Critique Ciné : Islands (2025)

Critique Ciné : Islands (2025)

Islands // De Jan-Ole Gerster. Avec Sam Riley, Stacy Martin et Jack Farthing.

 

À première vue, Islands ressemble au genre de film idéal pour accompagner un été : soleil permanent, plages à perte de vue et hôtels luxueux. Mais derrière ce décor de carte postale, le réalisateur allemand Jan-Ole Gerster choisit de gratter le vernis et de filmer la lente désagrégation des apparences. Ce qui commence comme une chronique de vacances prend peu à peu des allures de polar trouble, avant de se déliter dans une réflexion existentielle sur l’ennui, la solitude et l’illusion du bonheur. Le personnage central, c’est Tom, interprété par Sam Riley. Ancien joueur de tennis qui a raté sa carrière, il s’est recyclé en professeur pour touristes.

 

Coach de tennis dans un complexe hôtelier, Tom mène une vie sans attaches au rythme de virées nocturnes alcoolisées et de cours monotones sous le soleil de Fuerteventura. Un jour, parmi le flot incessant des vacanciers, débarque sur l’île Anne, accompagnée de son fils et de son mari. Tom accepte de jouer le guide touristique pour la famille et très vite d’étranges liens commencent à se nouer entre eux.

 

Ses journées se ressemblent toutes : quelques échanges sur un court brûlant de soleil, des sourires de façade aux clients, puis des nuits noyées dans l’alcool et les boîtes de l’île. La routine est vide de sens, répétitive, et Tom n’y trouve plus rien d’autre qu’un moyen d’occuper le temps. Le décor paradisiaque de Fuerteventura, île des Canaries où l’été semble éternel, devient presque une prison dorée. La caméra de Gerster insiste sur cette impression de boucle : réveils flous, gestes répétés, horizon qui ne change jamais. Derrière les palmiers et le sable blond, il ne reste qu’une lassitude tenace. Le récit bascule quand Tom croise une famille britannique en vacances : Anne (jouée par Stacy Martin), son mari Dave (Jack Farthing) et leur fils Anton. 

 

Anne demande à Tom de donner des cours particuliers au garçon. Très vite, un jeu de séduction discret s’installe entre Tom et la mère, sous les yeux d’un mari qui sent déjà que son couple bat de l’aile. Ces scènes de début sont parmi les plus réussies du film. Gerster filme les regards plus que les mots, les silences plus que les dialogues. On sent la tension grandir doucement, sans explosion immédiate. L’air est lourd, la chaleur devient pesante, et chaque geste semble dissimuler quelque chose. C’est la disparition soudaine de Dave, après une nuit trop arrosée, qui vient donner un véritable coup de fouet à l’intrigue. Ce qui pouvait passer pour une comédie de vacances prend alors des allures de thriller hitchcockien. 

 

Tom, Anne et Anton se retrouvent dans une situation où chaque décision paraît suspecte, où chaque silence sonne comme un mensonge. Le problème, c’est que cette tension initiale ne tient pas toute la durée du film. Après la disparition, l’intrigue se complexifie inutilement, en multipliant les pistes sans vraiment les développer. Le mystère, bien installé au départ, perd de son intensité et finit par s’essouffler. La grande force d’Islands, c’est sa première heure. Le film installe une ambiance intrigante, presque malsaine, là où tout devrait respirer les vacances et la légèreté. Les paysages sont beaux, la mise en scène est épurée, et les détails anodins prennent un poids inhabituel. 

 

La tension monte progressivement et promet un basculement intense. Mais une fois ce cap franchi, la mécanique se dérègle. La seconde partie paraît étirée, moins inspirée. Les personnages, au lieu de se révéler, s’enferment dans des non-dits qui deviennent frustrants. Le scénario se complique sans véritable nécessité, et l’énergie du film retombe. Au lieu d’accrocher davantage, le récit finit par perdre en clarté et en impact. Sam Riley campe un Tom éteint, solitaire, presque invisible aux yeux des autres. Son jeu, fait de silences et de gestes hésitants, traduit bien l’idée d’un homme en perte de repères. Mais à force de rester dans la retenue, son personnage finit par manquer de relief.

 

Face à lui, Stacy Martin incarne une femme troublante, presque hitchcockienne, dont l’ambiguïté aurait pu nourrir un vrai suspense. Malheureusement, son rôle est trop peu développé pour qu’elle devienne une véritable énigme. Quant à Dave, il disparaît avant même d’avoir eu le temps d’exister réellement à l’écran, ce qui affaiblit d’autant plus l’impact de sa disparition. Il faut reconnaître à Jan-Ole Gerster un vrai talent pour créer une atmosphère. Son sens du cadre, ses silences, sa manière d’étirer le temps, donnent au film une identité singulière. Les paysages arides des Canaries deviennent un personnage à part entière, miroir du vide intérieur de Tom.

 

Mais ce choix de coller au rythme languissant de son protagoniste finit par piéger le récit. Là où la lenteur pouvait servir la tension, elle devient un frein. On se retrouve à suivre des scènes répétitives, sans progression dramatique, et l’intérêt s’étiole peu à peu. Au lieu d’aboutir à un vrai dénouement, Islands semble s’éteindre doucement. L’impression finale est celle d’un film qui avait beaucoup de potentiel mais qui s’est perdu en chemin. La promesse d’un thriller sous le soleil se transforme en une réflexion existentielle sur l’ennui et la fuite, mais sans jamais atteindre une vraie puissance émotionnelle. 

 

Cette conclusion en demi-teinte peut être vue comme cohérente avec le propos du film : montrer le vide, l’illusion d’un paradis qui n’existe pas, l’impossibilité de trouver des réponses claires. Mais pour moi, cela ressemble surtout à une occasion manquée. Islands est un film qui m’a happé dès son ouverture : le décor ensoleillé, le mystère latent, les personnages ambigus. Mais au fur et à mesure, cette fascination s’est transformée en lassitude. Le rythme trop étiré, les non-dits trop appuyés et une intrigue qui se perd dans ses propres méandres ont fini par diluer la tension.

 

J’ai apprécié la beauté des images et la capacité du film à installer un malaise sous des allures de vacances. Mais le récit ne parvient pas à tenir ses promesses. Islands reste une œuvre intéressante, parfois troublante, mais qui se heurte à ses propres limites.

 

Note : 6/10. En bref, Islands séduit par son ambiance mystérieuse et son décor ensoleillé, mais s’égare vite dans une intrigue étirée et frustrante qui dilue toute sa tension.

Sorti le 2 juillet 2025 au cinéma

 

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