1 Septembre 2025
Quand j’ai lancé Deux Tombes (Dos Tumbas en espagnol), je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. L’affiche et la bande-annonce laissaient présager un thriller tendu, compact, et surtout incarné par des visages que je connaissais déjà. En trois épisodes seulement, la série promettait une plongée directe dans une intrigue sombre autour d’un meurtre, d’une disparition et d’une quête obsessionnelle de vérité. Ce format court m’a immédiatement attiré. Dans un paysage télévisuel où les fictions s’étirent souvent sur huit, dix ou même douze épisodes, cette concision avait quelque chose de rafraîchissant. Pourtant, une fois la mini-série terminée, je me suis retrouvé à la fois captivé, frustré et plein de questions.
Deux ans après la disparition de Verónica et Marta, deux amies de 16 ans, l'enquête est classée sans suite, faute de preuves et de suspects. N'ayant plus rien à perdre, la grand-mère de l'une des deux filles, Isabel, décide de mener une enquête au-delà des lois. Isabel fera tout son possible pour découvrir la vérité sur ce qui s'est passé cette nuit-là. Ce qui commence comme une simple recherche de coupable se transforme rapidement en une histoire de vengeance.
L’histoire de Deux Tombes démarre sur une atmosphère presque anodine. Deux adolescentes sortent au carnaval du village, une de ces soirées qui ressemblent à un rite de passage pour beaucoup de jeunes. Tout semble banal, ordinaire, jusqu’au moment où le drame éclate. Une des filles disparaît. Rapidement, son corps est retrouvé dans des circonstances glaçantes : un sac rejeté par la mer, des indices qui ne laissent aucun doute sur l’horreur vécue. L’autre adolescente, elle, reste introuvable. Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans un univers où l’insouciance bascule brutalement dans la violence. Ce choix narratif fonctionne bien parce qu’il installe immédiatement une tension.
Pas besoin d’attendre plusieurs épisodes pour comprendre qu’il s’agit d’une histoire de disparition, de meurtre et de secrets profondément enfouis. Le point de départ est direct, frontal, presque brutal. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est la façon dont la série reprend l’histoire non pas dans la foulée, mais deux ans après le drame. Cet écart temporel change beaucoup de choses. Il permet d’aborder la question du deuil, de montrer comment certaines blessures restent béantes, et comment d’autres essaient de cicatriser en surface sans jamais vraiment disparaître. La grand-mère de la disparue, Isabelle, devient alors le cœur de l’intrigue. Professeure de piano, femme d’âge mûr, elle n’a jamais cessé de chercher des réponses. Sa détermination, presque obsessionnelle, est ce qui relance l’affaire.
Lorsqu’une émission télévisée remet le dossier sous les projecteurs, elle décide de s’impliquer d’une manière qui dépasse largement ce qu’on attendrait d’une figure familiale. J’ai trouvé ce basculement vers un personnage de grand-mère fascinant. Habituellement, les récits de ce type mettent en avant des policiers, des journalistes ou, au mieux, des parents en quête de vérité. Ici, c’est une femme âgée qui prend les devants, quitte à franchir des limites morales et légales. Cela donne au récit une saveur particulière, presque ironique : une sorte de Miss Marple espagnole, mais bien plus sombre et déterminée.
Au fil des épisodes, Isabelle croise la route de Rafael (incarné par Álvaro Morte alias l’éternel Professeur de La Casa de Papel), le père de la victime retrouvée morte. Son profil est à l’opposé du sien. Là où elle incarne une forme de fragilité apparente, avec son âge et sa stature de professeure de piano, lui représente la brutalité, la colère et une forme de violence latente. Ce contraste m’a beaucoup marqué. Rafael n’est pas seulement un homme en deuil : il est aussi lié à des milieux troubles, habitué à la loi du plus fort, loin de toute morale. Cette alliance improbable entre une grand-mère déterminée et un père criminel confère à la série une énergie étrange, parfois déroutante. D’un côté, je ressentais une certaine empathie pour ces deux personnages brisés par la perte.
D’un autre, je ne pouvais m’empêcher de voir dans leurs choix une fuite en avant dangereuse, presque suicidaire. Ce duo fonctionne, mais il m’a aussi laissée perplexe par moments, notamment lorsque leurs actions deviennent difficilement crédibles. C’est probablement l’un des aspects qui m’ont le plus dérangée dans Deux Tombes : le rapport à la vraisemblance. Dès le deuxième épisode, j’ai eu l’impression que les scénaristes forçaient certains rebondissements. Comme si l’envie de surprendre à tout prix prenait parfois le dessus sur la logique narrative. Certains retournements de situation m’ont semblé peu crédibles, presque caricaturaux. J’avais parfois le sentiment que des éléments étaient ajoutés simplement pour prolonger l’intrigue, sans réelle cohérence avec ce qui avait été construit auparavant.
