Critique Ciné : Descendent (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Descendent (2025, direct to SVOD)

Descendent // De Peter Cilella. Avec Ross Marquand, Sarah Bolger et Charlene Amoia.

 

Descendent, réalisé par Peter Cilella, m’a intrigué par son synopsis. Présenté comme un mélange de science-fiction et de drame psychologique, il promettait une plongée dans l’esprit tourmenté d’un homme confronté à l’inexplicable. Mais une fois le film terminé, la question persiste : s’agit-il d’un récit de science-fiction sur les abductions extraterrestres, ou bien d’une étude de caractère autour de la solitude, de la paternité et de la fragilité mentale ? Ce flottement permanent, loin d’être une force, finit par transformer l’expérience en parcours frustrant. Le film suit Sean, interprété par Ross Marquand, un agent de sécurité enfermé dans une vie monotone, au bord de la paternité. 

 

Un gardien d'école de Los Angeles, troublé et hanté par une tragédie familiale, commence à avoir d'étranges visions après l'apparition d'une lumière mystérieuse dans le ciel. Alors que la date d'accouchement de sa femme approche, il se précipite pour affronter ses démons avant que son obsession grandissante ne le consume.

 

Entre anxiété, manque de perspectives et peur de ne pas être à la hauteur, son existence vacille lorsqu’il aperçoit une étrange lumière dans le ciel. Peu après, il est victime d’une abduction qui laisse des traces indélébiles : visions troublantes, cauchemars, perceptions altérées et un nouveau don artistique inattendu. Sur le papier, le point de départ est accrocheur. Mais très vite, le récit bascule dans une spirale introspective où les éléments de science-fiction deviennent secondaires, presque accessoires. L’histoire s’installe dans une zone grise entre hallucination et réalité, ce qui aurait pu être passionnant si le scénario ne s’enlisait pas dans la répétition.

 

Impossible de nier la performance de Ross Marquand. L’acteur, connu pour son rôle dans The Walking Dead, livre ici un personnage fragile, rongé par ses démons intérieurs. Il parvient à exprimer avec justesse les doutes d’un futur père confronté à ses propres angoisses. Ses regards perdus, sa nervosité palpable et sa lente dérive psychologique donnent au film son unique point d’ancrage émotionnel. Aux côtés de Marquand, Sarah Bolger incarne une épouse dépassée par la situation, tiraillée entre inquiétude et incompréhension. Leur duo fonctionne, mais reste prisonnier d’une écriture trop schématique qui ne leur permet pas d’explorer toutes les nuances de cette relation.

 

L’un des plus grands malentendus de Descendent réside dans son rapport au genre. Le film s’affiche comme un thriller de science-fiction, mais n’en assume jamais vraiment les codes. Les extraterrestres, à peine visibles à l’écran, ne sont qu’un prétexte symbolique, une métaphore du trauma et de l’angoisse existentielle. Le problème est que cette orientation dramatique ne trouve pas un équilibre clair : d’un côté, les amateurs de science-fiction resteront sur leur faim, de l’autre, les spectateurs intéressés par une étude psychologique seront probablement agacés par la couche cosmique mal intégrée. En choisissant cette voie intermédiaire, le film perd l’intensité attendue d’un récit d’abduction et peine à convaincre dans sa dimension introspective. 

 

Résultat : une impression de fausse promesse, comme si le film avait peur de choisir son camp. Peter Cilella signe une réalisation propre et appliquée. L’ambiance est soignée, les jeux de lumière renforcent la tension, et certaines séquences respirent une inquiétante étrangeté. Mais ce travail visuel ne suffit pas à masquer la lenteur excessive du récit. Le film se déroule comme une succession de visions et de cauchemars qui finissent par tourner en rond. L’absence d’évolution tangible du personnage principal donne la sensation d’un récit en suspens, incapable d’avancer. La construction dramatique aurait gagné à être resserrée, à offrir plus de respiration ou, au contraire, davantage d’événements concrets pour relancer l’intérêt.

 

Si le film parvient encore à tenir en haleine durant ses deux premiers tiers, il s’écroule littéralement dans son dernier acte. L’ultime séquence, volontairement énigmatique, multiplie les symboles sans jamais leur donner de sens clair. Sean retrouve son père décédé, croise un inconnu qui semble l’attendre, puis retourne auprès de sa femme comme si de rien n’était, ses dessins couvrant désormais les murs de la chambre. S’agit-il d’une hallucination ? D’un cycle qui recommence ? Cette fin volontairement ouverte ne provoque pas la réflexion escomptée. Elle laisse plutôt un goût d’inachevé, comme si l’équipe créative n’avait pas trouvé le moyen de conclure son récit autrement qu’en coupant brutalement. En sortant de Descendent, une impression domine : celle d’avoir assisté à un film plein de potentiel, mais incapable de l’exploiter pleinement. 

 

L’ambition est là, portée par une volonté claire de dépasser les codes du genre pour parler de trauma, de solitude et d’anxiété paternelle. Mais le résultat ressemble davantage à un exercice inabouti qu’à une œuvre aboutie. Certains spectateurs apprécieront cette approche intimiste, cette lente descente dans l’esprit d’un homme fragilisé. D’autres, dont je fais partie, resteront frustrés par l’absence de véritable progression narrative et par un final brouillon qui détruit l’investissement accumulé jusque-là. Descendent est une curiosité. Ce n’est pas un film raté dans sa forme – l’interprétation et la mise en scène tiennent la route – mais son écriture fragile en fait une expérience bancale. Ceux qui espèrent un récit classique d’abduction extraterrestre seront déçus. Ceux qui cherchent un drame psychologique puissant risquent de trouver l’ensemble trop figé.

 

Reste le plaisir de voir Ross Marquand livrer une performance intense, prouvant qu’il mérite davantage de premiers rôles. Malheureusement, cette prestation ne suffit pas à sauver un scénario qui refuse de choisir entre science-fiction et introspection. En définitive, Descendent illustre bien cette catégorie de films qui divisent. Certains y verront une tentative audacieuse de revisiter le genre, d’autres n’y trouveront qu’une coquille vide. 

 

Note : 3.5/10. En bref,  le film m’a laissé avec un sentiment d’inachevé, comme si je venais de regarder un prologue sans jamais accéder au véritable cœur du récit.

Prochainement en France en SVOD

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