25 Août 2025
Wild Speed Girl // De Shawn Simmons. Avec Samara Weaving, Karl Glusman, Andy Garcia et Randall Park.
Le cinéma d’action aime ses héroïnes écorchées, à la fois fragiles et déterminées, coincées entre leur passé et un présent qui ne leur laisse aucun répit. Avec Wild Speed Girl, Shawn Simmons tente de livrer un mélange de polar urbain, de comédie noire et de film de braquage. L’ambition est visible : placer Samara Weaving au volant d’un récit qui joue avec les codes du “getaway driver” déjà explorés par des titres comme Baby Driver ou Drive. Pourtant, malgré un concept qui aurait pu accélérer, le résultat peine à trouver sa vitesse de croisière. Le scénario suit Edie (Samara Weaving), présentée d’abord comme une adolescente embarquée trop tôt dans les magouilles familiales.
Une jeune femme, ancienne conductrice en fuite, reçoit de la part de son employeur une chance de sauver la vie de son ex-petit ami.
Forcée par son père de conduire lors d’une fuite policière pour protéger sa mère compromise, elle découvre brutalement l’univers du crime. Des années plus tard, devenue adulte, Edie survit tant bien que mal : un boulot de banque qui ne mène à rien, une voiture en panne chronique, des factures qui s’empilent et une vie sentimentale chaotique. Son quotidien bascule quand réapparaît John, son ex toxique, incapable d’assumer la moindre responsabilité. Ce dernier doit une grosse somme d’argent à Nico, un caïd local, et entraîne Edie dans une spirale qu’elle aurait préféré laisser derrière elle. Le deal est simple : pour sauver John, elle doit redevenir pilote de fuite et participer à un braquage de casino. Trois millions de dollars sont en jeu et une semaine pour préparer le coup.
Sur le papier, tout cela a le potentiel d’un thriller nerveux. Dans les faits, le récit enchaîne des situations attendues, sans réelle surprise. Les péripéties semblent tirées d’un manuel du film de braquage : dettes, mafieux menaçants, plan minutieux, imprévus le soir du casse. Tout est là, mais rien ne bouscule vraiment. Le plus grand atout de Wild Speed Girl reste son actrice principale. Samara Weaving incarne Edie avec une énergie qui maintient le spectateur éveillé même lorsque l’intrigue faiblit. Sa performance traduit un mélange crédible de vulnérabilité et de force, et elle parvient à rendre attachante une héroïne pourtant mal servie par le scénario. Le reste du casting n’a pas la même chance. Karl Glusman, dans le rôle de John, traîne son personnage de loser pathétique sans jamais convaincre.
Le problème est moins dans son jeu que dans l’écriture : pourquoi Edie s’acharne-t-elle à sauver quelqu’un d’aussi antipathique ? La question reste sans réponse, et cette incohérence dramatique mine le film. Andy Garcia et Steve Zahn apparaissent en seconds rôles, mais leurs présences ressemblent davantage à des cachets de luxe qu’à de réelles contributions à l’intrigue. Dans un film intitulé Wild Speed Girl, on s’attend naturellement à ce que les séquences de poursuite motorisée soient le cœur battant du récit. Malheureusement, la mise en scène échoue à transformer ces moments en véritables pics d’adrénaline. Les premières scènes esquissent des poursuites prometteuses, mais le montage les coupe brutalement, remplaçant l’action par des dialogues explicatifs.
Un choix frustrant, surtout pour un film vendu comme un thriller automobile. Quand l’action finit par démarrer, elle reste en demi-teinte. Plans trop serrés, coupes rapides, caméra instable : le spectateur perd le fil au lieu de ressentir la vitesse. Certains mouvements de caméra rappellent davantage un clip musical qu’un affrontement tendu. Le résultat manque de lisibilité et, surtout, de tension dramatique. Là où Drive jouait sur la lenteur et l’attente, et où Baby Driver misait sur la précision chorégraphique, Wild Speed Girl se contente d’une agitation confuse. Shawn Simmons tente d’insuffler de l’humour noir à son récit. Malheureusement, les punchlines tombent souvent à plat. Les dialogues semblent vouloir imiter le ton désinvolte d’un Tarantino ou la légèreté d’un Guy Ritchie, mais le résultat paraît forcé.
Cette maladresse se retrouve dans d’autres séquences, notamment un passage interminable autour d’un joueur professionnel de cartes. La scène aurait pu apporter un contrepoint ironique, mais elle traîne en longueur et alourdit un rythme déjà fragile. Dans ce genre de production, la musique joue souvent un rôle crucial. Baby Driver l’a démontré en construisant son identité entière sur sa bande-son. Ici, les morceaux choisis remplissent leur fonction, mais sans jamais transcender l’action. Quelques instants plus calmes, notamment lors d’une discussion entre Edie et John, offrent des compositions plus subtiles, mais l’ensemble reste anecdotique. Ce manque d’identité sonore accentue la fadeur du film.
Il serait injuste de dire que Wild Speed Girl échoue totalement. Certaines scènes centrées sur Edie, loin des braquages et des cascades, parviennent à transmettre une émotion sincère. Le désarroi d’une jeune femme écrasée par son passé, ses responsabilités et un avenir bouché est palpable. Samara Weaving donne chair à cette détresse, et c’est dans ces moments plus intimistes que le film touche une vérité. Mais ces instants restent trop rares et ne compensent pas l’ensemble. L’impression qui domine est celle d’un projet qui aurait pu fonctionner en se concentrant davantage sur la psychologie de son héroïne plutôt que de se perdre dans un énième braquage sans personnalité. Wild Speed Girl laisse un goût mitigé.
Avec un pitch accrocheur, une actrice principale investie et quelques scènes techniquement solides, le film aurait pu se tailler une place dans la catégorie des bons thrillers automobiles. Mais entre un scénario trop convenu, des dialogues maladroits, un humour forcé et une mise en scène brouillonne, le résultat manque d’impact. En définitive, ce long-métrage ressemble à ces productions de plateformes de streaming qu’on regarde d’un œil distrait : suffisantes pour meubler une soirée, mais aussitôt oubliées une fois le générique terminé. Pour les amateurs de films de braquage et de poursuites, mieux vaut revoir Baby Driver ou Heat. Ceux qui veulent simplement voir Samara Weaving en héroïne forte trouveront peut-être leur compte, mais devront accepter que le film, lui, reste en roue libre.
Note : 4.5/10. En bref, entre un scénario trop convenu, des dialogues maladroits, un humour forcé et une mise en scène brouillonne, le résultat manque d’impact.
Sorti le 22 août 2025 directement sur Disney+
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