Leanne (Saison 1, 16 épisodes) : une sitcom imparfaite, attachante et résolument humaine

Leanne (Saison 1, 16 épisodes) : une sitcom imparfaite, attachante et résolument humaine

Leanne fait partie de ces bonnes vieilles sitcoms multi-cam qui démarrent sur un premier épisode laborieux et qui, au fil des épisodes parviennent à dévoiler quelque chose qui fonctionne. Pas besoin de se mentir : les premières minutes peuvent laisser perplexe. Il y a une forme d’hésitation dans le jeu, des dialogues un peu mécaniques, une ambiance qui semble chercher ses marques. Pourtant, une fois cette phase initiale passée, quelque chose se met en place. Discrètement. Presque timidement. Et c’est précisément ce cheminement progressif qui donne à cette première saison un intérêt particulier. 

 

Leanne voit son monde bouleversé quand son mari la quitte pour une autre femme après 33 ans de mariage. Entourée de sa famille, notamment sa sœur Carol, au soutien indéfectible, Leanne apprend à faire face au chaos et retrouve la force, le sourire et l'espoir là où elle s'y attendait le moins.

 

Regarder le premier épisode de Leanne, c’est un peu comme assister à une pièce de théâtre encore en rodage. Les transitions manquent de fluidité, les rires enregistrés tombent à plat, et les personnages paraissent figés dans des archétypes trop rigides. Leanne, incarnée par l’humoriste du même nom, joue une femme dont la vie bascule après le départ de son mari, parti refaire sa vie avec une femme plus jeune. Une situation déjà vue, avec des ressorts dramatiques familiers. Mais le malaise initial ne tient pas tant à l’intrigue qu’à son exécution : le rythme, les blagues, l'énergie générale donnent l'impression d'un projet pas tout à fait prêt. Cependant, ce genre de démarrage n’est pas exceptionnel. Bien des sitcoms ayant marqué les esprits sont passées par cette même phase de flottement. 

 

Le format, basé sur des dynamiques de groupe, exige un temps d’adaptation. Il faut laisser aux personnages le temps d’exister au-delà de leur fonction dans le récit. Il est indéniable que le casting joue un rôle essentiel dans la progression qualitative de la série. Dès les épisodes 2 ou 3, les interactions gagnent en spontanéité. Leanne Morgan, dans le rôle principal, semble plus à l’aise dans son interprétation. Son personnage devient plus nuancé, moins caricatural. Il y a une forme de sincérité qui commence à transparaître dans son jeu, et cela change la dynamique générale. À ses côtés, Kristen Johnston campe la sœur de Leanne. Son personnage, excessif et toujours sur la corde raide, apporte une énergie bienvenue.

 

Certains moments lui permettent de briller, même si le scénario ne lui donne pas toujours de matière à exploiter pleinement son potentiel. Les autres membres de la famille – entre le fils dévoué mais débordé, la fille instable, et les parents vieillissants – remplissent chacun leur fonction dans cet univers familial un peu dysfonctionnel, mais reconnaissable. Ce qui peut d’abord désarçonner dans Leanne, c’est son attachement à un format devenu rare. Le multi-caméra, les rires en boîte, les décors de studio : tout rappelle une époque de la télévision qui semblait révolue. Et cela demande un temps d’adaptation. 

 

Quand tant de séries comiques récentes misent sur une réalisation proche du cinéma, avec des ambiances travaillées et des dialogues naturalistes, Leanne opte pour une simplicité désuète. Mais une fois les attentes réajustées, cette simplicité devient un cadre rassurant. Le décor ne change pas beaucoup, les situations reviennent sous des formes variées, et les personnages se répètent parfois – mais c’est aussi ce qui crée une forme de confort. L’humour ne cherche pas à choquer, ni à déconstruire les conventions. Il repose sur des dialogues souvent prévisibles, mais livrés avec une certaine tendresse. Même si l’on sait à peu près où chaque épisode va nous mener, il arrive que certains instants prennent une tournure un peu plus touchante que prévu. 

 

Une remarque en apparence anodine peut faire écho à une vérité plus profonde. Un échange banal entre deux personnages se teinte parfois d’une émotion inattendue. Rien de bouleversant, mais assez pour donner de l’épaisseur à cette comédie à première vue légère. Par exemple, lorsque Leanne réalise qu’elle n’était peut-être pas « l’élément important » dans sa relation de trente-trois ans, la scène sonne juste. Ce genre de réplique, glissée au milieu d’un dialogue comique, permet au personnage de gagner en humanité sans tomber dans le mélodrame. Et ce dosage, même imparfait, donne à la série un certain équilibre.

