Call My Agent: Berlin (Saison 1, 10 épisodes) : Dix pour Cent à la sauce berlinoise

Call My Agent: Berlin (Saison 1, 10 épisodes) : Dix pour Cent à la sauce berlinoise

Découvrir une adaptation d’une série culte est toujours une expérience particulière. Il y a d’un côté la curiosité de voir comment une œuvre étrangère est transposée dans un autre contexte culturel, et de l’autre, le risque de la comparaison permanente avec l’original. Avec Call My Agent: Berlin, disponible sur Disney+, ce double mouvement s’impose naturellement. Inspirée de la série française Dix pour cent, qui a marqué les années 2010, cette nouvelle version allemande plonge au cœur de la vie d’une agence de comédiens dans la capitale. Elle met en scène le quotidien de l’agence Stern, confrontée à des dilemmes professionnels, des querelles internes et des situations parfois ubuesques liées aux stars qu’elle représente.

 

Vivez le quotidien des agents de stars de l'Agence Stern.

 

Le format court, condensé mais intense, m’a donné la sensation de feuilleter un album d’instantanés pris sur le vif dans un univers où l’ego et la stratégie cohabitent en permanence. Dès le premier épisode, l’intrigue s’articule autour d’un bouleversement majeur : la disparition du fondateur Richard Stern. Cet événement agit comme une onde de choc et place les agents face à un avenir incertain. La stabilité de l’agence repose désormais sur une direction improvisée et sur des collaborateurs qui peinent à trouver leur équilibre. Ce deuil fondateur sert de moteur narratif. Il ne s’agit pas simplement de savoir si la structure survivra, mais de comprendre comment chacun réagit au vide laissé par ce personnage tutélaire. 

 

Derrière les dialogues rapides et les échanges parfois cyniques, j’ai ressenti une véritable exploration des dynamiques de pouvoir : qui veut prendre le contrôle, qui préfère rester dans l’ombre, qui utilise la situation pour redéfinir son rôle ? La série ne se limite pas à montrer des professionnels en crise, elle expose surtout la fragilité de métiers que l’on imagine souvent tout-puissants. Un agent a besoin de ses stars pour exister, mais il doit aussi gérer leur susceptibilité, leurs caprices et parfois leur peur de disparaître. La grande attraction de Call My Agent: Berlin reste l’apparition, épisode après épisode, de figures emblématiques du cinéma et de la télévision allemande. Moritz Bleibtreu, Iris Berben, Heike Makatsch, Jürgen Vogel ou encore Emilia Schüle s’invitent dans la fiction en incarnant leur propre rôle.

 

Ces interventions rappellent que le prestige d’une série ne repose pas uniquement sur son casting principal, mais aussi sur cette capacité à surprendre le spectateur par un visage familier. J’ai trouvé intéressant que chaque célébrité accepte de jouer avec son image publique, parfois en exagérant des traits caricaturaux, parfois en s’exposant avec une sincérité désarmante. Un exemple marquant est celui de Bleibtreu, confronté à l’âgisme et à l’idée de recourir à la chirurgie esthétique pour conserver une place dans une production internationale. Cette intrigue, bien que traitée avec humour, soulève une question sérieuse : à quel prix une carrière se maintient-elle dans une industrie obsédée par la jeunesse ?

 

Ces moments fonctionnent comme des miroirs. Derrière le clin d’œil, j’ai perçu une critique douce-amère d’un milieu où le paraître a souvent plus de valeur que l’expérience. Si les stars attirent l’attention, ce sont bien les agents qui tiennent la série. Lucas Gregorowicz prête ses traits à Gabor, charismatique mais calculateur. Michael Klammer interprète Konstantin, plus idéaliste, parfois maladroit. Karin Hanczewski incarne Sascha, figure ambitieuse, tandis que Gabrielle Scharnitzky apporte une présence singulière dans le rôle de Hellen. Ces personnages donnent à la série son rythme et sa profondeur. Ils ne se contentent pas de réagir aux demandes extravagantes des acteurs ; ils portent en eux des désirs contradictoires, des frustrations et une volonté de s’imposer. 

 

Ce qui m’a marqué, c’est la manière dont leurs relations oscillent entre complicité et rivalité. L’écriture propose une double dynamique : d’un côté, chaque épisode présente un cas particulier lié à une star ; de l’autre, une intrigue plus large se tisse autour de l’avenir de l’agence. Ce tissage narratif permet de maintenir une tension continue. Même quand un problème ponctuel est résolu, il reste toujours en arrière-plan la menace du délitement interne. Au milieu de cette agitation professionnelle, une figure inattendue fait son apparition : Sophie, interprétée par Dana Herfurth. Sa première entrée est volontairement décalée. Munie d’un sac à dos et d’une allure de touriste perdue, elle se retrouve par accident engagée comme assistante.

 

Ce personnage m’a semblé conçu pour servir de passerelle entre le spectateur et ce monde fermé. Elle observe, écoute, se trompe, mais elle découvre aussi. Sa place n’est pas immédiatement claire : simple candide ou élément perturbateur ? Dès la deuxième épisode, des indices laissent entrevoir qu’elle pourrait cacher des motivations plus complexes. J’ai apprécié cette idée d’introduire un regard extérieur. Sans elle, l’agence fonctionnerait comme une forteresse hermétique. Grâce à Sophie, certains mécanismes sont révélés, parfois avec naïveté, parfois avec une pointe de malice. La série propose plusieurs personnages féminins, mais leur traitement m’a parfois laissé perplexe. 

