20 Août 2025
Le Mélange des Genres // De Michel Leclerc. Avec Léa Drucker, Benjamin Lavernhe et Melha Bedia.
Michel Leclerc revient au cinéma avec Le Mélange des Genres, une comédie qui se frotte à un sujet brûlant d’actualité : les rapports entre hommes et femmes à l’ère post-MeToo. Le titre promet une audace, une confrontation des points de vue et, peut-être, une réflexion renouvelée sur les identités et les rapports de domination. En pratique, le résultat laisse perplexe. Derrière son ambition, le film accumule les contradictions, oscillant entre satire sociale et farce débridée, sans jamais trouver un équilibre clair. Le personnage central, Paul (incarné par Benjamin Lavernhe), se présente comme l’archétype de l’homme "déconstruit".
Simone, une flic aux idées conservatrices, est infiltrée dans un collectif féministe qu'elle suspecte de complicité de meurtre. A leur contact, Simone s’ouvre progressivement à leurs idées. Mais lorsqu’elle est soupçonnée par le groupe d'être une taupe, elle se sert du premier venu pour se couvrir : Paul, un homme doux, inoffensif et respectueux des femmes qui vit dans l’ombre de sa moitié, faisant de lui, malgré elle, un coupable innocent. Simone, catastrophée de ce qu’elle a fait, tente de réparer sa faute... Comment Paul va-t-il réagir ?
Père au foyer, attentif, volontairement éloigné des clichés virils, il incarne ce que beaucoup considèrent comme un idéal masculin post-patriarcal. Sa rencontre avec Simone (Léa Drucker), militante féministe engagée dans une association un peu radicale, devait donner lieu à une confrontation stimulante. Le problème, c’est que le film choisit presque systématiquement la caricature. À force de ridiculiser ses figures féministes autant que ses hommes fragilisés, la comédie se perd dans des quiproquos artificiels. L’écriture mise tout sur l’accumulation de situations absurdes, mais oublie d’articuler ces moments à un récit cohérent. On passe d’une scène à l’autre avec l’impression que chaque idée comique, même si elle amuse ponctuellement, vient court-circuiter la précédente.
Leclerc avait les moyens de proposer une réflexion mordante sur les excès militants, les maladresses du dialogue entre genres et les crispations sociales qui traversent la société. Mais Le Mélange des Genres préfère rester dans une zone confortable. La mise en scène frôle parfois la satire politique, sans jamais vraiment oser la charge. Résultat : les féministes sont souvent tournées en bourrique, les policiers apparaissent incompétents, et l’homme supposé représenter le patriarcat violent brille par son absence. Ce choix affaiblit considérablement le propos. Comment démonter les clichés si l’adversaire n’existe pas ? La peinture des rapports de domination paraît alors tronquée, et le spectateur sort frustré de voir un sujet si complexe réduit à une série de gags faciles.
Si le film reste regardable, c’est avant tout grâce à son casting. Lavernhe et Drucker forment un duo attachant, même si leurs personnages manquent de profondeur. Autour d’eux gravitent des seconds rôles incarnés par Éric Elmosnino, Vincent Piaton ou encore Judith Chemla, tous impeccables malgré la minceur de l’écriture. On sent que les comédiens s’amusent, mais leurs efforts ne suffisent pas à masquer la faiblesse du scénario. Même les apparitions plus singulières — comme celles de Vincent Delerm dans des parenthèses oniriques — peinent à justifier leur présence. Loin d’apporter une respiration poétique, elles cassent le rythme et accentuent l’impression d’un film qui s’éparpille.
Difficile de parler de la conclusion sans divulgâcher, mais elle mérite d’être mentionnée. Alors que le récit semblait enfin vouloir retomber sur ses pattes, Leclerc opte pour une allégorie absurde qui achève de brouiller son message. Ce final, plus proche d’un délire symbolique que d’une résolution dramatique, donne l’impression que le film ne sait pas comment refermer ses propres thématiques. L’abstraction prend le pas sur le comique, et laisse un goût d’inachevé. Ce qui frappe le plus dans Le Mélange des Genres, c’est la sincérité perceptible de son projet. Le film veut parler des rapports hommes-femmes, de la déconstruction des modèles masculins et de l’évolution des luttes féministes.
Mais à force de vouloir ménager tout le monde, il finit par se contredire. Les hommes y sont soit trop parfaits, soit ridicules ; les militantes, soit courageuses, soit grotesques ; et les institutions, systématiquement tournées en dérision. Cette indécision scénaristique empêche le film de trouver sa cible. Est-ce une farce légère sur les débats contemporains ? Une satire sociale destinée à gratter là où ça fait mal ? Ou un simple divertissement qui utilise le féminisme comme toile de fond ? Impossible à dire, tant le résultat hésite en permanence. Il serait injuste de réduire Le Mélange des Genres à un raté total. Certaines scènes fonctionnent, certains dialogues déclenchent un vrai sourire, et l’alchimie entre Lavernhe et Drucker donne au film une chaleur qui empêche l’ennui complet.
De plus, il faut reconnaître à Michel Leclerc une vraie volonté de traiter un sujet rarement exploré par la comédie française. Mais le problème est ailleurs : un tel sujet exige une écriture fine, une capacité à jongler entre ironie et gravité. Or ici, tout se dilue. Le film part dans toutes les directions, accumule les symboles, et finit par livrer une œuvre inoffensive, là où il aurait pu provoquer une réflexion, ou au moins une vraie jubilation. Le Mélange des Genres avait toutes les cartes pour marquer son époque : une thématique brûlante, un casting solide, une envie manifeste de rire des crispations sociales.
Mais faute de savoir choisir son ton et construire ses antagonismes, le film se perd dans une succession de quiproquos qui tournent à vide. Reste une comédie bancale, sauvée par ses interprètes mais trahie par son scénario.
Note : 4/10. En bref, le film trouvera peut-être son public auprès de spectateurs indulgents qui cherchent une comédie légère et imparfaite. Pour ceux qui attendaient une satire affûtée sur les rapports de genre, le rendez-vous est manqué.
Sorti le 16 avril 2025 au cinéma - Disponible en VOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog