Critique Ciné : Horizon, une saga américaine - Chapitre 1 (2024)

Critique Ciné : Horizon, une saga américaine - Chapitre 1 (2024)

Horizon, une saga américaine - Chapitre 1 // De Kevin Costner. Avec Kevin Costner, Sienna Miller et Sam Worthington.

 

Lorsque Kevin Costner a annoncé qu’il travaillait sur Horizon, une saga américaine, j’ai ressenti un vrai frisson d’enthousiasme. J’ai raté la sortie au cinéma l’an dernier puisqu’il n’est resté que deux semaines à l’affiche et j’étais en vacances. Le western est un genre rare aujourd’hui, et voir un cinéaste-acteur de cette trempe investir autant d’énergie et de moyens dans un projet original donnait l’impression d’assister à un retour aux sources du grand cinéma américain. Le pitch était ambitieux : quatre films de trois heures chacun, couvrant plusieurs décennies d’expansion vers l’Ouest, avec un casting impressionnant et un budget de cent millions de dollars rien que pour ce premier volet. 

 

Sur une période de 15 ans avant et après la Guerre de Sécession. L'expansion vers l'Ouest est semée d'embûches qu'il s'agisse des éléments naturels, des interactions avec les peuples indigènes qui vivaient sur ces terres et de la détermination impitoyable de ceux qui cherchaient à les coloniser...

 

Tout laissait penser à une fresque épique. Mais Horizon – Chapitre 1 n’est pas exactement l’expérience cinématographique que j’espérais. Ce premier chapitre nous plonge au cœur de la guerre de Sécession et de la conquête des territoires encore sauvages de l’Ouest américain. Costner, qui co-écrit le scénario avec Jon Baird, ne se contente pas de raconter une intrigue centrale : il ouvre simultanément plusieurs arcs narratifs. On y croise des colons qui cherchent à bâtir une vie nouvelle, des communautés autochtones défendant leurs terres, des soldats pris dans des conflits meurtriers, et des figures plus troubles qui profitent de l’absence de loi pour assouvir leurs désirs ou leurs ambitions. 

 

Sur le papier, cette multiplicité de points de vue est séduisante. Dans les faits, elle devient vite un obstacle. Chaque histoire semble prometteuse, mais aucune n’a vraiment le temps de s’installer. Les personnages entrent et sortent de l’écran sans que leurs motivations soient claires, et certaines transitions donnent l’impression d’avoir perdu des scènes entières au montage. Le film dure trois heures, mais il paraît pourtant compressé, comme si Costner avait essayé de faire tenir une saison entière de série télé dans un seul long-métrage. Ce qui me frappe surtout, c’est le manque de développement des personnages. Le casting est étoffé, avec des acteurs capables de créer de vraies figures marquantes, mais ils n’ont pas l’espace nécessaire pour exister pleinement. 

 

On voit naître des romances sans préambule, des amitiés qui semblent sortir de nulle part, et des tensions qui explosent sans contexte suffisant. À force de sauter d’un arc à l’autre, le film empêche le spectateur de s’attacher. Même Costner, qui se met en scène dans un rôle taiseux et charismatique comme il sait les jouer, ne parvient pas à donner à son personnage la profondeur attendue. On devine qu’il y a derrière lui une histoire, des blessures, une logique intime, mais tout reste en surface. Visuellement, Horizon a de beaux moments, mais il n’atteint pas le souffle épique des grands westerns du passé. Les paysages sont splendides — le tournage dans l’Utah remplaçant l’Arizona fonctionne bien —, mais trop rarement exploités pour créer ce sentiment d’immensité que le genre sait offrir. 

