14 Août 2025
In Flight, production en six épisodes diffusée sur Channel 4, s’annonçait comme un thriller haletant mais rapidement, il finit par donner l’impression d’un trajet interminable, sans escale ni vraie destination. L’histoire aurait pu être celle d’un drame familial sous haute tension, un récit tendu où chaque décision pèse lourd et où les enjeux se renouvellent au fil des épisodes. Ce n’est pas ce qui se passe. Le résultat, malgré une mise en scène appliquée, s’enlise dans une monotonie où la tension devient un fond sonore constant, sans variation, jusqu’à anesthésier le spectateur. L’intrigue se résume assez simplement : Jo Conran, hôtesse de l’air expérimentée, voit sa vie basculer lorsque son fils Sonny est arrêté en Bulgarie et condamné pour un meurtre qu’il jure ne pas avoir commis.
Le fils de Jo Conran est emprisonné pour un meurtre qu'il nie. Une bande la fait chanter pour qu'elle fasse de la contrebande, la plongeant dans un monde de corruption et de violence pour sauver la vie de son enfant.
Dès les premières minutes, on comprend que ce ne sera pas l’histoire d’une enquête qui mettrait au jour un complot judiciaire ou un retournement spectaculaire. Non, la série prend un chemin plus étroit : celui d’une mère poussée dans ses retranchements, qui accepte de se compromettre dans un trafic de drogue pour sauver son fils. Sur le papier, l’idée n’est pas mauvaise. Le problème, c’est la manière dont elle est exploitée. Dès l’ouverture, la série installe une atmosphère oppressante. Les scènes de prison sont sombres, saturées de regards hostiles et de bruits métalliques, tout est pensé pour donner l’impression que Sonny est en danger à chaque seconde. Jo, elle, évolue entre deux univers : celui, relativement aseptisé, des cabines d’avion où elle continue de travailler, et celui, sale et brutal, des menaces qui pèsent sur son fils.
Le contraste pourrait être intéressant, mais la réalisation n’en tire pas vraiment parti. Très vite, ces deux mondes se confondent dans la même tonalité sombre. Il n’y a jamais de respiration, et c’est là que la série commence à s’essouffler. La tension ne monte pas, elle stagne. L’arrivée de Cormac, le maître-chanteur qui entraîne Jo dans la contrebande, est censée être un moment charnière. C’est le basculement définitif vers l’illégalité, la perte du dernier vernis de normalité. Sauf que la scène est filmée et écrite sans surprise. Le spectateur devine immédiatement où tout cela mène. On comprend dès ce premier contact que ce marché ne se fera pas “une fois pour toutes” et que Jo va se retrouver piégée dans une succession de livraisons de plus en plus risquées.
Cette prévisibilité est le premier clou dans le cercueil de la série : l’effet de menace repose sur un scénario que l’on peut lire dix minutes à l’avance. Ce manque de surprise n’est pas seulement un problème d’intrigue. Il affecte aussi le rythme. Les épisodes s’enchaînent sur le même schéma : menace, préparation, livraison sous tension, retour à la case départ avec une nouvelle exigence de Cormac. La mécanique est répétitive, au point que l’on finit par anticiper non seulement ce qui va se passer, mais aussi comment cela va se passer. Ce n’est plus du suspense, c’est une boucle. Katherine Kelly, qui incarne Jo, fait ce qu’elle peut avec un rôle figé. Elle donne parfois l’impression de rejouer la même scène, avec les mêmes mimiques : crispation, hésitation, résignation.
On pourrait y voir le reflet d’un personnage écrasé par la situation, mais cette absence d’évolution rend la relation avec le spectateur distante. Au bout de quelques épisodes, on connaît ses réactions par cœur. L’effet dramatique s’émousse, et ce qui devrait nous plonger dans sa détresse finit par nous laisser à distance. Les autres personnages ne viennent pas compenser cette inertie. Dominic, le douanier et ancien amant de Jo, aurait pu être une figure ambiguë, tiraillée entre son devoir et ses sentiments. Mais son rôle se limite souvent à un soutien discret, parfois convenablement opportuniste, jamais réellement conflictuel. Quant à Cormac, il reste enfermé dans le cliché du manipulateur omniprésent qui surgit toujours au moment où Jo semble reprendre le contrôle.
