Critique Ciné : Dracula (2025)

Critique Ciné : Dracula (2025)

Dracula // De Luc Besson. Avec Caleb Landry Jones, Christoph Waltz et Zoë Bleu.

 

Le comte Dracula a eu mille visages au cinéma. Coppola en a fait une fresque romantique et baroque, Murnau l’a transformé en Nosferatu terrifiant, et même Dario Argento, malgré un résultat discutable, avait au moins osé une approche personnelle. En 2025, Luc Besson s’attaque à son tour au vampire le plus célèbre de la littérature. Mais son Dracula ne mord pas. Pire encore : il se noie dans un flot de clichés, d’images recyclées et de maladresses visuelles. Ce qui aurait pu être une relecture audacieuse du roman de Bram Stoker se transforme en produit formaté, coincé entre le plagiat assumé de Coppola et une esthétique kitsch qui rappelle davantage Arthur et les Minimoys que les ténèbres gothiques du personnage.

 

Au XVe siècle, le Prince Vladimir renie Dieu après la perte brutale et cruelle de son épouse. Il hérite alors d’une malédiction : la vie éternelle. Il devient Dracula. Condamné à errer à travers les siècles, il n’aura plus qu’un seul espoir : celui de retrouver son amour perdu.

 

Le point de départ n’est pas nouveau : un seigneur roumain maudit cherche à retrouver sa bien-aimée disparue depuis quatre siècles. Jusque-là, rien de problématique. Après tout, les grands mythes supportent d’être racontés encore et encore. Le souci, c’est que ce Dracula ne propose aucune variation intéressante. L’histoire est exactement celle qu’on connaît déjà, à la virgule près. Même le prénom du personnage féminin, Elisabetha – invention de Coppola – est repris tel quel, comme si le film n’assumait pas sa propre existence. L’action se déroule cette fois à Paris, mais ce changement de décor ne sert à rien. 

 

Les allers-retours entre la France et la Roumanie se font en deux minutes, ponctués par une pancarte « Frontière France-Roumanie » digne d’un téléfilm du dimanche après-midi. Ce genre de détail finit par donner au récit un parfum de parodie involontaire. Visuellement, Besson semble avoir pioché ses idées un peu partout : la scène du bal rappelle Baz Luhrmann, la narration évoque Amadeus, certaines atmosphères lorgnent du côté du film Le Parfum. Mais ces emprunts manquent de cohérence. L’ensemble ressemble à un patchwork clinquant où chaque plan veut impressionner sans jamais raconter quelque chose de fort. Les filtres marronâtres censés créer une ambiance mystique donnent au film une allure de pub pour parfum discount. 

 

Les « nuits américaines », avec cette lune bleu fluo qui éclaire aussi bien les intérieurs que les extérieurs, finissent par lasser. On dirait que le film s’efforce d’être sombre et mystérieux, mais se contente en réalité d’être sombre et illisible. Côté casting, rien ne fonctionne. Caleb Landry Jones tente bien de donner de l’épaisseur à Dracula, mais son jeu reste une pâle copie de Gary Oldman dans la version Coppola. Christoph Waltz, habituellement brillant, semble absent, enfermé dans une performance monocorde et sans énergie. Quant à Zoé Sidel, fille de Rosanna Arquette, elle manque encore d’expérience et peine à convaincre dans un rôle qui demandait intensité et ambiguïté.

 

L’alchimie entre les deux personnages principaux ne prend jamais. Dans une histoire d’amour damnée, il est essentiel de ressentir cette passion dévorante, mais ici, tout sonne artificiel. Les scènes supposées bouleversantes se réduisent à des ralentis interminables, coupés comme des clips musicaux. Résultat : aucune émotion, juste une impression de poser pour l’affiche. Luc Besson a visiblement voulu mélanger deux axes : l’histoire d’amour tragique et le film de vampire classique. Malheureusement, les deux sont ratés. La romance, comme dit plus haut, n’émeut pas. Quant au registre horrifique, il est traité de manière maladroite. Les gargouilles-ninjas (oui, vous avez bien lu) font basculer le film dans le ridicule.

 

Les décors, censés être gothiques, oscillent entre grand-guignolesque et carton-pâte. Les costumes paraissent anachroniques, et la musique, censée renforcer l’ambiance, se contente de copier des partitions déjà entendues mille fois. Même Dany Elfman, compositeur habituellement inventif, semble ici s’auto-parodier avec une bande son qui rappelle vaguement Edward aux mains d’argent, sans jamais atteindre la même poésie. Le film dure longtemps. Trop longtemps. Non pas parce que l’histoire est dense, mais parce qu’elle est noyée sous des flashbacks répétitifs et des dialogues bavards. Plutôt que de construire une tension dramatique, le montage donne l’impression de voir défiler une suite de scènettes sans lien véritable.

 

La scène d’ouverture, censée poser les bases de la passion entre Dracula et sa bien-aimée, tombe à plat. La scène finale, censée être grandiose, sombre dans le « what the fuck » le plus total. Entre les deux, des batailles mal montées, des ralentis abusifs, et des décors numériques qui font regretter les effets spéciaux des années 90. Adapter Dracula aujourd’hui, c’est forcément se confronter à l’héritage immense du personnage. Mais au lieu de proposer une relecture ancrée dans son époque – par exemple en questionnant le regard masculin ou la notion de prédation amoureuse –, Besson se contente de recycler des images et des thèmes dépassés.

 

Le résultat est d’autant plus frustrant que Besson fut autrefois un cinéaste audacieux. Le Grand Bleu, Nikita, Léon ou même Le Cinquième Élément montraient une vraie inventivité. Ici, il n’en reste rien. Dracula ressemble à une commande impersonnelle, sans vision ni énergie. Avec Dracula, Luc Besson signe l’une des adaptations les plus fades du mythe de Bram Stoker. Ni l’histoire d’amour, ni la dimension horrifique, ni même la mise en scène ne tiennent la route. Tout sonne recyclé, artificiel, ou carrément ridicule. Ce film aurait pu être au moins divertissant, un spectacle un peu kitsch mais fun. Il n’est finalement que long, bavard et déconnecté. 

 

Note : 1/10. En bref, un Dracula sans mordant, qui se perd dans ses clichés et donne l’impression d’un cinéma coincé dans les années 90. Pour qui espérait une relecture moderne et audacieuse, c’est une vraie déception. Pour qui cherchait simplement à revoir une bonne histoire de vampire, mieux vaut ressortir le Coppola de 1992.

Sorti le 30 juillet 2025 au cinéma

 

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