13 Août 2025
Karate Kid: Legends // De Jonathan Entwistle. Avec Ben Wang, Jackie Chan et Ralph Macchio.
Je dois être honnête d’emblée : je n’ai pas grandi avec Karate Kid. Mon unique contact avec l’univers remonte à un visionnage lointain du remake de 2010, celui avec Jackie Chan et Jaden Smith. De cette séance, je ne garde que des bribes floues — quelques images de kung-fu, un mentor au sourire discret et une histoire qui, déjà, me semblait familière. Je n’ai pas vu les films originaux, encore moins la série Cobra Kai. C’est donc avec un regard totalement extérieur que je suis allé découvrir Karate Kid: Legends, persuadé que cette absence de bagage me permettrait d’apprécier le film pour ce qu’il est, sans filtre nostalgique.
Après avoir vécu une tragédie personnelle, le jeune prodige de kung-fu Li Fong est arraché à sa famille à Pékin et contraint de s’installer à New York avec sa mère. Il tente de tirer un trait sur son passé tout en cherchant à s’intégrer dans son nouveau lycée. Et même s’il ne cherche pas la bagarre, il semble constamment s’attirer des ennuis. Lorsqu’un ami dont il vient de faire la connaissance sollicite son aide, Li accepte de participer à une compétition de karaté, mais il comprend qu’il ne peut pas seulement compter sur son talent. Son professeur de kung-fu, M. Han, engage alors le premier Karaté Kid, Daniel LaRusso, en renfort. Li découvre un nouveau style de combat réunissant leurs deux approches dont il se servira pour l’affrontement ultime…
Le pitch de départ avait de quoi intriguer. L’histoire se déroule trois ans après la fin de Cobra Kai, et promettait de s’affranchir de la complexité narrative de la série. Une sorte de respiration, l’occasion de repartir sur de nouvelles bases et pour moi de découvrir l’univers autrement, avec un Daniel LaRusso (Ralph Macchio) en mentor dans un récit autonome. Un film, donc, qui pouvait se recentrer sur ses personnages, donner de l’espace aux émotions et renouer avec un rythme plus posé. Sauf que cette promesse a été vite éclipsée par une idée pour le moins étrange : fusionner l’univers de la série et celui du remake de 2010. Ce dernier, même s’il avait rencontré un succès commercial, racontait une tout autre histoire, déplacée en Chine, remplaçant le karaté par le kung-fu, et portée par un ton différent.
La greffe ne prend pas ici. Ce mélange donne naissance à un récit qui peine à trouver son identité, oscillant entre deux héritages qui ne se répondent pas. Le protagoniste, Ali Fong, arrive de Chine à New York avec sa mère célibataire. Contrairement à l’archétype classique de l’élève débutant, il maîtrise déjà le kung-fu, ce qui annule d’emblée l’arc d’apprentissage qui, historiquement, faisait tout le sel d’un Karate Kid. On retrouve bien les éléments attendus — le lycée, l’histoire d’amour, les brutes locales, l’ultime combat — mais chaque étape donne une impression de déjà-vu. On ne sent jamais la nécessité de revisiter ces codes, juste l’envie de les reproduire. Jackie Chan reprend le rôle de Mr. Han et, comme toujours, il dégage une présence chaleureuse.
Pourtant, cela manque cruellement d’émotions. Ce n’est pas un problème d’acteur, mais d’écriture : le film ne lui donne pas l’angle inédit qui justifierait cette reprise. Daniel LaRusso, quant à lui, est sous-exploité. Plutôt qu’une figure active, il devient presque une icône à brandir, un rappel visuel pour les fans. La mise en scène ne manque pas de moyens : les combats sont chorégraphiés avec soin, parfois impressionnants, mais souvent trop courts. La photographie est propre, le montage dynamique, peut-être même trop. Le film dure à peine 90 minutes, ce qui, dans un récit qui cherche à introduire de nouveaux personnages tout en rendant hommage aux anciens, se traduit par une succession de scènes expédiées.
Les transitions abusent d’effets dignes d’un diaporama PowerPoint, ce qui casse l’immersion et affaiblit l’impact des moments-clés. Il y a bien quelques fulgurances, notamment une scène avant le générique de fin qui, elle, parvient à capturer une intensité sincère. Mais dans l’ensemble, Karate Kid: Legends ressemble plus à un long épisode de série qu’à un véritable film de cinéma. L’impression d’urgence est permanente : les dialogues vont droit au but, les conflits se règlent à toute vitesse, et les rares tentatives d’émotion semblent plaquées, comme si le scénario cochait une liste d’obligations narratives. Le plus frustrant, c’est que le film laisse entrevoir une envie de bien faire.
On sent qu’il veut parler de transmission, de respect, de persévérance. Mais à force de vouloir plaire à la fois aux nostalgiques et aux spectateurs plus jeunes, il finit par ne satisfaire pleinement ni les uns ni les autres. Les adolescents y trouveront sans doute une intrigue claire et rythmée, mais manqueront peut-être de profondeur pour s’y attacher. En tant que spectateur sans attache particulière à la franchise, je ne ressens pas de trahison vis-à-vis d’un héritage. Mais je perçois clairement que Karate Kid: Legends est prisonnier d’un double objectif contradictoire : faire avancer l’histoire tout en multipliant les clins d’œil. Le résultat est un film qui ne respire jamais vraiment par lui-même, trop occupé à se justifier par rapport à ce qui l’a précédé.
Il faut reconnaître que le divertissement est présent. Les chorégraphies sont bien filmées, certains échanges sont drôles, et la dynamique entre Jackie Chan et Ralph Macchio, bien que trop peu exploitée, fonctionne. Mais l’absence de développement profond rend l’ensemble vite oubliable. On sort de la séance sans ressentir ce frisson que peut provoquer un bon film d’arts martiaux, celui qui donne envie de croire, l’espace d’un instant, que l’on pourrait soi-même maîtriser la grue ou esquiver un coup avec élégance. En conclusion, Karate Kid: Legends n’est pas un mauvais film, mais il incarne parfaitement ce phénomène où la nostalgie devient un produit, emballé vite, consommé vite, et aussitôt effacé de la mémoire.
Note : 5/10. En bref, c’est une œuvre regardable, parfois même plaisante, mais qui manque de ce supplément d’âme nécessaire pour marquer durablement. Si l’on cherche un pur moment d’action léger, il fera l’affaire. Si l’on espère une renaissance inspirée de la saga, il faudra patienter encore.
Sorti le 13 août 2025 au cinéma
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