On n’en apprend jamais assez sur lui pour en faire un antagoniste mémorable. Il est là pour maintenir la pression, rien de plus. Le traitement de l’environnement bulgare est un autre point problématique. Les décors et les situations accentuent volontairement l’aspect corrompu et hostile du système judiciaire local, au risque de tomber dans une vision caricaturale. La prison, les policiers, les avocats : tous semblent jouer dans le même registre de menace passive-agressive, comme si aucune nuance n’existait. Cela peut fonctionner pour créer un climat d’urgence, mais sur six épisodes, cette absence de variation finit par sonner faux. Là où In Flight se tire une balle dans le pied, c’est dans la gestion de la tension. Un bon thriller sait alterner les moments de calme apparent et les pics de danger, pour que chaque montée d’adrénaline ait un impact. Ici, tout est constamment tendu, du premier au dernier plan.
Résultat : on s’habitue, et ce qui devrait être insoutenable devient presque banal. Même les scènes de passage aux douanes, pourtant censées être au cœur du suspense, finissent par se ressembler. Les dialogues échangés lors de ces séquences sont fonctionnels, parfois convenus, et la réalisation ne cherche pas à varier les approches. On est dans le copier-coller, épisode après épisode. La série aurait pu se rattraper sur le plan émotionnel. Après tout, il s’agit avant tout de l’histoire d’une mère prête à tout pour son fils. Mais là encore, l’écriture reste en surface. Jo parle rarement de ce qu’elle ressent, sauf pour exprimer l’évidence : la peur, la colère, l’impuissance. Rien qui permette de creuser son passé, ses failles profondes ou ses contradictions.
Sonny, de son côté, existe surtout comme un prétexte narratif. Ses rares apparitions n’apportent pas grand-chose à l’évolution de l’histoire, et la relation mère-fils reste étonnamment peu explorée pour une série qui repose entièrement dessus. Quand arrive le final, on se rend compte que rien n’a vraiment changé. Les positions des personnages sont presque les mêmes qu’au départ, simplement plus usées par la situation. Il y a bien quelques décisions plus radicales, mais elles n’ont pas le poids émotionnel qu’elles devraient. Le spectateur n’a pas l’impression d’avoir assisté à une transformation, mais plutôt à un long détour qui ramène au point de départ. C’est frustrant, et cela laisse un arrière-goût d’inachevé.
Ce qui est le plus décevant dans In Flight, c’est cette impression persistante d’un potentiel gâché. Le point de départ offrait matière à un récit nerveux, ponctué de dilemmes moraux et de coups de théâtre imprévisibles. Mais le scénario choisit la sécurité, en restant sur des rails connus, quitte à sacrifier l’intensité dramatique. Les enjeux sont posés dès le premier épisode, et la suite ne fait que les rejouer sous différentes variantes, sans jamais les faire évoluer. Il faut reconnaître à la série une certaine cohérence visuelle. La photographie est maîtrisée, l’ambiance sonore contribue à l’oppression générale, et les scènes en cabine ou dans les aéroports sont crédibles.
Mais ces qualités techniques ne suffisent pas à masquer le vide progressif de l’intrigue. C’est un emballage soigné autour d’un contenu qui s’érode trop vite. En fin de compte, In Flight est une expérience qui ressemble à un vol long-courrier sans divertissement à bord. On part avec une destination claire, mais le trajet est plat, et on passe plus de temps à regarder l’heure qu’à profiter du voyage. Ceux qui apprécient les ambiances étouffantes pourraient y trouver leur compte, à condition d’accepter une intrigue prévisible et des personnages qui changent peu. Pour les autres, il y a de fortes chances que la série donne envie de décrocher bien avant l’atterrissage.
Note : 4/10. En bref, In Flight est une expérience qui ressemble à un vol long-courrier sans divertissement à bord. On part avec une destination claire, mais le trajet est plat, et on passe plus de temps à regarder l’heure qu’à profiter du voyage.
Prochainement en France
Disponible sur Channel 4+, accessible via un VPN
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog