Critique Ciné : Évanouis (2025)

Critique Ciné : Évanouis (2025)

Évanouis // De Zach Cregger. Avec Josh Brolin, Julia Garner et Alden Ehrenreich.

 

Évanouis, nouveau long-métrage de Zach Cregger, cherche à installer un malais persistant, celui qui s’infiltre lentement sous la peau. Après Barbarian, qui avait déjà marqué les amateurs de cinéma de genre par son audace, le réalisateur signe ici un thriller d’épouvante aux contours insaisissables, où l’angoisse collective devient le véritable monstre. Tout commence dans la petite ville fictive de Maybrook, un lieu ordinaire baigné par la chaleur moite de l’été géorgien. À 2h17 du matin, une classe entière d’écoliers disparaît, à l’exception d’un seul rescapé. L’événement, aussi brutal qu’inexplicable, agit comme une onde de choc. 

 

Lorsque tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un, disparaissent mystérieusement la même nuit, à la même heure, la ville entière cherche à découvrir qui — ou quoi — est à l’origine de ce phénomène inexpliqué.

 

Ce n’est pas un simple point de départ narratif : l’heure devient un symbole, une fissure dans le quotidien, une obsession qui hante chaque personnage. L’originalité d’Évanouis réside dans sa structure. Plutôt que de suivre un seul protagoniste, Zach Cregger découpe son récit en six chapitres, chacun centré sur un personnage clé : la maîtresse dépassée par les événements, le père rongé par le vide laissé par son fils, un policier à la loyauté douteuse, un adolescent paumé, un junkie au passé trouble et une vieille femme inquiétante dont les secrets semblent aussi anciens que la ville elle-même. Chacun apporte un morceau du puzzle, mais aucun ne livre toute la vérité. Ce choix narratif donne à Évanouis un rythme particulier, parfois lent, mais toujours calculé. 

 

Cregger joue sur l’attente, installe des silences, multiplie les regards lourds de sous-entendus. Les scènes vraiment violentes sont rares et d’autant plus marquantes qu’elles surgissent sans prévenir. Le réalisateur privilégie l’atmosphère à l’horreur gratuite, un peu comme si chaque plan retenait son souffle. Visuellement, le film opte pour une caméra souvent placée à hauteur d’enfant, renforçant l’impression d’innocence brisée. Les couleurs sont désaturées, presque ternes, comme si la vie avait quitté Maybrook avec ses enfants. La lumière crue met en relief les visages marqués par la fatigue, le doute et la peur.

 

Julia Garner prête ses traits à l’institutrice soupçonnée par certains habitants. Par moments, son jeu frôle le surjeu, mais il traduit bien la panique intérieure et l’épuisement moral d’un personnage constamment sur la défensive. Josh Brolin, en père déterminé, incarne la colère contenue et la douleur muette avec une intensité rare. Cary Christopher, jeune acteur incarnant le seul enfant rescapé, impressionne par sa retenue et sa capacité à transmettre l’angoisse sans prononcer un mot. Quant à Amy Madigan, elle glace littéralement le sang dans un rôle ambigu, quelque part entre la figure maternelle et la menace diffuse.

 

Même si le marketing a parfois présenté Évanouis comme un film d’horreur pur et dur, il s’agit en réalité d’un thriller d’épouvante qui s’autorise des incursions dans le drame psychologique. Les amateurs de frissons sanglants pourraient rester sur leur faim : ici, la peur ne vient pas de ce qui surgit à l’écran, mais de ce qui se devine en creux. Le film s’intéresse moins au “comment” qu’au “pourquoi” — et surtout aux répercussions émotionnelles d’une disparition collective. Cette approche en fait une œuvre à la fois fascinante et frustrante. Fascinante, parce qu’elle ose jouer avec les codes et briser la linéarité classique du récit. 

 

Frustrante, car la résolution reste volontairement floue, laissant plusieurs questions sans réponse. Audace narrative ou échappatoire scénaristique ? Chacun jugera. Difficile de ne pas penser à Ça ou Les Revenants en regardant Évanouis. On retrouve ce mélange de surnaturel suggéré, de paranoïa rampante et de petite communauté rongée par ses secrets. Mais là où Stephen King aligne souvent les explications, Cregger préfère cultiver l’ambiguïté. Cette retenue narrative alimente la tension, mais elle risque aussi de frustrer ceux qui attendent un dénouement clair. Le film est aussi émaillé de touches d’humour noir, parfois inattendues. Elles ne brisent pas la tension, mais ajoutent une étrangeté supplémentaire, comme si tout à Maybrook oscillait entre la tragédie et la farce.

 

Plus que les rares scènes d’action ou de gore, ce sont les silences qui restent en mémoire. Des dialogues interrompus, des phrases laissées en suspens, des regards qui en disent plus long que des mots. Évanouis est moins un récit à résoudre qu’une expérience sensorielle : le son d’un couloir vide, le grincement d’une chaise dans une salle de classe abandonnée, le souffle coupé d’un enfant qui ne parle plus. Évanouis n’est pas un film pour ceux qui veulent tout comprendre dès le générique de fin. C’est une œuvre imparfaite mais habitée, qui mêle disparition mystérieuse, drame intime et tension collective dans une mise en scène précise et oppressante. 

 

Zach Cregger y confirme son goût pour les récits fragmentés et les atmosphères troubles, tout en laissant assez de zones d’ombre pour hanter longtemps après la projection. Peut-être que certains spectateurs sortiront frustrés. Peut-être que d’autres, au contraire, apprécieront cette manière de ne pas tout dire, de laisser planer l’incertitude. Mais une chose est sûre : à Maybrook, il est 2h17 pour toujours.

 

Note : 8.5/10. En bref, Zach Cregger transforme la disparition d’une classe en thriller hypnotique.

Sorti le 6 août 2025 au cinéma

 

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G
bonjour a toi<br /> ah ce film a l'air trop bien<br /> a découvrir :OP merci pour ton article<br /> bonne semaine
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