouvait s’attendre à un enchaînement nerveux et dynamique – comme le genre de comédie adulte animée semble souvent le favoriser – le film adopte un tempo étonnamment lent. Les scènes s’étirent au-delà de ce qu’elles devraient, donnant parfois l’impression d’assister à un sketch trop long qu’aucun montage n’est venu resserrer. 

 

Certaines séquences auraient pu être réduites de moitié sans rien perdre de leur impact. Résultat : la narration manque d’élan et l’attention finit par décrocher. Sur le terrain de l’humour, le constat est plus mitigé encore. Couic ! affiche fièrement son étiquette « -16 ans » et mise beaucoup sur la provocation. Blagues sexuelles, dialogues volontairement crus, situations absurdes… Tout y est. Mais l’insistance à vouloir choquer ou amuser à tout prix produit souvent l’effet inverse. Le rire forcé n’est jamais loin, et certaines vannes tombent à plat par excès de calcul. On sent que le scénario cherche constamment à prouver qu’il peut être irrévérencieux, au point d’oublier que la spontanéité est l’alliée naturelle de la comédie.

 

Il existe pourtant des moments qui fonctionnent. Quelques échanges bien écrits, une ou deux trouvailles visuelles, des situations où le ton trash se marie enfin avec une idée de mise en scène inventive. Mais ces éclats se perdent dans un flot de gags redondants, comme si le film recyclait en boucle les mêmes registres d’humour, jusqu’à l’usure. Le jeu vocal mérite qu’on s’y attarde. Dans l’ensemble, les comédiens prêtant leur voix aux personnages font preuve d’une belle implication. Même dans les scènes les moins inspirées, l’interprétation parvient à insuffler un minimum d’énergie. Certaines voix apportent un relief appréciable à des personnages pourtant peu développés. 

 

Mais là encore, un problème de direction se fait sentir : certains dialogues sont surjoués, d’autres manquent de naturel, et il arrive que le synchronisme labial laisse à désirer, cassant ainsi l’immersion. La structure narrative, quant à elle, oscille entre comédie et tentative de raconter une véritable histoire. Cette double ambition n’est pas forcément un défaut, mais elle est ici mal équilibrée. Le film veut à la fois faire rire par le décalage et impliquer émotionnellement son spectateur dans l’intrigue. Or, les personnages ne sont pas assez attachants pour que leurs enjeux dramatiques suscitent un véritable intérêt. On assiste donc à des scènes censées être touchantes ou porteuses de sens, mais qui peinent à provoquer autre chose qu’un haussement d’épaules.

 

Un autre aspect surprenant réside dans la gestion des références et influences. Il est clair que Couic ! s’inspire de certaines figures de l’animation adulte et de la comédie américaine contemporaine. L’ombre de productions comme Sausage Party plane sur le projet. Mais l’hommage tourne vite au mimétisme. Ce qui faisait la force de ces œuvres – un propos sous-jacent, une satire assumée – semble ici remplacé par une accumulation de gags chocs dépourvus de réel message. La bande-son illustre bien cette ambivalence. Quelques morceaux musicaux accompagnent efficacement l’action, donnant parfois du relief à une séquence visuellement forte. Mais dans d’autres cas, les choix musicaux paraissent déconnectés du ton général, accentuant la sensation de patchwork qui se dégage du film. 

 

Même constat pour le sound design, qui alterne entre passages soignés et effets sonores cheap, presque bâclés. Reste à évoquer le cœur de la proposition : la volonté de créer un film d’animation adulte assumé. Sur ce point, Couic ! mérite d’exister. La production prouve qu’il est possible de sortir des carcans familiaux habituels et de tenter des approches plus crues, plus risquées. Mais un tel pari ne fonctionne vraiment que s’il s’appuie sur un scénario solide et une direction claire. Ici, la provocation prend trop souvent le pas sur la cohérence, et le résultat ressemble à une série de sketches reliés entre eux par un fil narratif ténu. En définitive, Couic ! laisse un sentiment mitigé. Il y a un vrai plaisir visuel à retrouver une animation 2D expressive et colorée. 

 

Les comédiens vocaux s’investissent et sauvent parfois une scène qui, sur le papier, ne tenait pas debout. Quelques blagues réussies parsèment le visionnage. Mais l’ensemble souffre d’un rythme étiré, d’un humour trop appuyé pour être efficace, et d’un manque de profondeur dans l’écriture. Ce n’est ni un désastre absolu ni une réussite mémorable. Plutôt un objet cinématographique curieux, bancal, qui oscille entre envie de bien faire et maladresse persistante. Un film qui donne l’impression d’avoir été pensé comme une série télé gonflée en long-métrage, sans que l’adaptation au format ait été véritablement réfléchie. En terminant le film, difficile de savoir à qui recommander Couic !. 

 

Les amateurs d’animation 2D y trouveront peut-être leur compte, ne serait-ce que pour le plaisir de voir ce style revenir sur les écrans. Ceux qui recherchent une comédie adulte au ton vraiment percutant risquent, en revanche, de rester sur leur faim. 

 

Note : 4/10. En bref, Couic ! illustre parfaitement cette zone grise entre potentiel visuel et faiblesse scénaristique. Un film qui, à force de vouloir faire rire en choquant, finit par ressembler à un numéro de cabaret où le spectacle des couleurs masque mal le vide du propos.

Sorti le 13 août 2025 directement sur Netflix

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article