 

Les plans larges se font rares, et la mise en scène privilégie les plans moyens, ce qui donne un aspect presque télévisuel à l’ensemble. Cela m’a surpris, car l’un des plaisirs attendus d’un western sur grand écran, c’est précisément cette démesure visuelle qui fait du décor un personnage à part entière. Les costumes et les décors, en revanche, témoignent d’une vraie attention au détail. On sent que l’équipe artistique a travaillé sérieusement la reconstitution historique. Pourtant, l’aspect trop « propre » de certaines scènes trahit cette volonté d’authenticité. Les personnages semblent soit impeccablement habillés, soit couverts de poussière, sans nuances intermédiaires. J’aurais aimé retrouver cette patine du vécu que les grands westerns savaient rendre palpable, avec la sueur, la boue et les marques du temps.

 

L’un des principaux problèmes de Horizon – Chapitre 1 est son rythme. Les ellipses temporelles sont fréquentes, mais souvent mal amenées. Il arrive qu’on passe d’une scène à une autre avec l’impression qu’une année entière s’est écoulée, sans aucune indication. Parfois, un personnage est plongé dans une situation critique, et dans la scène suivante, il se trouve ailleurs, sans explication. Cette discontinuité nuit à la cohérence et à l’immersion. Ce choix narratif aurait pu fonctionner dans un format de série, où chaque intrigue aurait eu le temps de se déployer sur plusieurs épisodes. Mais au cinéma, sur un seul film, il donne un résultat frustrant. Plus j’y pense, plus j’ai la conviction que Horizon aurait été plus fort en tant que production pour une plateforme de streaming, avec la possibilité d’explorer chaque arc à son rythme.

 

Je ne peux pas dire que ce premier chapitre soit raté. Il y a de vraies qualités : la volonté de donner la parole à différents camps, l’envie de traiter de manière égale le point de vue des colons et celui des peuples autochtones, le refus de réduire l’Ouest à un simple décor pour des fusillades. Mais cette ambition se heurte à des choix de réalisation et de montage qui affaiblissent le propos. Certaines scènes, pourtant prometteuses, tombent à plat faute d’un enchaînement fluide ou d’une tension bien construite. Le film tente d’embrasser tellement de thèmes — guerre, survie, cupidité, quête de liberté, choc des cultures — qu’il finit par les effleurer plutôt que de les explorer. 

 

Résultat : au lieu d’un premier chapitre solide qui donnerait envie de se précipiter sur la suite, Horizon ressemble davantage à une longue introduction, parfois désordonnée, qui promet plus qu’elle ne livre. La conclusion du film est l’un des choix les plus déroutants. Plutôt que de s’arrêter sur un moment fort ou un cliffhanger qui donnerait envie de revenir, Costner opte pour une longue séquence montrant des extraits du prochain chapitre. Cela casse le rythme et enlève une partie de la curiosité que j’aurais pu ressentir. Voir autant d’images de la suite alors que l’histoire du premier volet n’a pas encore trouvé son équilibre donne l’impression d’une bande-annonce prolongée insérée de force dans le film.

 

Je termine Horizon, une saga américaine – Chapitre 1 avec un mélange de déception et de curiosité. Déception, car je m’attendais à retrouver cette grandeur du western qui vous saisit par les tripes et vous laisse hanté par ses personnages et ses paysages. Curiosité, parce que malgré ses défauts, le film parvient à esquisser un univers et des enjeux qui, s’ils sont mieux gérés dans les prochains volets, pourraient donner une œuvre d’envergure. Costner a clairement mis de lui-même dans ce projet, et il est possible que la vision globale ne se révèle qu’une fois les quatre chapitres sortis. Mais en l’état, ce premier film reste un objet bancal : ambitieux dans son intention, brouillon dans son exécution. Un western qui aurait pu marquer les esprits dès sa première chevauchée, mais qui, pour l’instant, se contente de tracer la piste.

 

Note : 6/10. En bref, Costner a clairement mis de lui-même dans ce projet, et il est possible que la vision globale ne se révèle qu’une fois les quatre chapitres sortis. Mais en l’état, ce premier film reste un objet bancal : ambitieux dans son intention, brouillon dans son exécution. 

Sorti le 3 juillet 2024 au cinéma - Disponible en VOD et sur Canal+

 

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