 

Sascha est décrite comme ambitieuse au point d’en paraître froide, Hellen comme une vétérane que l’on réduit à son âge, et Sophie comme une jeune femme encore en quête de légitimité. Cette distribution des rôles renvoie à des archétypes bien connus. Le problème, c’est que ces portraits risquent de renforcer certains clichés au lieu de les interroger. À plusieurs moments, j’ai eu la sensation que les dialogues entre femmes étaient relégués à des préoccupations secondaires, comme l’apparence ou la séduction, tandis que les grandes décisions stratégiques restaient l’apanage des hommes. Ce choix narratif peut s’expliquer par une volonté de montrer la persistance du sexisme dans le milieu artistique, mais l’absence d’autocritique explicite rend la démarche ambiguë. 

 

J’aurais aimé voir les personnages féminins bénéficier de davantage de nuances, au-delà des stéréotypes. Un autre aspect frappant est l’utilisation de Berlin comme toile de fond. La ville, cosmopolite et contrastée, offre un décor idéal pour une série centrée sur le cinéma. Pourtant, j’ai eu le sentiment que son potentiel n’était pas exploité à fond. Les scènes se déroulent majoritairement dans les bureaux modernes et stylisés de l’agence. Cet espace fermé reflète bien l’univers feutré de la profession, mais il prive aussi la série de la richesse visuelle qu’aurait pu apporter la capitale. Quelques extérieurs apparaissent, mais rarement de manière mémorable. Il est dommage que la série donne parfois l’impression de pouvoir se dérouler dans n’importe quelle grande métropole. 

 

Berlin méritait peut-être une mise en valeur plus marquée, surtout dans une œuvre qui se veut locale. En termes de narration, la première saison m’a semblé souffrir de quelques longueurs, notamment dans l’installation de l’intrigue principale. Le premier épisode met beaucoup de temps à poser les enjeux, et certains spectateurs pourraient se sentir perdus face à cette lenteur initiale. Heureusement, à partir du deuxième épisode, la mécanique s’accélère. Les confrontations entre agents deviennent plus intenses, les dilemmes des stars gagnent en piquant, et les fils narratifs s’entrelacent avec davantage de fluidité. Cette progression montre que la série trouve progressivement sa voix. 

 

Mais il est vrai que le démarrage ne m’a pas paru aussi percutant qu’espéré, surtout pour un projet censé capter immédiatement l’attention. Au-delà des intrigues internes, Call My Agent: Berlin pose une question plus large : que devient le cinéma dans une époque dominée par les plateformes de streaming ? À plusieurs reprises, les personnages évoquent la perte de prestige des salles obscures et la transformation des carrières artistiques. Ces réflexions m’ont semblé particulièrement actuelles. L’industrie évolue vite, et la série met en lumière l’inquiétude de ceux qui vivent de ce métier. Les agents ne se battent pas seulement pour leurs clients ; ils tentent aussi de défendre un certain modèle culturel en voie de mutation.

 

Cette thématique ajoute une dimension supplémentaire. On n’assiste pas uniquement à des querelles internes, mais à une lutte symbolique pour la survie d’une profession et, par extension, d’un art. Regarder cette première saison a été une expérience ambivalente. D’un côté, j’ai pris plaisir à voir des stars allemandes accepter de se tourner en dérision. Ce jeu méta, où chacun joue son propre rôle, apporte une légèreté bienvenue. D’un autre côté, l’intrigue de fond autour de l’agence m’a semblé parfois plus passionnante que les apparitions des célébrités. La série gagne en intérêt lorsqu’elle se concentre sur les relations entre agents : rivalités, alliances temporaires, luttes d’ego. 

 

C’est là que les personnages révèlent leur complexité et que l’émotion s’installe. En revanche, le traitement des personnages féminins et le manque d’exploitation de Berlin comme décor sont, à mes yeux, des occasions manquées. J’espère que d’éventuelles saisons futures sauront apporter plus de subtilité sur ces points. Call My Agent: Berlin réussit son pari principal : offrir une adaptation locale qui conserve l’esprit de la série française tout en apportant une touche germanique. La saison 1, composée de dix épisodes, mêle habilement humour et drame, tout en questionnant l’avenir du cinéma face à la montée en puissance des plateformes.

 

Même si tout n’est pas parfait, la série ouvre des pistes intéressantes et mérite d’être suivie. Elle m’a rappelé que derrière chaque star se cache un réseau de professionnels dont la vie est tout aussi théâtrale, parfois même davantage, que celle de leurs clients.

 

Note : 6/10. En bref, Call My Agent: Berlin mêle habilement humour et drame, tout en questionnant l’avenir du cinéma face à la montée en puissance des plateformes. Même si tout n’est pas parfait, la série ouvre des pistes intéressantes et mérite d’être suivie. 

Disponible sur Disney+

Call My Agent Berlin est l’adaptation allemande de la série française Dix Pour Cent. Il s'agit de la 3ème adaptation de la série française après Call My Agent Bollywood (2021) et Call My Agent - Italia (2023). Une version espagnole est également prévue.

 

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