19 Août 2025
The Actor // De Duke Johnson. Avec André Holland, Gemma Chan et Joe Cole.
Pensé comme un drame psychologique à la croisée du théâtre et du cinéma, The Actor de Duke Johnson explore la question de l’identité à travers le prisme d’un acteur frappé d’amnésie. Sur le papier, l’idée est prometteuse. Sur l’écran, elle se révèle fragile, voire inconsistante. J’ai terminé le film partagé entre une admiration pour certaines trouvailles visuelles et un profond désintérêt pour ce qui constituait l’essentiel du récit. En d’autres termes : un film esthétiquement travaillé, mais dramatiquement creux. L’histoire suit un comédien, interprété par André Holland, agressé et laissé pour mort après ce qui ressemble à une affaire d’adultère. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir.
Ohio, années cinquante. Jack Cole, un acteur, souffre de pertes de mémoire après avoir été victime d'une violente attaque. Désorienté après son agression, il va tenter de retrouver son chemin jusqu'à New York, pour récupérer sa vie.
Ni son nom, ni sa vie passée, ni même la raison qui l’a conduit dans un hôtel miteux de l’Ohio. À partir de là, The Actor déroule une quête identitaire, censée interroger la valeur des souvenirs et la possibilité de se réinventer. Le problème, c’est que rien n’a réellement de consistance. L’amnésie, qui devrait être le cœur battant du scénario, n’est qu’un accessoire narratif. Le protagoniste ne se comporte jamais comme un homme réellement frappé par l’oubli. Ceux qui l’entourent non plus : leur indifférence rend la situation artificielle, comme si la mémoire du héros n’était qu’un détail secondaire. Plutôt que de bâtir un véritable mystère autour de cet homme, le film choisit de tourner en rond.
On observe des rencontres, des fragments de souvenirs, quelques bribes de dialogues qui tentent de prendre un ton existentiel, mais sans jamais atteindre une profondeur émotionnelle. Ce qui retient l’attention dans The Actor, ce n’est pas son intrigue mais son atmosphère. Johnson filme des petites rues désertes, des fenêtres poussiéreuses, des intérieurs baignés d’une lumière presque théâtrale. À certains moments, le décor se transforme en coulisses de théâtre : un mur s’ouvre sur un vide noir, une pièce se métamorphose en extérieur. Le procédé est audacieux, mais trop systématique pour être vraiment efficace. J’ai eu l’impression d’assister à un exercice de style plus qu’à une histoire.
La mise en scène cherche à créer une sensation d’étrangeté permanente, mais elle finit par enfermer le spectateur dans une répétition de gestes et d’effets. Cela devient un obstacle plutôt qu’un tremplin narratif. La beauté plastique est indéniable, mais à quoi bon contempler un bel écrin quand ce qu’il contient reste vide ? Le casting avait de quoi susciter l’attente : André Holland, Gemma Chan, Joe Cole, sans oublier Toby Jones et Tracey Ullman dans des rôles multiples. Les acteurs livrent des performances solides, parfois même étonnantes lorsqu’ils incarnent plusieurs personnages avec une aisance remarquable. Ce procédé aurait pu enrichir la réflexion sur l’identité, souligner le thème du double ou de la multiplicité des masques.
Malheureusement, il reste cantonné à un effet de mise en scène. Au lieu d’éclairer le propos, il l’écrase. On remarque la virtuosité des transformations, mais elles ne servent jamais l’évolution dramatique. Le héros, obsédé par son passé, refuse l’idée même de se réinventer. Ce refus est censé constituer la tension dramatique du film, mais il ne fait que renforcer un sentiment d’inertie. Pourquoi ce personnage s’accroche-t-il à une vie oubliée alors qu’une nouvelle s’offre à lui ? Le film n’apporte jamais de réponse convaincante. Le sujet de l’identité est fertile : qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Est-ce la mémoire, le regard des autres, ou la possibilité de se réinventer ? The Actor semble vouloir explorer ces questions, mais se contente de les effleurer.
La quête du protagoniste reste trop abstraite. Le spectateur n’a jamais accès à un véritable enjeu émotionnel. Était-il un homme bien, ou au contraire un homme à fuir ? Sa vie passée valait-elle vraiment la peine d’être retrouvée ? Le film refuse obstinément de trancher. Au final, ce n’est pas un mystère stimulant, mais un vide narratif. Ce manque de direction donne au long-métrage une allure de brouillon. On devine une ambition, on sent que le réalisateur cherche à construire une expérience sensorielle et intellectuelle, mais l’ensemble s’éparpille. À mesure que le film avance, la lassitude s’installe. Non pas parce qu’il est interminable – sa durée reste raisonnable – mais parce qu’il n’y a rien qui nourrisse l’attente.
Le spectateur voit défiler des scènes élégantes, écoute des dialogues qui veulent paraître profonds, mais ne trouve aucune raison d’investir émotionnellement. Au lieu d’un drame psychologique, je me suis retrouvé face à un objet froid, qui se regarde mais ne se vit pas. Comme si Duke Johnson avait préféré bâtir une vitrine conceptuelle plutôt qu’un récit humain. The Actor est l’exemple typique de ces films qui donnent l’impression d’être pensés pour les festivals plus que pour le public. L’esthétique est soignée, le casting irréprochable, mais le cœur narratif est absent. Le film prétend interroger l’identité et la mémoire, mais ne fait que les utiliser comme décor. En terminant le film, je n’avais rien appris sur le personnage, rien ressenti d’intense, rien emporté avec moi.
Le film m’a laissé avec l’impression d’avoir regardé une belle pièce de plastique taillée comme un bijou : séduisante de loin, sans valeur de près. Ce n’est pas un désastre, car il y a des idées, des visuels et une sincérité de jeu chez les acteurs. Mais ce n’est pas non plus une œuvre qui mérite de s’ancrer durablement dans la mémoire. Ironique, pour un film qui parle d’amnésie.
Note : 4/10. En bref, le film m’a laissé avec l’impression d’avoir regardé une belle pièce de plastique taillée comme un bijou : séduisante de loin, sans valeur de près.
Prochainement en France en SVOD
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