Critique Ciné : Highest 2 Lowest (2025, Apple TV+)

Critique Ciné : Highest 2 Lowest (2025, Apple TV+)

Highest 2 Lowest // De Spike Lee. Avec Denzel Washington, Jeffrey Wright et Ilfenesh Hadera.

 

J’ai terminé ce film avec un drôle de goût amer. Pas parce que Highest 2 Lowest m’a bousculé, pas parce qu’il m’a fait réfléchir, mais parce que je n’ai cessé de me demander : pourquoi ? Pourquoi ce film existe-t-il sous cette forme ? Pourquoi Spike Lee, Denzel Washington et Jeffrey Wright, des noms qui respirent le cinéma solide, se retrouvent-ils piégés dans un projet aussi bancal ? Le titre aurait dû me mettre sur la piste : un peu de « high », beaucoup de « low ». Sur le papier, ça avait tout pour m’attirer. Spike Lee derrière la caméra, Denzel Washington devant, Jeffrey Wright en renfort, et une production estampillée A24, ce qui, en général, garantit un minimum de cohérence. 

 

Un magnat de la musique, réputé pour avoir "les meilleures oreilles de la profession", est la cible d'une demande de rançon qui l’accule à un dilemme moral, entre vie et mort.

 

Sauf qu’ici, la recette a tourné vinaigre. En découvrant Cette relecture version Lee de High and Low d’Akira Kurosawa, je m’attendais à une transposition contemporaine musclée, nerveuse, avec ce regard new-yorkais qui fait sa marque de fabrique. Mais non. Ce que j’ai eu, c’est un patchwork maladroit, trop long et surtout incapable de savoir ce qu’il veut raconter. Soyons honnête : sans Denzel Washington et Jeffrey Wright, le film sombrerait totalement. Ces deux-là portent leurs scènes avec le professionnalisme qu’on leur connaît. Denzel n’a plus rien à prouver, il habite son rôle avec une gravité naturelle.  Wright, lui, apporte de la nuance, comme toujours. Mais autour d’eux, c’est le désert. 

 

Le reste du casting donne l’impression d’être sorti d’un téléfilm de seconde zone, comme si Spike Lee avait décidé de mélanger des acteurs confirmés avec des amateurs en espérant que l’alchimie se ferait toute seule. Résultat : un contraste énorme qui casse constamment l’immersion. Certaines performances sont carrément embarrassantes. Les dialogues tombent à plat, les réactions paraissent forcées. Je n’ai jamais cru à ces personnages censés porter un dilemme moral lourd. Pire encore, la mise en scène semble parfois souligner leurs faiblesses en multipliant des gros plans ou en étirant inutilement certaines séquences.

 

Spike Lee aime New York, c’est une évidence. Ici, il le montre encore, mais parfois avec tellement de lourdeur que ça en devient artificiel. Entre les plans aériens sur la skyline filmés sur fond vert, la fausse parade portoricaine, ou encore un panier de basket planté au-dessus d’une rame de métro, tout respire le décor fabriqué plutôt que l’hommage sincère. La photographie manque de cohérence : certaines scènes sont saturées de couleurs façon clip de hip-hop, d’autres se veulent sombres et réalistes, et d’un coup on bascule dans un effet super 8 sorti de nulle part. Au lieu d’apporter du rythme, ces choix visuels me donnaient surtout l’impression d’un film qui ne sait pas quelle identité adopter.

 

Et je ne parle même pas du montage. Plusieurs scènes sont littéralement répétées deux fois, comme si personne n’avait pris la peine de revoir la copie avant validation. Une accolade rejouée à l’identique, un bandeau retiré deux fois de suite, un plan où Denzel empile des dossiers qui revient comme un mauvais bug : c’est hallucinant dans une production de ce calibre. Ça donne un côté amateur qui flingue toute crédibilité. Avec Spike Lee, je m’attendais à une bande-son percutante, urbaine, collée à l’énergie de New York. À la place, j’ai eu droit à un patchwork sonore totalement à côté de la plaque. Par moments, la musique ressemble à du sous-Star Wars, tonitruante et déplacée pour un drame policier. 

 

À d’autres, on dirait une série B du câble avec des nappes dignes d’un soap opera. Le résultat est le même : au lieu d’amplifier l’émotion, la musique brise le rythme et me sortait de l’histoire à chaque fois. Mais le vrai problème de Highest 2 Lowest, c’est son scénario. À la base, l’histoire avait du potentiel : un riche industriel confronté à un choix moral impossible, entre ses intérêts financiers et la vie d’un enfant kidnappé. Kurosawa en avait fait une bombe dramatique. Spike Lee, lui, l’étire sur plus de deux heures en mélangeant les genres : un peu de comédie, un peu de thriller, quelques séquences musicales, puis des courses-poursuites qui n’ont ni tension ni logique.

 

Les dialogues sont plats, parfois ridicules. Les rebondissements tombent à côté, les réactions des personnages sonnent faux. Et surtout, la fin n’en finit plus. On croit le film terminé, mais non : encore une scène, puis une autre, puis une dernière. Au lieu de monter en intensité, ça s’effiloche dans tous les sens. J’ai eu l’impression de voir un réalisateur qui ne savait pas comment conclure et qui repoussait l’échéance avec des séquences inutiles. J’étais enthousiaste en démarrant le film. Spike Lee, Denzel Washington, Jeffrey Wright : c’est typiquement le genre de trio qui promet un grand moment de cinéma. Mais le résultat est l’inverse : une œuvre décousue, qui a du mal à trouver son ton et qui finit par s’écrouler sous son propre poids.

 

Alors oui, le film a ses éclairs : une ou deux scènes bien cadrées, un plan qui rappelle la puissance visuelle de Lee, un moment où Wright illumine l’écran. Mais ces fulgurances sont noyées dans une mise en scène confuse et un récit trop étiré. Le titre, finalement, résume bien l’expérience. J’ai eu droit à quelques moments « high », portés par Denzel et Wright. Mais pour le reste, c’est un long glissement vers le « low », une déception qui confirme que tous les projets de Spike Lee ne sont pas forcément bons à prendre.

 

Highest 2 Lowest est un rendez-vous manqué. Pas une catastrophe totale – Denzel et Wright évitent le naufrage complet – mais un film sans direction claire, mal rythmé et desservi par des choix esthétiques douteux. J’aurais aimé un thriller tendu, j’ai eu un téléfilm de luxe déguisé en grande fresque. Pour moi, Spike Lee s’est perdu, et il entraîne avec lui un casting qui méritait mieux.

 

Note : 3.5/10. En bref, Highest 2 Lowest est un rendez-vous manqué. Pas une catastrophe totale – Denzel et Wright évitent le naufrage complet – mais un film sans direction claire, mal rythmé et desservi par des choix esthétiques douteux. 

Sorti le 5 septembre 2025 directement sur Apple TV+

 

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