Critique Ciné : Longing (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Longing (2025, direct to SVOD)

Longing // De Savi Gabizon. Avec Richard Gere, Diane Kruger et Marnie McPhail.

 

Il arrive parfois qu’un film semble vouloir tout dire et, paradoxalement, ne rien raconter vraiment. Longing, porté par Richard Gere, se présente comme un drame sur la perte et la filiation, mais finit par se disperser dans une suite d’événements étranges, parfois incohérents, qui laissent perplexe. L’histoire démarre sur une révélation choc : Daniel, homme d’affaires accompli, apprend qu’il a eu un fils, Allen, décédé récemment. De là, on pourrait s’attendre à une plongée intime dans le deuil, à un cheminement émotionnel fort. Mais plutôt que d’entrer dans la spirale psychologique de ce père en retard sur sa propre histoire, la mise en scène garde une distance froide. 

 

Un éternel célibataire apprend qu'une ex-petite amie a donné naissance à son fils vingt ans auparavant.

 

L’émotion, au lieu d’être ressentie, reste observée de l’extérieur, comme si le spectateur était maintenu derrière une vitre. Le scénario enchaîne les situations improbables. Un graffiti « obscène » laissé sur un mur d’école pendant plus d’un an sans explication, une mère absente durant plusieurs années sans confrontation, une liaison entre une enseignante et le directeur évoquée puis abandonnée… Autant d’éléments qui semblent amorcer des pistes dramatiques mais qui sont aussitôt laissées en suspens. Plus troublant encore, certaines décisions des personnages frôlent l’absurde. Le père d’Allen organise une « union » posthume entre son fils et une adolescente enceinte qui le qualifie de grand amour… alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés. 

 

Le film semble persuadé que ces choix traduisent une douleur sincère, mais ils sonnent comme des actes déconnectés de toute réalité émotionnelle. La construction narrative souffre d’une accumulation de détails sans lien clair : un camarade qui réclame de l’argent sans que l’on sache si c’est un mensonge, des comportements incohérents pour un homme censé être un magnat habitué à la lucidité et au discernement, des réactions disproportionnées face à des révélations. On finit par se demander si ces incohérences ne sont pas volontaires, pour refléter la confusion mentale du personnage principal. Mais même dans cette hypothèse, la mise en scène ne parvient pas à transformer cette idée en tension dramatique.

 

Le ton, quant à lui, se cherche. Vendu comme un drame, le film laisse parfois croire qu’il va basculer dans le thriller ou même dans la comédie noire, sans jamais assumer l’un de ces registres. Le résultat est un objet hybride qui perd en intensité ce qu’il gagne en étrangeté. L’ultime séquence, censée offrir un point d’orgue avec une cérémonie de mariage entre deux défunts, tombe à plat. La scène ne provoque ni émotion ni malaise tangible : elle reste simplement… plate. Le plus frustrant est que l’interprétation, elle, tient la route. Richard Gere livre une performance maîtrisée face à un matériau scénaristique bancal. Les acteurs secondaires, eux aussi, s’investissent dans leurs rôles malgré des dialogues parfois déconcertants. 

 

On sent que l’équipe tente de donner de la cohérence à un récit qui, de toute évidence, s’éparpille. Visuellement, Longing n’est pas désagréable à regarder. La photographie est soignée, la bande-son discrète mais efficace. Ces qualités techniques ne suffisent cependant pas à masquer l’absence de ligne directrice. On ressort avec plus de questions que de réponses, et non pas dans le sens stimulant que peut provoquer une œuvre ouverte à l’interprétation, mais plutôt avec le sentiment que des fils narratifs ont été laissés en plan. Le problème de fond reste cette impression que les personnages agissent en contradiction avec ce qu’ils sont censés être. 

 

Qu’un père dévasté par la découverte de son fils disparu se mette à fréquenter les amis de ce dernier peut se comprendre, mais qu’il se laisse manipuler ou qu’il s’enlise dans des situations absurdes fragilise la crédibilité de l’histoire. L’émotion promise n’arrive jamais vraiment, remplacée par un mélange d’incrédulité et de détachement. En définitive, Longing ressemble à un puzzle dont certaines pièces seraient mal taillées. On devine les intentions : explorer la douleur d’un père absent, interroger les cicatrices de l’enfance et les liens qui se créent après coup. Mais ces thèmes se perdent dans une succession d’intrigues secondaires abandonnées en chemin. Si la réalisation reste appliquée et le casting solide, l’ensemble donne l’impression d’un récit inabouti, incapable de choisir entre l’absurde et le tragique.

 

Pour qui cherche un drame émouvant sur le deuil et la paternité, Longing risque donc de frustrer. Ce n’est pas tant un film raté qu’un film qui ne sait pas ce qu’il veut être, et qui, en se dispersant, perd le cœur même de son sujet.

 

Note : 3.5/10. En bref, Longing ressemble à un puzzle dont certaines pièces seraient mal taillées.

Prochainement en France en SVOD

 

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