17 Septembre 2025
Votemos // De Santiago Requejo. Avec Clara Lago, Tito Valverde et Gonzalo de Castro.
Les films en huis clos ont toujours exercé sur moi une certaine fascination. Ce cadre unique, cette impossibilité de s’échapper, obligent les personnages à se confronter les uns aux autres, mais surtout à eux-mêmes. Avec Votemos, Santiago Requejo propose une variation espagnole de ce genre si particulier, inspirée de son court-métrage du même nom sorti en 2021. Le point de départ est d’une banalité confondante : une réunion de copropriété pour discuter de l’installation d’un ascenseur. Mais cette banalité ne dure qu’un instant. Très vite, une simple remarque met le feu aux poudres et transforme le rendez-vous de voisins en une arène où chacun laisse tomber le masque de la courtoisie.
Dans un immeuble du centre-ville de Madrid, une réunion ordinaire de voisins pour voter sur le changement d'ascenseur dégénère en un véritable conflit après l'annonce inattendue de la location d'un appartement à un nouveau locataire souffrant de problèmes de santé mentale.
Tout commence dans un vieil immeuble madrilène. Alberto, propriétaire de l’appartement où se tient l’assemblée, annonce qu’il va louer son logement à un collègue de travail. Rien d’inhabituel jusque-là. Mais lorsqu’il précise que ce collègue est engagé dans un programme de réinsertion pour personnes ayant des antécédents de santé mentale, le climat change immédiatement. Ce qui devait être une discussion technique sur les coûts d’un ascenseur devient un débat houleux sur la « normalité », les peurs irrationnelles et le poids des préjugés. Les voisins se divisent, chacun exposant ses craintes, ses rancunes, ou ses justifications plus ou moins sincères.
En l’espace de quelques minutes, l’absent – cet inconnu qui n’a pas encore franchi la porte de l’immeuble – devient le centre de toutes les angoisses. Requejo choisit la simplicité : une seule pièce, quelques chaises, un cercle de voisins qui parlent et s’écoutent de moins en moins. Le procédé n’est pas nouveau, il rappelle des films comme Le Prénom en France ou Perfetti sconosciuti en Italie. Mais ici, la question centrale n’est pas un secret intime révélé, mais la place que la société réserve – ou refuse – à ceux qui sortent des normes. Le ton oscille entre comédie de mœurs et drame social. Certaines répliques arrachent un sourire par leur absurdité, d’autres laissent un goût amer.
Les voisins, d’abord caricaturaux dans leurs rôles (le râleur, l’intellectuel, la présidente de l’assemblée qui veut maintenir l’ordre), finissent par révéler une part d’humanité, souvent moins flatteuse qu’ils ne l’auraient souhaité. Ce qui m’a frappé dans Votemos, c’est la facilité avec laquelle une situation banale devient un révélateur social. La peur de l’autre, de l’inconnu, s’exprime sans filtre. On parle d’abord d’un futur locataire, mais très vite le débat s’élargit : la santé mentale, la cohabitation, la tolérance. Chacun projette ses propres blessures et frustrations dans cette discussion. La figure absente du locataire joue ici un rôle essentiel. Jamais vu, jamais entendu, il devient une toile blanche sur laquelle les voisins peignent leurs préjugés.
Est-il dangereux ? Stable ? Fiable ? Ces questions ne trouvent jamais de réponse. Mais ce flou permet justement au spectateur de voir combien les jugements reposent sur du vide. La force du film tient dans son casting choral. Pas de star écrasante, mais un ensemble où chaque personnage représente une facette de la société contemporaine. Il y a celui qui se cache derrière des arguments pseudo-rationnels pour justifier son rejet, celle qui brandit la peur comme un bouclier, celui qui voudrait expédier la réunion au plus vite, et Nuria, la seule à apporter une note de sincérité. Ancienne patiente psychiatrique, elle prend la parole pour raconter son expérience. Ce moment aurait pu sombrer dans le pathos, mais l’actrice (Clara Lago) évite l’excès.
Sa fragilité donne au film un souffle inattendu, une bouffée de vérité dans un océan de mesquineries. Santiago Requejo n’essaie pas de masquer l’aspect théâtral de son dispositif. Tout se déroule entre quatre murs, dans une atmosphère de plus en plus oppressante. Le montage, fait de regards échangés et de silences tendus, maintient l’attention, même quand la mise en scène paraît académique. Certes, l’absence de variation visuelle peut donner une impression de répétition. Mais cette monotonie a aussi du sens : elle reflète l’enfermement, la sensation d’étouffer dans une pièce où chacun parle plus qu’il n’écoute. Dans les meilleurs moments, cette claustrophobie devient le vrai moteur dramatique du récit.
Difficile de dire que Votemos surprend par son intrigue. Les retournements sont attendus, le final s’annonce assez tôt. Pourtant, la mécanique fonctionne, parce qu’elle met en lumière quelque chose de profondément humain : la peur collective, les rancunes personnelles qui resurgissent à la moindre étincelle, et cette tendance à se protéger en excluant l’autre. L’écriture ne prend pas toujours de risques, et parfois le propos sur la santé mentale reste enfermé dans un regard un peu moralisateur. Mais malgré ces limites, le film réussit à susciter des questions qui résonnent longtemps après la séance. Ce mélange de comédie et de drame est sans doute la signature de Votemos.
Les éclats de voix, les petites mesquineries de voisinage, les contradictions des personnages font sourire. Mais le sourire se fige vite, car derrière les répliques drôles se cache un malaise bien plus profond : la difficulté d’accepter la différence. Ce va-et-vient entre humour et gravité donne au film son rythme particulier. On n’est jamais dans la farce pure, jamais dans la tragédie totale. C’est ce flottement qui lui donne une certaine authenticité, car dans la vraie vie, les discussions de voisinage basculent rarement d’un seul côté. Votemos n’est pas une révolution dans le genre du huis clos, mais il réussit à transformer une réunion de copropriété en terrain d’observation sociale.
La mise en scène reste sage, l’intrigue parfois trop balisée, mais le film capte avec justesse ce mélange de peur et de méfiance qui traverse encore nos sociétés. A la fin, j’ai pensé à mes propres voisins, à ces petites tensions du quotidien qui pourraient, un soir de réunion, dégénérer de la même manière. C’est sans doute là que le film atteint son but : il pousse à réfléchir sur nos propres réactions, sur notre tolérance réelle face à la différence. Et même si tout n’est pas parfaitement maîtrisé, il a le mérite d’oser mettre ce sujet au centre d’une comédie amère.
Note : 6/10. En bref, Votemos n’est pas une révolution dans le genre du huis clos, mais il réussit à transformer une réunion de copropriété en terrain d’observation sociale.
Prochainement en France
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog