Critique Ciné : Y’a pas de réseau (2025)

Critique Ciné : Y’a pas de réseau (2025)

Y’a pas de réseau // De Edouard Pluvieux. Avec Gérard Jugnot, Maxime Gasteuil et Julien Pestel.

 

Y’a pas de réseau, dernier film de comédie d’aventure familiale, semblait cocher toutes les cases : un décor naturel, deux enfants malins, des méchants maladroits, et l’ombre d’un classique hollywoodien qui plane en arrière-plan. Sur le papier, tout y était. Mais sur l’écran, l’enthousiasme s’évapore rapidement, laissant place à une impression d’inachevé et de déjà-vu. L’intrigue démarre pourtant avec un concept qui aurait pu séduire : deux enfants de dix ans, en vacances dans une cabane au cœur d’une forêt, se retrouvent coupés du monde. Pas de téléphone, pas de réseau, et donc pas de contact avec les adultes. La situation bascule quand deux saboteurs improbables débarquent pour saccager les lieux. 

 

Jonas et Gabi, 9 et 11 ans, passent le week-end avec leurs parents dans un gite isolé au milieu d’une forêt. A peine arrivés, les deux enfants décident de faire le mur, seuls en pleine nature, et vont surprendre deux malfrats aussi stupides que dangereux en train de faire exploser une antenne relais pour couper le réseau. Se lance alors une course poursuite effrénée où pour leur échapper, les deux enfants vont devoir transformer leur gîte en une véritable forteresse de pièges et obstacles.

 

Les enfants décident alors de transformer leur refuge en véritable forteresse piégée. Une idée simple, directement inspirée de Maman, j’ai raté l’avion, mais transposée dans un cadre rural, avec en prime un ours qui rôde dans les parages. Le décor est planté, le terrain de jeu semble prêt. Malheureusement, la magie ne prend pas. Le scénario déroule une mécanique archi connue : course-poursuite, pièges, gags physiques, petites humiliations infligées aux méchants. Pour un public adulte, l’effet de surprise disparaît dès les premières minutes. Les situations absurdes s’enchaînent avec un rythme prévisible, et l’humour, volontairement simpliste, ne dépasse jamais le stade du clin d’œil. 

 

Les enfants pourront s’amuser devant ces cabrioles, mais difficile de trouver matière à rire franchement lorsqu’on a passé l’âge des comédies très sages. Visuellement, le film tire son plus bel atout de ses paysages. La forêt offre un écrin magnifique, avec ses clairières baignées de lumière et ses chemins sinueux. Ces plans respirent l’air pur et donnent envie d’évasion. Pourtant, cette beauté naturelle n’est jamais vraiment exploitée pour nourrir la tension ou enrichir la narration. Elle reste un décor de fond, joli mais inerte, qui ne compense pas le manque d’inventivité dans la mise en scène. Côté casting, les deux jeunes acteurs tirent leur épingle du jeu. Attachants, spontanés, ils insufflent une énergie bienvenue à un récit qui peine à décoller. 

 

Leur complicité à l’écran est crédible, et leurs réactions face aux intrus restent naturelles. Mais le film repose aussi sur ses antagonistes, et c’est là que les choses se compliquent. Maxime Gasteuil, dans le rôle d’un voleur maladroit, multiplie les grimaces et les cris. Son énergie est indéniable, mais son jeu finit par tourner en rond, enfermé dans un registre répétitif. Gérard Jugnot, figure incontournable de la comédie française, hérite ici d’un rôle secondaire trop discret. Sa présence apporte un certain capital sympathie, mais il semble évoluer en pilotage automatique, comme s’il traversait les scènes sans y croire totalement. À leurs côtés, Julien Pestel campe un personnage caricatural au possible. Les mimiques forcées et les intonations exagérées deviennent vite fatigantes, voire gênantes. 

