30 Août 2025
The Uninvited // De Nadia Conners. Avec Elizabeth Reaser, Walton Goggins, Lois Smith et Pedro Pascal.
Avec Pedro Pascal, Walton Goggins, Elizabeth Reaser, Rufus Sewell et la légendaire Lois Smith, The Uninvited de Nadia Conners a suscité mon attente simplement grâce au casting. Pourtant, une fois le film terminé, la déception se fait sentir. L’idée d’un drame satirique sur la superficialité hollywoodienne pouvait avoir du potentiel, mais le résultat reste trop théâtral, trop appuyé, et finalement assez vain. L’histoire se déroule dans une villa des Hollywood Hills, où Sammy (Walton Goggins), agent artistique en pleine crise professionnelle, organise une soirée avec son épouse Rose (Elizabeth Reaser).
Comment un étranger interrompt une fête ?
Ce couple vit une période trouble : lui cherche à conserver ses clients les plus prestigieux, elle regrette une carrière d’actrice qui semble s’être arrêtée trop tôt. Leur fils Wilder, encore petit, complète ce tableau domestique en demi-teinte. La soirée sert de prétexte à un défilé de figures archétypales du cinéma : le réalisateur tyrannique (Rufus Sewell), la jeune actrice montante (Eva De Dominici), et surtout Lucien (Pedro Pascal), ancien amour de Rose devenu star internationale. Tout est réuni pour que les rancunes, les regrets et les rivalités refassent surface au rythme des verres de vin et des conversations qui s’éternisent. L’intrigue prend une tournure plus étrange lorsque Helen (Lois Smith), une vieille dame persuadée d’habiter la maison, s’invite dans la fête.
Son intrusion apporte un décalage bienvenu, presque fantomatique, et met en lumière le vide existentiel des convives. Dès les premières scènes, un constat s’impose : The Uninvited ressemble plus à une pièce de théâtre filmée qu’à un véritable film de cinéma. Les dialogues sont omniprésents, souvent appuyés, parfois volontairement emphatiques. Le spectateur n’est pas happé par une mise en scène visuelle, mais enfermé dans un flux verbal qui peine à surprendre. Ce choix pourrait être assumé si les dialogues apportaient une réelle densité. Malheureusement, beaucoup sonnent creux ou paraissent trop écrits. Le scénario multiplie les métaphores forcées, les petites phrases qui voudraient frapper mais tombent souvent à plat.
Quelques répliques fonctionnent, mais elles se perdent dans un océan de bavardages. Cette écriture emphatique nuit aussi aux personnages. Rarement ils donnent l’impression d’exister en dehors de leurs tirades. Ils semblent construits pour incarner une idée – la star vieillissante, l’agent en perte de vitesse, l’actrice recalée – mais rarement pour transmettre une vérité émotionnelle. Avec un tel casting, l’espoir d’une alchimie était grand. Walton Goggins apporte toujours une intensité particulière à ses rôles, et Pedro Pascal a prouvé à plusieurs reprises qu’il pouvait transformer des personnages secondaires en figures mémorables. Pourtant, dans The Uninvited, leur talent paraît bridé.
Elizabeth Reaser tire malgré tout son épingle du jeu. Son rôle lui permet d’explorer plusieurs facettes contradictoires : mère attentive, épouse désabusée, actrice frustrée et femme rattrapée par ses souvenirs. Son interprétation est sans doute la plus nuancée du film. Lois Smith, quant à elle, reste la véritable lumière du récit. Son apparition inattendue insuffle un souffle de sincérité et de fragilité qui contraste avec la vacuité des autres protagonistes. Elle incarne le seul personnage qui semble exister en dehors des convenances hollywoodiennes, apportant une profondeur que le scénario n’exploite pas pleinement. Nadia Conners souhaitait manifestement signer une critique douce-amère d’Hollywood et de ses excès.
L’idée de montrer des artistes et agents obsédés par leur carrière, incapables de savourer leur quotidien, pouvait résonner avec force. Mais le film rate son objectif en adoptant une posture trop distante et en accumulant des clichés déjà vus. Les personnages ne dépassent jamais leur statut de caricatures. Ils incarnent des symboles plus qu’ils ne racontent une histoire humaine. Le spectateur se retrouve face à un catalogue de préoccupations mondaines – carrière, image, reconnaissance – sans jamais être invité à ressentir quelque chose de sincère. Le choix d’utiliser Helen comme catalyseur du récit s’avère aussi problématique. La vieille dame, avec sa confusion et sa mémoire défaillante, sert de miroir commode pour rappeler aux convives la futilité de leurs drames.
Mais son traitement frôle le simplisme. Elle est réduite à une fonction narrative : révéler, éveiller, apaiser. Cela finit par donner une impression de manipulation scénaristique, presque condescendante. Visuellement, The Uninvited n’est pas désagréable. Les intérieurs soignés, la lumière des collines au crépuscule et l’élégance des plans créent une atmosphère séduisante. Mais cette esthétique reste superficielle. Elle décore plus qu’elle ne raconte. Le film ne propose pas de véritable langage cinématographique. Peu de travail sur les silences, peu de respirations entre les dialogues. Chaque plan semble au service des échanges verbaux, comme si l’image n’était qu’un support.
Or, le cinéma se nourrit aussi de ce qui échappe aux mots. Ici, tout est trop explicite, trop dit. A la fin du film, un sentiment domine : celui d’avoir assisté à une démonstration brillante en surface mais pauvre en émotion. L’intention de montrer le vide de vies privilégiées, prisonnières de leurs egos, est claire. Mais le film se perd dans sa propre démonstration, oubliant de créer de l’attachement ou de la surprise. Les spectateurs qui cherchent une fresque hollywoodienne grinçante ou un huis clos glaçant comme The Invitation risquent d’être déçus. The Uninvited reste dans un entre-deux : trop bavard pour être subtil, trop poli pour être mordant.
The Uninvited avait tout pour séduire : un casting de premier plan, une réalisatrice motivée par une approche satirique, et une intrigue concentrée sur une seule soirée, propice aux révélations. Pourtant, le film échoue à transformer cette matière en œuvre marquante. Il en résulte un drame élégant mais creux, porté par quelques interprétations solides, mais desservi par un scénario trop démonstratif et une mise en scène qui n’exploite pas pleinement le potentiel cinématographique.
Note : 5/10. En bref, à défaut de marquer durablement, The Uninvited illustre la difficulté de critiquer Hollywood sans sombrer dans ses propres travers.
Prochainement en France
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