Critique Ciné : Seven Veils (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Seven Veils (2025, direct to SVOD)

Seven Veils // De Atom Egoyan. Avec Amanda Seyfried, Douglas Smith (III) et Mark O'Brien.

 

Aborder un film d’Atom Egoyan n’est jamais une expérience anodine. Le cinéaste canadien, connu pour ses récits à la fois intimes et labyrinthiques, revient avec Seven Veils, une œuvre où le théâtre et l’opéra se mélangent au cinéma. Sur le papier, la promesse est ambitieuse : Amanda Seyfried incarne une metteuse en scène qui reprend la production de Salomé, autrefois dirigée par son mentor et amant aujourd’hui disparu. Mais ce projet de réinterprétation lyrique se double d’un drame psychologique où se croisent blessures intimes, tensions conjugales et non-dits. Dès les premières scènes, le film installe une dualité.

 

Jeanine, une directrice de théâtre, se voit confier la lourde tâche de remonter l'œuvre la plus célèbre de son ancien mentor, l'opéra " Salomé ". Les traumas refoulés de Jeanine ressurgissent.

 

Il y a d’un côté le plateau de répétition, peuplé de chanteurs d’opéra et de comédiens, et de l’autre la vie intérieure du personnage principal. Seyfried, visage souvent tendu, navigue entre deux mondes : la discipline brutale du travail artistique et ses propres souvenirs d’enfance, marqués par des traumatismes. Le scénario superpose les couches : l’opéra de Richard Strauss, inspiré d’Oscar Wilde, se reflète dans la fiction créée par Egoyan, qui elle-même se confronte au vécu intime de son héroïne. Ce jeu de miroirs est séduisant en théorie. Mais il demande une attention constante, car chaque geste, chaque silence, chaque séquence de répétition semble répondre à une douleur ou une frustration vécue en coulisses. 

 

Pour qui apprécie l’idée d’une mise en abyme, l’expérience a de quoi captiver. Pour les autres, cette accumulation de niveaux peut vite paraître confuse, voire hermétique. Le rôle confié à Amanda Seyfried est exigeant. Elle doit incarner une metteuse en scène déterminée, parfois autoritaire, tout en laissant transparaître une vulnérabilité héritée d’un passé difficile. L’actrice s’investit avec conviction. Son regard, souvent agrandi, traduit autant la dureté que l’incertitude. Sa prestation donne de l’épaisseur à un personnage qui, sur le papier, pouvait sembler désincarné. Pourtant, un problème persiste : la crédibilité physique du rôle. 

 

Difficile d’imaginer Seyfried, encore jeune dans son apparence, comme une figure d’autorité dans un univers où l’expérience et la maturité imposent souvent le respect. L’écart entre son visage juvénile et la brutalité de sa mission crée un décalage. Ce n’est pas une faiblesse de jeu, mais un choix de casting qui questionne. D’autres actrices, plus marquées par l’âge et par une aura imposante, auraient sans doute apporté une légitimité plus immédiate. Egoyan connaît son sujet et cela se ressent. La mise en scène des répétitions de Salomé a une puissance visuelle indéniable. Certaines séquences d’ombres et de lumières, notamment, frappent par leur beauté plastique. 

 

Le spectateur a réellement l’impression d’assister à un travail de troupe, avec ses tensions, ses égos, ses manipulations. Cependant, ce parti pris opère une frontière nette : les amateurs d’opéra y trouveront un plaisir supplémentaire, tant les références à Strauss et à Wilde sont nombreuses, tandis que d’autres spectateurs risquent de décrocher. La dimension musicale, omniprésente, se transforme parfois en barrière. Plutôt que de servir l’émotion brute, elle impose un filtre conceptuel. Là où Seven Veils tente de séduire, c’est dans son exploration des relations de pouvoir. Derrière les décors et les costumes, le film raconte aussi une lutte pour l’influence, une bataille d’egos et un enchevêtrement de désirs contrariés. 

 

La metteuse en scène impose sa vision, mais se heurte aux résistances de ses interprètes, tout en étant rattrapée par ses propres démons intimes. Le problème, c’est que ces fils narratifs, nombreux, finissent par se disperser. Plusieurs intrigues secondaires s’ouvrent sans jamais se refermer complètement. Les spectateurs sont laissés face à des pistes inachevées, comme si Egoyan avait voulu trop en dire sans avoir le temps de tout développer. L’impression laissée est celle d’une mosaïque incomplète. La lenteur du récit pèse. Le film demande une patience que tout le monde n’a pas forcément envie d’accorder. 

 

Certaines scènes paraissent étirées, d’autres redondantes, notamment les séquences où la mise en scène insiste sur les dialogues explicatifs autour de Salomé. Ce choix rend la projection parfois fastidieuse, surtout pour un public moins familier avec l’opéra. Ce n’est pas la première fois qu’Egoyan adopte un tempo étiré, mais ici le déséquilibre se fait sentir : la densité conceptuelle du film se heurte à une exécution qui manque d’élan. La lourdeur de certains dialogues accentue ce sentiment. Il y a, dans Seven Veils, une réflexion sur ce que signifie « représenter ». La pièce de Wilde, l’opéra de Strauss et le film d’Egoyan finissent par se confondre, brouillant les frontières entre art et vie. 

 

Ce dispositif peut séduire par son audace, mais il glisse aussi vers une forme d’art pour l’art. On ressort avec l’impression d’avoir assisté à une démonstration intellectuelle plus qu’à une véritable plongée émotionnelle. Ce n’est pas un hasard si plusieurs spectateurs pourraient considérer que ce film conviendrait mieux à un public de théâtre ou de conservatoire qu’à une salle de cinéma. Le projet a des allures d’essai, riche pour qui veut le décrypter, mais difficile d’accès pour qui recherche un récit fluide et incarné. A la fin de Seven Veils, un constat s’impose : le film met en avant la virtuosité d’Egoyan et la performance sincère de Seyfried, mais il peine à émouvoir au-delà de ses intentions. 

 

L’histoire de Salomé, pourtant riche en passion et en transgression, se trouve comme étouffée par le dispositif. Les spectateurs amateurs d’opéra et de théâtre trouveront matière à discussion, tant les références et les mises en parallèle sont nombreuses. Pour un public de cinéma plus large, le risque est de ressentir une distance, voire un ennui. Seven Veils est un film qui reflète les obsessions d’Atom Egoyan : l’art, la mémoire, la douleur intime et les jeux de pouvoir. Amanda Seyfried y déploie une énergie réelle, même si le choix de la distribuer dans ce rôle pose question. La mise en scène des répétitions de Salomé offre de beaux moments visuels, mais le récit finit par se perdre dans ses détours.

 

Note : 4.5/10. En bref, une œuvre exigeante, parfois passionnante mais trop fragmentée, qui séduira sans doute les amateurs de théâtre lyrique mais le récit qui finit par se perdre dans ses détours perdra les amateurs comme moi de cinéma.

Prochainement en France

 

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G
coucou toi<br /> vue ce resume il me donne envie<br /> donc a découvrir :OP<br /> bonne semaine
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