 

Le duo de méchants, censé déclencher les rires, frôle souvent le registre du téléfilm pour enfants du samedi après-midi. L’impression de déjà-vu est renforcée par une réalisation qui ne cherche jamais à surprendre. Les pièges inventés par les enfants manquent de créativité : on devine l’issue de chaque gag avant qu’il ne se déroule, et aucune idée visuelle ne vient renouveler l’ensemble. Là où Maman, j’ai raté l’avion jouait avec l’inventivité des situations et le rythme des confrontations, Y’a pas de réseau se contente d’aligner les séquences sans créer de vraie montée en tension. Même le fil conducteur autour de la “déconnexion” — absence de réseau, isolement, retour aux jeux physiques — reste en surface. Le film ne creuse pas ce message, qui aurait pourtant pu offrir un contrepoint intéressant aux pitreries.

 

Certains pourront trouver un charme à cette légèreté assumée. Le ton ne bascule jamais dans la violence véritable : ici, aucun enfant n’est maltraité, les coups sont chorégraphiés de manière cartoon, et la morale reste sauve. Le public visé est clair : des enfants d’une dizaine d’années, qui retrouveront dans ces personnages des héros à leur portée. Pour eux, la répétition des gags peut être rassurante, et la simplicité du scénario facilite la compréhension. Mais pour un spectateur adulte, l’expérience se révèle vite monotone. Le plus frustrant reste ce potentiel gâché. Avec son décor naturel et ses personnages d’enfants débrouillards, Y’a pas de réseau aurait pu devenir une vraie comédie d’aventure à la française, à la fois amusante pour les plus jeunes et subtile pour leurs parents. 

 

Il aurait suffi d’oser des situations moins balisées, de jouer davantage avec l’environnement forestier, d’insuffler une dose de second degré pour élargir la cible. Au lieu de cela, le film se contente d’une reproduction sage d’un modèle américain culte, sans jamais en retrouver l’inventivité. Reste la sincérité de certains acteurs, qui semblent y croire malgré tout. Manon Azem et Zabou Breitman, par exemple, jouent juste dans leurs apparitions, sans surenchère. Et puis, il faut reconnaître à Maxime Gasteuil un engagement total dans son rôle, même si son énergie se perd dans une écriture limitée. Les gendarmes de campagne, figures secondaires, apportent aussi quelques respirations bienvenues.

 

En fin de compte, Y’a pas de réseau est un film qui risque de diviser. Pour un jeune public, il remplit sa mission : offrir 90 minutes de gags et de courses-poursuites dans un décor dépaysant. Pour un adulte, l’expérience se résume à attendre la fin en espérant un rebondissement qui ne viendra pas. Le manque d’humour, d’originalité et d’audace laisse un goût de rendez-vous manqué. C’est un peu comme si le film avait lui-même perdu le signal. L’idée de départ, séduisante, se brouille au fil des scènes, jusqu’à ne plus transmettre que des images convenues. Les rires attendus restent bloqués quelque part, et il ne reste qu’une succession de situations déjà vues ailleurs, en mieux exécutées. 

 

Pourtant, impossible de nier qu’il existe un public pour ce type de production, celui qui cherche un divertissement simple, sans enjeu, à partager avec des enfants lors d’un après-midi pluvieux. En sortant de la salle, difficile de ne pas repenser à cette bande-annonce, dynamique et prometteuse, qui laissait espérer une aventure pleine de malice. Le résultat final, lui, donne l’impression d’un film tourné en mode économie, tant sur le plan créatif que technique. La mise en scène, trop sage, ne se risque jamais à un cadrage inventif ou à un gag visuel marquant. Et les rares bonnes idées se noient dans une mer de répétitions. 

 

Y’a pas de réseau n’est pas un mauvais film au sens strict : il se regarde, il amuse les enfants, il ne choque personne mais il aurait bien plus sa place un lundi soir comme téléfilm sur TF1 qu’au cinéma. Mais il reste coincé dans une zone grise, celle des comédies familiales qui ne laissent pas de trace. Un dimanche pluvieux, si la connexion Internet lâche, il fera office de passe-temps. Mais dès que le Wi-Fi revient, on passe à autre chose. Et c’est peut-être là le vrai problème : ce film ne donne pas envie d’y rester connecté.

 

Note : 2.5/10. En bref, Y’a pas de réseau n’est pas un mauvais film au sens strict : il se regarde, il amuse les enfants, il ne choque personne mais il aurait bien plus sa place un lundi soir comme téléfilm sur TF1 qu’au cinéma. 

Sorti le 6 août 2025 au cinéma

 

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