Critique Ciné : Les Bad Guys 2 (2025)

Critique Ciné : Les Bad Guys 2 (2025)

Les Bad Guys 2 // De Pierre Perifel et Juan Pablo Sans. Avec la voix de Sam Rockwell, Craig Robinson et Anthony Ramos.

 

Le retour de la bande des Bad Guys aurait pu être une bonne nouvelle. Le premier film sorti en 2022 avait trouvé un équilibre étonnant entre humour, action et un questionnement moral qui donnait un souffle singulier à ce récit d’animaux criminels anthropomorphes en quête de rédemption. Cette fois, l’équipe de Pierre Perifel et JP Sans tente de hausser le niveau du spectacle en poussant l’action dans ses retranchements, allant jusqu’à l’espace, et en offrant au public des scènes d’animation survitaminées. Pourtant, malgré la virtuosité technique et un rythme effréné, le film peine à retrouver l’âme de son prédécesseur.

 

Les criminels animaliers s'efforcent de se faire à leur nouvelle vie de gentils. Bientôt, ils sont tirés de leur retraite et forcés de faire "un dernier travail" par une équipe entièrement féminine.

 

L’ouverture annonce pourtant la couleur : courses-poursuites endiablées, explosions visuelles inspirées par l’esthétique pop-up 3D à la Spider-Verse, et un ton plus affirmé, presque parodique, qui lorgne du côté de Mission : Impossible. L’ambition est claire : faire plus, aller plus loin, surprendre. Mais ce déferlement de péripéties donne aussi au récit un parfum d’excès. Le plaisir des retrouvailles avec Mr. Wolf, Mr. Snake, Ms. Tarantula et le reste de la troupe est réel, mais la multiplication des rebondissements finit par étouffer la cohérence de l’histoire. L’un des choix marquants de cette suite réside dans la place accordée aux personnages féminins. 

 

Danielle Brooks, Maria Bakalova et Natasha Lyonne apportent de nouvelles figures antagonistes, pleines d’énergie et de malice, qui dynamisent certaines séquences. Leur présence donne un souffle inédit à l’univers, même si cette richesse de personnages complique encore davantage une narration déjà surchargée. Le film ne manque pas de ressources, mais il ne sait pas toujours où donner de la tête. Là où le premier Bad Guys brillait par l’ambiguïté morale de ses protagonistes, cette suite choisit la voie de la simplification. Le dilemme du passage du mal au bien, qui donnait aux héros une vraie densité, s’efface au profit d’un divertissement plus frontal, davantage tourné vers le public jeune. Le ton est plus léger, parfois au détriment de la subtilité. 

 

Les dialogues accumulent les références culturelles et les clins d’œil à destination des adultes, mais ces clins d’œil risquent de laisser de marbre une partie des spectateurs plus jeunes, alors même que le film semble leur être davantage adressé. Visuellement, difficile de nier la réussite. Les séquences d’action, qu’il s’agisse du casse en orbite ou des poursuites terrestres, sont exécutées avec une fluidité et une inventivité indéniables. L’animation atteint une qualité technique impressionnante, qui confirme que le studio sait manier la démesure avec style. Mais cette brillance visuelle ne suffit pas à masquer une impression de déjà-vu. Le film répète ses effets, enchaîne les climax sans prendre le temps de respirer, et finit par diluer son intensité dans la redondance.

 

Il y a pourtant des moments où la fantaisie reprend le dessus. Une relation ambiguë entre Wolf et Snake, marquée par des dialogues piquants et une complicité toujours vive, continue de porter une partie du récit. Certaines blagues, en jouant sur le double sens, parviennent à surprendre. Le problème est que ces éclats de malice restent noyés dans une mécanique trop appuyée, qui ne laisse guère de place à l’émotion. Ce qui me frappe le plus, c’est l’absence d’attachement que suscitent ces personnages pourtant charismatiques. Là où le premier film laissait percer des fêlures, des hésitations, un vrai cheminement identitaire, cette suite choisit l’efficacité immédiate. Les héros deviennent des versions plus caricaturales d’eux-mêmes. 

 

On rit parfois, on admire souvent les prouesses graphiques, mais on ne s’attache pas. Le cœur bat vite, mais il ne bat pas fort. Le choix de pousser la saga dans une direction quasi-catastrophiste, avec des menaces de grande ampleur et un horizon spatial, accentue ce sentiment de disproportion. La bande, qui paraissait si attachante lorsqu’elle cherchait simplement à redorer son image, se retrouve désormais dans une intrigue surchargée qui perd de vue ce qui faisait le charme initial : la simplicité d’un groupe de marginaux en quête d’acceptation. Il reste une interrogation : pour qui est pensé Les Bad Guys 2 ? Les enfants y trouveront un feu d’artifice coloré et une succession d’aventures sans répit. 

 

Les adultes apprécieront certains clins d’œil, un humour plus mordant par moments, et la performance vocale d’un casting francophone solide. Mais entre les deux publics, un flottement persiste. Ceux qui espéraient retrouver l’équilibre du premier film risquent de ressortir avec une pointe de frustration. En définitive, Les Bad Guys 2 illustre bien la difficulté des suites d’animation à trouver leur propre voix. Trop ambitieux dans sa mise en scène, mais trop simplifié dans ses thématiques, il finit par donner une impression paradoxale : spectaculaire et pourtant creux. La saga avait pourtant la possibilité de continuer à explorer la zone grise qui faisait son originalité. 

 

Elle choisit ici de tracer un chemin plus balisé, plus bruyant, mais moins profond. Est-ce un mauvais film ? Pas vraiment. Le spectacle est au rendez-vous, l’énergie est communicative, et certaines idées visuelles sont réjouissantes. Mais c’est une œuvre qui passe à côté de ce qui aurait pu la rendre mémorable. Un divertissement efficace, mais sans la richesse qui permet de le revisiter une fois le générique terminé.

 

Note : 5/10. En bref, Les Bad Guys 2 illustre bien la difficulté des suites d’animation à trouver leur propre voix. Trop ambitieux dans sa mise en scène, mais trop simplifié dans ses thématiques, il finit par donner une impression paradoxale.

Sorti le 30 juillet 2025 au cinéma

 

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