Critique Ciné : The Ritual - L’Exorcisme d’Emma Schmidt (2025)

Critique Ciné : The Ritual - L’Exorcisme d’Emma Schmidt (2025)

The Ritual - L’Exorcisme d’Emma Schmidt // De David Midell. Avec Al Pacino, Dan Stevens et Ashley Greene Khoury.

 

Le cinéma d’horreur a ses figures imposées. Fantômes, maisons hantées, possessions démoniaques… Chaque décennie tente de réinventer ces récits mais, bien souvent, le résultat se perd dans un recyclage convenu. The Ritual – L’Exorcisme d’Emma Schmidt, dernier film de David Midell, s’inscrit dans cette lignée avec la promesse de revisiter un cas historique : celui d’Emma Schmidt, une femme dont les exorcismes menés en 1928 dans un couvent de l’Iowa ont été reconnus comme les plus documentés par l’Église. Une matière fascinante sur le papier, renforcée par un casting de renom avec Al Pacino, Dan Stevens et Abigail Cowen. Mais entre attentes et réalité, l’écart se révèle cruel.

 

En 1928, Emma Schmidt est admise dans un couvent reculé du Midwest américain. Très vite, les phénomènes inexpliqués se multiplient. Le prêtre fait alors appel à un exorciste reconnu, Theophilus Riesinger. Ce qu’ils vont découvrir dépasse l’imagination. Ce dossier, basé sur une histoire vraie, a été longtemps tenu secret par l’Église. C’est le cas de possession démoniaque le mieux documenté de l’histoire des États-Unis.

 

L’exorcisme d’Emma Schmidt a longtemps alimenté les récits religieux, puis les livres, avant d’inspirer le cinéma. Carl Vogl en avait déjà proposé une version écrite dans Begone Satan!, un texte qui détaillait les 23 jours de lutte spirituelle menés par le père Theophilus Riesinger. The Ritual reprend cette trame historique et installe Pacino dans la peau du prêtre chevronné face au jeune Joseph Steiger, incarné par Dan Stevens. À leurs côtés, une sœur sensible (Ashley Greene) complète ce trio spirituel. Tout était réuni pour bâtir une œuvre puissante, mêlant drame intime, questionnements religieux et tension horrifique. Pourtant, le film peine rapidement à exploiter la richesse de son matériau. 

 

Le passé tortueux d’Emma, ses blessures psychologiques, ses possibles troubles médicaux : autant d’éléments qui auraient pu nourrir un récit ambigu, laissant planer le doute entre folie et possession. Mais Midell ne s’y attarde jamais et préfère cocher les cases habituelles du film d’exorcisme. Dès les premières séquences, un constat s’impose : la caméra tremblante, utilisée en permanence, parasite l’expérience. Ce choix esthétique, sans doute pensé pour donner une dimension quasi documentaire, produit l’effet inverse. Plutôt que d’immerger, il désoriente, fatigue et finit par transformer chaque scène en épreuve visuelle. La comparaison avec un style proche du mockumentary façon The Office n’est pas exagérée : les zooms inopinés, les cadrages hésitants et les déplacements désordonnés donnent plus envie de rire que de frissonner.

 

Ce défaut devient d’autant plus frustrant que le genre de l’exorcisme repose largement sur l’atmosphère et le travail sonore. Or, dans The Ritual, les instants censés inspirer la peur tombent à plat. Le spectateur s’attend à être happé par une ambiance oppressante, mais l’ensemble reste plat, sans intensité. Les effets surnaturels arrivent comme des obligations scénaristiques : convulsions, insultes en latin, vomi verdâtre, lévitations… une accumulation de signes démoniaques vus mille fois ailleurs. Le problème ne se limite pas à la mise en scène. Les personnages eux-mêmes n’existent qu’à travers les faiblesses que le démon utilise contre eux. Al Pacino, en prêtre expérimenté, aurait pu incarner la force tranquille d’un homme de foi confronté au mal absolu. 

