Critique Ciné : My Mother’s Wedding (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : My Mother’s Wedding (2025, direct to SVOD)

My Mother’s Wedding // De Kristen Scott Thomas. Avec Scarlett Johansson, Sienna Miller et Emily Beecham.

 

Quand une actrice de la stature de Kristin Scott Thomas passe derrière la caméra, il y a de quoi être intrigué. Après des décennies à briller devant l’objectif, la voir tenter une première réalisation avait de quoi éveiller la curiosité. My Mother’s Wedding, anciennement intitulé North Star, arrive donc avec un casting impressionnant : Scarlett Johansson, Sienna Miller, Emily Beecham, sans oublier Scott Thomas elle-même. Tout semble réuni pour une belle réussite. Mais à l’image d’un banquet de mariage trop sage, le film laisse une impression polie, correcte, mais finalement très vite oubliée. 

 

Trois sœurs - Georgina, Victoria et Katherine - se retrouvent dans la maison de leur enfance pour le troisième mariage de leur mère, Diana, deux fois veuve.

 

Le point de départ est simple : trois sœurs se retrouvent dans la maison familiale, à la campagne anglaise, pour assister au troisième mariage de leur mère. Forcément, les retrouvailles réveillent des blessures, des rancunes, des souvenirs douloureux. Chacune arrive avec ses propres fêlures : Katherine (Scarlett Johansson), capitaine de la Royal Navy, tente de concilier sa carrière militaire et son rôle de mère, tout en portant le poids de la mémoire de son père disparu au combat. Victoria (Sienna Miller), actrice glamour mais instable, enchaîne les relations ratées. Georgina (Emily Beecham), infirmière, soupçonne son mari d’infidélité et vit une routine qui l’épuise.

 

L’idée est claire : explorer les cicatrices d’une famille marqué par la perte et observer comment elles se répercutent sur la vie adulte de ces femmes. Mais sur l’écran, la promesse ne prend pas vraiment. Les scènes s’enchaînent sans qu’un vrai souffle dramatique s’installe. Les révélations arrivent sans éclat, les disputes manquent de force, et les réconciliations sonnent trop faciles. Le plus gros problème vient du déséquilibre dans le jeu des actrices. Sienna Miller apporte un charme indéniable, réussissant à faire sourire avec des dialogues parfois plats. Emily Beecham, touchante, incarne avec conviction une femme fatiguée de porter seule son quotidien. Mais Scarlett Johansson semble perdue. 

 

Son accent britannique vacille, son jeu paraît rigide, et ses interactions avec ses partenaires manquent de naturel. Pour un film qui repose sur la complicité entre sœurs, c’est un sérieux handicap. La dynamique familiale aurait pu rappeler des drames intimes comme Rachel Getting Married de Jonathan Demme, où chaque échange entre personnages transpire le vécu et la vérité. Ici, malgré le talent des actrices, l’alchimie ne décolle jamais. Un autre écueil majeur réside dans le ton du film. My Mother’s Wedding hésite en permanence entre comédie légère et drame intime. Certaines scènes prennent des allures de sitcom, avec des situations volontairement absurdes (comme cette enquête grotesque menée par un détective sur le mari volage de Georgina). 

 

Ces moments cherchent l’humour, mais tombent à plat. À l’inverse, quand le film tente d’aborder le deuil ou les traumatismes hérités, il reste trop superficiel pour émouvoir. Le résultat, c’est une impression d’entre-deux : pas assez drôle pour être une comédie, pas assez profond pour être un drame. Richard Curtis, maître du mélange de rires et de larmes (Love Actually), aurait sans doute su équilibrer ce cocktail. Kristin Scott Thomas, pour cette première réalisation, semble encore en apprentissage. On retrouve dans le film une volonté de styliser certains souvenirs de Katherine à travers des séquences animées en noir et blanc. L’idée aurait pu être poétique, mais elle se révèle maladroite. 

 

Ces petites parenthèses visuelles, façon conte illustré, cassent complètement le rythme. Plutôt que d’apporter de la profondeur émotionnelle, elles diluent la tension. Visuellement, en revanche, le film reste plaisant. Les paysages de la campagne anglaise sont magnifiques, filmés avec soin, et confèrent une atmosphère paisible. Mais cette beauté de carte postale finit par souligner encore plus le manque de substance du récit : tout est joli à regarder, rien n’est vraiment marquant à ressentir. Le scénario, coécrit avec le journaliste John Micklethwait, s’inspire en partie de la vie de Kristin Scott Thomas. Elle a elle-même perdu son père et son beau-père, tous deux officiers de la Royal Navy, alors qu’elle était enfant. 

 

Cet héritage personnel, riche en émotions, aurait pu donner au film une intensité rare. Mais là encore, les pistes ouvertes ne sont jamais pleinement explorées. Le thème du deuil, par exemple, reste traité à la surface. Les personnages évoquent la mémoire des disparus, mais ces souvenirs ne déclenchent jamais de véritable catharsis. Tout est esquissé, jamais incarné. Il serait injuste de dire que tout est raté. Sienna Miller s’en sort très bien, donnant un peu de relief à un rôle qui aurait pu être caricatural. Emily Beecham, elle, touche par sa sincérité. Kristin Scott Thomas offre aussi un beau monologue dans le dernier acte, preuve qu’elle reste une actrice remarquable. Mais ces éclairs isolés ne suffisent pas à compenser l’ensemble trop inégal.

 

Le film dure à peine 1h30, mais par moments il semble s’étirer, faute de rythme. Les dialogues n’ont pas la vivacité attendue, les scènes de dispute n’explosent jamais, et les tentatives de comédie ne mordent pas. My Mother’s Wedding n’est pas désagréable à regarder. Il est calme, bien filmé, et se laisse suivre sans effort. Mais c’est justement le problème : il se contente d’être regardable. Pour un premier film, on pouvait espérer plus d’audace, plus de cœur, surtout avec une histoire aussi personnelle et un casting de ce niveau.

 

Note : 4/10. En bref, ce mariage de cinéma ressemble à une cérémonie correcte mais sans âme : tout le monde est bien habillé, les fleurs sont jolies, mais personne ne danse vraiment. Un film poli, qui s’oublie sitôt quitté.

Sorti le 27 novembre 2025 directement en VOD

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