Critique Ciné : L’Intérêt d’Adam (2025)

Critique Ciné : L’Intérêt d’Adam (2025)

L’Intérêt d’Adam // De Laura Wandel. Avec Léa Drucker, Anamaria Vartolomei et Jules Delsart.

 

Laura Wandel, déjà remarquée avec Un Monde, revient trois ans plus tard avec L’Intérêt d’Adam. Comme dans son premier long-métrage, elle garde un style très réaliste, caméra à l’épaule, proche du documentaire, pour plonger cette fois dans le quotidien d’un service pédiatrique. L’idée est claire : suivre une infirmière débordée, incarnée par Léa Drucker, au milieu des cris, des couloirs et des urgences, tout en posant le regard sur une situation particulière, celle du petit Adam, hospitalisé pour malnutrition. 

 

Face à la détresse d’une jeune mère et son fils, une infirmière décide de tout mettre en œuvre pour les aider, quitte à défier sa hiérarchie.

 

Dès les premières minutes, le spectateur est propulsé dans ce décor froid, sans musique, rythmé par les portes qui claquent et les bips des machines. Pas de transition douce ni d’exposition classique : le film installe immédiatement son ambiance oppressante. Le récit se concentre sur trois figures : Lucie, l’infirmière en chef (Léa Drucker), Adam, 4 ans, et sa mère Rebecca (Anamaria Vartolomei). Adam a été placé à l’hôpital suite à une décision de justice, car il souffre de malnutrition. Sa mère, pourtant surveillée par les services sociaux, ne se résout pas à le laisser partir et s’accroche à lui avec une intensité qui frôle l’étouffement.

 

Lucie, déjà sous pression à cause de ses multiples patients, décide de prendre à cœur ce cas précis. Elle va tout faire pour protéger Adam et sa mère, quitte à se mettre en danger vis-à-vis de sa hiérarchie. C’est là que le scénario pose sa question centrale : pourquoi cette infirmière choisit-elle de s’impliquer à ce point dans ce dossier-là ? Le film ne donne pas vraiment de réponse, laissant planer une sorte de flou volontaire. Laura Wandel continue de travailler avec la caméra portée, dans une esthétique qui rappelle le cinéma des frères Dardenne. L’objectif colle aux pas de Lucie, l’accompagne dans chaque chambre, chaque couloir, donnant un effet d’immersion presque en temps réel. 

 

À certains moments, ce choix fonctionne bien : il crée un sentiment d’urgence et fait ressentir la pression d’un service hospitalier saturé. Mais sur la durée, ce dispositif devient répétitif. L’éclairage blafard, l’absence de musique, les bruits d’ambiance qui s’accumulent finissent par produire une atmosphère pesante, parfois plus épuisante qu’émouvante. Là où Un Monde trouvait un équilibre entre réalisme et tension dramatique, L’Intérêt d’Adam tombe par moments dans le procédé forcé. Le problème principal reste dans l’écriture. L’histoire semble vouloir raconter trop de choses sans vraiment en développer une seule. 

 

Adam est censé être au centre du film, mais la narration s’éparpille : tantôt chronique sociale, tantôt drame intime, tantôt métaphore du système hospitalier. Le dilemme de la mère, partagée entre amour et destruction, est intéressant mais mal exploité. L’infirmière, présentée comme une héroïne sacrificielle, agit souvent de manière inexplicable. À force de garder secrets les véritables enjeux psychologiques des personnages, le film perd de sa force émotionnelle. Au lieu d’être touché, je suis resté en retrait, observant une mécanique qui se répète. Malgré ces réserves, il faut saluer les comédiennes. Léa Drucker incarne avec justesse une infirmière fatiguée mais tenace, tiraillée entre son métier et ses propres limites. 

 

Anamaria Vartolomei impressionne en mère surprotectrice, à la fois fragile et inquiétante. Quant au petit Jules Delsart, qui joue Adam, il surprend par l’intensité de son regard, même si la lourdeur du rôle interroge pour un enfant de cet âge. Ces performances donnent un peu d’épaisseur à un récit qui, sans elles, aurait sans doute sombré dans l’anecdotique. L’Intérêt d’Adam ne cherche pas à plaire. Tout est pensé pour créer une expérience inconfortable : une mise en scène immersive, des dialogues minimalistes, des situations étouffantes. Le spectateur est invité à ressentir la pression du milieu hospitalier et la détresse des personnages.

 

Le problème est que cette approche, qui refuse toute respiration, finit par exclure plus qu’elle n’inclut. À force de multiplier les cris, les pleurs et les tensions, le film devient une épreuve qui laisse peu de place à l’émotion sincère. L’absence de recul, et surtout la fin abrupte, laissent une impression d’inachevé. Reste la question : fallait-il raconter cette histoire ? Oui, dans le sens où L’Intérêt d’Adam met en lumière le quotidien difficile d’un service pédiatrique, trop rarement montré au cinéma. Oui aussi, parce qu’il parle de la frontière floue entre amour maternel et enfermement, une thématique forte.

 

Mais la manière dont Laura Wandel choisit de le faire manque de nuance. En voulant trop coller au réel, elle finit par sacrifier la clarté du récit. Le spectateur, au lieu d’être emporté, reste à distance, conscient d’assister à un exercice de style plus qu’à une histoire incarnée. L’Intérêt d’Adam est un film à la fois courageux et frustrant. Courageux parce qu’il ose filmer un sujet difficile sans chercher à l’édulcorer. Frustrant parce que son scénario laisse trop de zones d’ombre et que sa mise en scène, volontairement oppressante, finit par écraser l’émotion au lieu de la libérer.

 

Note : 5/10. En bref,  j’ai eu le sentiment d’une démonstration plus que d’un récit. Les actrices portent le film à bout de bras, mais il manque une colonne vertébrale narrative pour rendre cette immersion vraiment marquante.

Sorti le 17 septembre 2025 au cinéma

 

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