 

Mais son jeu paraît forcé, parfois même grotesque, et donne l’impression qu’il est en roue libre. Dan Stevens hérite du rôle du novice en quête de réponses spirituelles, un personnage qui aurait pu refléter les dilemmes modernes entre science et croyance. Mais ses interrogations restent superficielles et répétitives. Quant à Abigail Cowen, elle incarne une religieuse empathique, mais son rôle est si peu développé qu’il disparaît derrière les clichés. Emma Schmidt, censée être le cœur du récit, n’échappe pas à ce traitement caricatural. Son corps devient un simple instrument de démonstration horrifique, sans profondeur psychologique. Pourtant, en s’inspirant d’un cas aussi troublant, le film aurait pu interroger la frontière entre souffrance mentale et croyance religieuse.

 

Difficile de parler d’un film d’exorcisme sans évoquer l’ombre immense de L’Exorciste de William Friedkin. Ce classique, sorti en 1973, a défini une imagerie devenue incontournable : la chambre sombre, les prêtres au chevet d’une jeune fille possédée, les prières latines hurlées face aux convulsions démoniaques. Depuis, rares sont les films à avoir osé s’éloigner de cette formule. The Ritual n’échappe pas à ce piège. Plutôt que de proposer un point de vue singulier, Midell se contente de reproduire ce canevas. Les spectateurs familiers du genre savent exactement ce qui va arriver, et le déroulé du récit confirme leurs attentes sans jamais les bousculer. Le « inspiré de faits réels » affiché en introduction et en conclusion ne suffit pas à crédibiliser cette redite.

 

La présence d’Al Pacino aurait pu être un atout. Mais loin de son incarnation mémorable du Diable dans L’Associé du Diable, l’acteur semble ici se débattre avec un rôle trop figé. Sa performance oscille entre sérieux excessif et moments involontairement ridicules. Dan Stevens, pourtant solide dans d’autres productions, se perd dans un rôle sans épaisseur. Quant à Abigail Cowen, elle apporte un peu de fraîcheur mais son personnage reste trop secondaire pour peser. L’impression dominante est celle d’un gâchis. Le film aligne des acteurs de qualité mais leur offre des dialogues pauvres et des scènes sans relief. Résultat : leur talent paraît étouffé, comme sacrifié sur l’autel d’un scénario trop mécanique. Au final, The Ritual – L’Exorcisme d’Emma Schmidt ne manque pas de potentiel, mais il refuse de le saisir.

 

Le choix d’une esthétique pseudo-documentaire, la répétition des clichés, l’absence de tension et la faiblesse de l’écriture transforment une histoire fascinante en une expérience ennuyeuse. Certains spectateurs évoquent même une forme de « nausée visuelle » face à cette caméra toujours agitée. D’autres reprochent le manque total d’émotion, l’absence de scènes marquantes, et une fin trop attendue. En ce qui me concerne, c’est surtout la platitude générale qui m’a frappé. L’ennui s’installe rapidement, au point de rendre difficile le visionnage jusqu’au bout. The Ritual – L’Exorcisme d’Emma Schmidt aurait pu devenir une œuvre marquante en s’appuyant sur un fait réel unique, reconnu par l’Église et abondamment documenté. Le choix d’un casting prestigieux donnait encore plus de poids à cette ambition.

 

Mais le film préfère se complaire dans les poncifs du genre, jusqu’à ressembler à une compilation de scènes déjà vues. Pour qui espérait une réflexion sur la foi, une immersion dans les ténèbres intérieures d’Emma ou même une simple montée progressive de l’horreur, la déception est grande. The Ritual n’est ni effrayant, ni bouleversant, ni intriguant. C’est un film qui passe à côté de son sujet, qui se regarde sans passion et qui s’oublie dès le générique final. Dans un paysage cinématographique saturé de films de possession, ce long-métrage s’ajoute à la liste de ceux qui ratent leur cible. Le cas Emma Schmidt méritait mieux.

 

Note : 1/10. En bref, The Ritual – L’Exorcisme d’Emma Schmidt ne manque pas de potentiel, mais il refuse de le saisir. Le choix d’une esthétique pseudo-documentaire, la répétition des clichés, l’absence de tension et la faiblesse de l’écriture transforment une histoire fascinante en une expérience ennuyeuse. 

Sorti le 20 août 2025 au cinéma

 

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