 

Le parcours de Leanne Morgan en tant qu’artiste ajoute une dimension intéressante à la série. Venue du monde du stand-up, elle incarne une femme de presque 60 ans qui recommence sa vie, autant dans la fiction que dans la réalité. Il y a quelque chose de sincère dans cette démarche, même si l’écriture ne lui rend pas toujours justice. Son humour, très ancré dans le quotidien, fonctionne par petites touches. Ce n’est pas une comédienne explosive, mais plutôt une conteuse qui fait sourire par son regard sur les choses simples. Et c’est cette qualité qui ressort le plus quand la série trouve son rythme.

 

Sur les 16 épisodes que compte cette première saison, peu tentent de bouleverser les codes. Chaque épisode s’inscrit dans une logique autonome, avec un problème posé en début de segment, et une résolution – plus ou moins heureuse – à la fin. Le fil rouge autour de la reconstruction post-séparation reste en arrière-plan, servant davantage de toile de fond que de véritable moteur narratif. Mais cette structure, répétitive par moments, fonctionne étonnamment bien. Elle permet de s’attacher progressivement aux personnages, de repérer leurs habitudes, leurs obsessions, leurs petits travers. Et cela donne l’impression d’entrer dans une famille fictive que l’on apprend à connaître au fil des semaines.

 

Ce qui frappe avec Leanne, c’est l’absence totale de prétention. Il n’est jamais question ici de réinventer la comédie, ni même de proposer une lecture nouvelle des relations humaines. L’objectif semble plutôt d’offrir une parenthèse agréable, un rendez-vous régulier avec un univers familier. Cela ne signifie pas que tout est réussi. Certaines blagues tombent à plat, les situations deviennent parfois trop convenues, et le rythme n’est pas toujours constant. Mais il y a, dans cette volonté de rester simple et accessible, une honnêteté appréciable. Il est difficile de ne pas penser à d'autres sitcoms en regardant Leanne. 

 

Par moments, la série rappelle Reba, avec son ancrage dans le Sud des États-Unis, ses personnages féminins forts, et son ton mi-comique, mi-affectueux. Pourtant, là où Reba parvenait à instaurer une vraie dynamique dès les premiers épisodes, Leanne semble chercher encore sa voix. Cette proximité avec des productions antérieures peut jouer en sa faveur, en créant un effet de nostalgie. Mais cela pose aussi la question de l’originalité. La série parvient-elle à se démarquer suffisamment ? Pas toujours. Certains épisodes donnent l'impression de déjà-vu, et les intrigues secondaires manquent parfois de relief.

 

Malgré ses faiblesses, cette première saison propose un moment de télévision cohérent. L’ensemble tient la route, et certaines scènes restent en mémoire. Ce n’est pas une série qui bouleverse, ni qui provoque l’enthousiasme, mais elle crée un attachement progressif. Le format long (16 épisodes) joue aussi un rôle important. À une époque où les saisons se raccourcissent, avoir autant de temps pour développer un univers est un avantage. Cela permet aux personnages de respirer, aux situations de se répéter sans devenir pesantes, et aux spectateurs de s’installer dans une routine agréable.

 

Arrivé au seizième épisode, une question se pose : aurais-je envie de voir une deuxième saison ? La réponse, sans être un « oui » enthousiaste, est plutôt positive. Non pas pour savoir ce qu’il va se passer – car la série ne repose pas sur un suspense haletant – mais pour retrouver cette ambiance spécifique. Leanne est une série qui, sans être exceptionnelle, laisse une impression de familiarité qui donne envie de revenir. La saison 1 de Leanne, c’est un peu comme une tasse de thé tiède un jour de pluie. Ce n’est pas le breuvage le plus excitant, ni le plus mémorable. Mais c’est réconfortant. On s’y attache sans trop s’en rendre compte. Les personnages prennent leur temps pour devenir intéressants. 

 

L’humour n’est jamais incisif, mais il reste bienveillant. Et surtout, il y a dans cette série une forme de modestie qui la rend plus humaine. Pour celles et ceux qui cherchent une comédie à regarder sans se prendre la tête, Leanne peut être une bonne option. Il faut juste accepter que les premiers épisodes ne soient pas très convaincants. Mais au bout du compte, c’est peut-être ce cheminement hésitant qui rend l’expérience plus authentique.

 

Note : 6/10. En bref, la saison 1 de Leanne, c’est un peu comme une tasse de thé tiède un jour de pluie. Ce n’est pas le breuvage le plus excitant, ni le plus mémorable. Mais c’est réconfortant.

Disponible sur Netflix

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article
R
On est dans un cadre convenu et ça prend au fil des épisodes. Kirsten Johnston vu dans Mom apporte la fantaisie t pouvait encore être plus utilisée. Le thé pourrait être exquis en saison 2.
Répondre
D
Oui ! C'est vraiment ce que j'ai aimé, le fait que l'on ait aussi assez d'épisodes pour voir la série éclore. Et j'ai bien envie de voir une saison 2 aussi :)