Critique Ciné : Le Murder Club du jeudi (2025, Netflix)

Critique Ciné : Le Murder Club du jeudi (2025, Netflix)

Le Murder Club du jeudi // De Chris Colombus. Avec Pierce Brosnan, Helen Mirren et Ben Kingsley.

 

Adapter un succès littéraire est toujours un pari risqué. Richard Osman, avec son roman Le Murder Club du jeudi, avait créé une petite révolution en Grande-Bretagne : un polar tendre, malin, accessible, porté par des retraités qui décident de s’improviser détectives dans leur résidence cossue. Une manière de dépoussiérer le genre policier tout en donnant une voix pleine d’humour et de lucidité à des personnages souvent relégués en arrière-plan. Netflix et Chris Columbus ont choisi de porter ce livre à l’écran avec un casting impressionnant — Helen Mirren, Ben Kingsley, Celia Imrie, Pierce Brosnan, Jonathan Pryce — mais le résultat, malgré quelques bons moments, laisse une impression mitigée.

 

Une bande de retraités passionnés d'affaires classées se retrouve plongée au cœur d'une véritable enquête pour meurtre dans cette comédie policière adaptée du roman à succès.

 

L’histoire prend place à Cooper Chase, une maison de retraite digne d’un décor de Downton Abbey. Derrière les boiseries et les jardins bien entretenus, quatre résidents se réunissent chaque semaine pour discuter de meurtres non résolus. Elizabeth (Helen Mirren), ancienne responsable des services secrets britanniques, mène la danse avec son autorité glaciale. À ses côtés, Ibrahim (Ben Kingsley), psychiatre à la retraite, Ron (Pierce Brosnan), ancien syndicaliste grande gueule, et Joyce (Celia Imrie), ex-infirmière qui s’occupe plus volontiers de ses gâteaux extravagants que des cadavres. Leur passe-temps prend une tournure inattendue lorsqu’un véritable meurtre secoue la communauté. 

 

Ian Ventham (David Tennant), promoteur immobilier avide et peu scrupuleux, est retrouvé mort alors qu’il projetait de transformer Cooper Chase en résidences de luxe. Très vite, les retraités décident de s’en mêler, au grand dam de la police locale représentée par le DCI Chris Hudson (Daniel Mays), inspecteur maladroit et amateur de chocolat, et son adjointe Donna de Freitas (Naomi Ackie), plus réceptive à leurs méthodes. Le premier atout du film est indéniablement son casting. Voir Helen Mirren, Ben Kingsley, Celia Imrie et Pierce Brosnan réunis dans une comédie policière avait de quoi séduire. Les acteurs s’amusent visiblement, et leur alchimie fonctionne dans plusieurs scènes. 

 

Celia Imrie apporte une fantaisie bienvenue, Helen Mirren incarne avec aisance une leader insaisissable et Kingsley se glisse dans la peau d’Ibrahim avec une retenue juste. Cependant, la direction d’acteurs manque de précision. Pierce Brosnan, affublé d’un accent changeant, semble parfois jouer dans un autre film. Certaines répliques tombent à plat, et la dynamique entre les personnages, si savoureuse dans le livre, paraît parfois artificielle. L’impression domine que le talent des comédiens compense une écriture qui ne leur donne pas toujours la matière qu’ils méritent. L’adaptation d’Osman se heurte à un problème de rythme. 

 

La première partie s’attarde trop longtemps à poser les personnages et leur environnement, comme une longue installation d’un épisode pilote. Puis, dans le dernier acte, l’histoire s’accélère brutalement, au point de paraître précipitée. Les motivations des coupables, expédiées en quelques dialogues, manquent de crédibilité. Plus gênant encore : certaines subtilités du roman disparaissent. Joyce, dans le livre, est pétillante et un peu frondeuse ; à l’écran, elle est réduite à un rôle comique centré sur ses pâtisseries. Le personnage de Bogdan, figure intrigante de l’intrigue littéraire, perd en épaisseur. Quant à la relation entre Elizabeth et son mari Stephen (Jonathan Pryce), touché par la démence, elle aurait pu offrir un contrepoint émouvant, mais reste sous-exploitée.

 

Chris Columbus, connu pour Mrs Doubtfire ou les premiers Harry Potter, maîtrise les codes du divertissement familial. Ici, il livre une réalisation propre et fluide, mais trop sage. L’esthétique de Cooper Chase flatte l’œil, les extérieurs filmés dans la campagne anglaise donnent une atmosphère charmante, mais la mise en scène ne cherche jamais à surprendre. Certains choix renforcent cette impression de produit calibré : une musique illustrative, des gags téléphonés, une photographie lumineuse qui évacue toute tension. On se retrouve devant un film confortable, facile à regarder, mais qui évite soigneusement toute prise de risque. 

 

Pour un récit centré sur un meurtre, l’absence de suspense réel pèse lourd. Le roman d’Osman avait séduit aussi parce qu’il interrogeait le regard porté sur la vieillesse. Ses héros, loin d’être réduits à leurs faiblesses, démontraient que l’expérience et la ruse valent bien la force physique. Le film conserve une partie de ce message, notamment à travers Elizabeth, stratège redoutable, ou Ibrahim, capable d’analyser les comportements avec finesse. Pourtant, l’adaptation tend à tomber dans la caricature. Le côté « bande de retraités espiègles » est accentué, au détriment de la profondeur. Le spectateur est invité à sourire de leur invisibilité sociale — personne ne remarque vraiment ce qu’ils font — mais la dimension subversive de ce constat reste édulcorée. 

 

Ce qui pourrait être une réflexion sur l’invisibilisation des personnes âgées se transforme en ressort comique. Pris pour ce qu’il est, Le Murder Club du jeudi fonctionne comme un divertissement léger. L’humour bon enfant, les dialogues piquants d’Helen Mirren, les petites touches d’autodérision (comme la référence ironique à la Reine, rôle iconique de Mirren) donnent le sourire. L’ensemble évoque davantage une série policière du dimanche soir qu’un film de cinéma. Mais si l’objectif était de recréer l’étincelle du roman, le pari est raté. L’intrigue manque de tension, les personnages perdent en complexité, et le film n’échappe pas à une sensation de produit formaté pour plaire à un large public sans heurter. 

 

La nostalgie d’Agatha Christie plane, mais sans l’élégance du mystère ni le plaisir du jeu intellectuel. Regarder Le Murder Club du jeudi, c’est accepter une expérience légère, parfois drôle, mais trop lisse pour marquer durablement. Le film ne rend pas totalement justice au matériau d’origine, et malgré l’énergie de son casting prestigieux, il peine à trouver une identité claire. Pour un spectateur en quête de cosy crime accessible et d’un moment de détente sans exigence, il fera l’affaire. Mais ceux qui espéraient retrouver la verve et l’inventivité du roman risquent d’en sortir déçus même si « LoveDrug » de Lady Gaga devient presque une sorte d’hymne dans le film.

 

Note : 5/10. En bref, c’est un film qui se consomme comme une tasse de thé tiède accompagnée d’un biscuit : agréable, mais qui laisse un goût d’inachevé.

Sorti le 28 août 2025 directement sur Netflix

 

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