Cela ne m’a pas empêché de regarder jusqu’au bout, mais j’ai souvent levé les yeux au ciel devant des scènes qui manquaient de naturel. C’est d’autant plus dommage que la base du récit avait tout pour captiver. L’idée d’une grand-mère prête à tout pour découvrir la vérité est suffisamment forte pour porter seule une mini-série. Mais en cherchant à multiplier les coups de théâtre, le récit finit par s’affaiblir. L’un des points que j’ai particulièrement appréciés, c’est la façon dont la série met en valeur ses décors. Les fêtes de village, la mer, les petites ruelles : tout cela crée une ambiance crédible et ancrée dans un territoire précis. On sent que l’histoire ne pourrait pas se dérouler ailleurs.
Cette authenticité visuelle contribue à compenser certaines faiblesses du scénario. J’ai eu l’impression d’être immergé dans une Espagne à la fois traditionnelle et contemporaine, où les drames intimes se jouent dans des paysages qui respirent le quotidien. Si Isabelle occupe clairement le devant de la scène, j’ai trouvé que d’autres personnages manquaient de profondeur. C’est le cas de Rafael, qui aurait mérité un traitement plus nuancé. Son rôle de père en colère est crédible, mais ses zones d’ombre ne sont qu’effleurées. À l’inverse, certains seconds rôles prennent trop de place pour finalement peu d’impact. Cela donne parfois l’impression d’un déséquilibre dans la manière dont les personnages sont écrits.
J’aurais aimé que le récit creuse davantage les contradictions de Rafael, ou explore les dilemmes intérieurs d’Isabelle, au lieu de multiplier les figures périphériques. Arrivé au dernier épisode, je me suis surpris à deviner certains éléments avant même qu’ils n’arrivent. Cela a un peu amoindri l’effet de surprise. Pourtant, le dénouement conserve une certaine force émotionnelle. Le mélange de révélation et de tragédie reste efficace, même si je n’ai pas ressenti le choc espéré. Ce final m’a laissé partagé. D’un côté, il clôt l’histoire sans s’éterniser, ce qui est appréciable. De l’autre, il confirme ce que j’avais ressenti dès le deuxième épisode : une tendance à en faire trop, à pousser les situations jusqu’à la limite de la crédibilité.
Le format en trois épisodes est sans doute la plus grande force de Deux Tombes. Ce rythme rapide empêche les longueurs, oblige à aller droit au but et maintient une tension constante. J’ai apprécié cette brièveté, qui évite de diluer l’intrigue. Mais ce choix a aussi un revers. En condensant autant, la série laisse de côté certains développements. Certaines relations auraient mérité plus de temps pour s’installer. Certaines zones d’ombre auraient pu être explorées davantage. J’ai eu l’impression que tout allait un peu trop vite, comme si les personnages n’avaient pas le temps d’exister pleinement avant de plonger dans l’action suivante. En refermant cette mini-série, j’ai eu le sentiment d’avoir assisté à un divertissement efficace, mais pas totalement abouti.
J’ai aimé la performance de Kiti Mánver, touchante et dure à la fois dans le rôle d’Isabelle. J’ai apprécié l’intensité qu’apporte Álvaro Morte, même si son personnage aurait pu être plus fouillé. J’ai aimé aussi cette atmosphère locale, ce rythme sans fioritures, cette volonté de ne pas étirer inutilement le récit. Mais j’ai été dérangée par les excès de l’intrigue, par ces rebondissements parfois absurdes, par cette impression de patchwork narratif. Deux Tombes n’est pas une série que je qualifierais de mémorable. Elle m’a tenue en haleine le temps de trois épisodes, mais elle ne me hantera pas longtemps. Pourtant, je ne regrette pas de l’avoir regardée. Parce qu’elle interroge, à sa manière, sur la justice, la vengeance et le prix à payer quand la douleur empêche de tourner la page.
En définitive, Deux Tombes est une œuvre qui m’a laissée mitigé. Ni chef-d’œuvre ni ratage complet, elle se situe dans cette zone grise où cohabitent plaisir immédiat et frustration. Elle a ses moments forts, ses visages marquants, mais aussi ses faiblesses qui empêchent de la placer parmi les grandes réussites du thriller espagnol. Si je devais résumer mon ressenti, je dirais que c’est une mini-série qui se regarde sans difficulté, qui capte l’attention le temps qu’elle dure, mais qui s’efface rapidement de la mémoire une fois terminée. Elle mérite d’être vue pour son format court, pour son ambiance et pour ses acteurs, mais elle laisse aussi un arrière-goût d’inachevé.
Note : 5/10. En bref, Deux Tombes est une œuvre qui m’a laissée mitigé. Ni chef-d’œuvre ni ratage complet. Elle a ses moments forts, ses visages marquants, mais aussi ses faiblesses qui empêchent de la placer parmi les grandes réussites du thriller espagnol.
Disponible sur Netflix
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