Journal d’une fille larguée (Saison 1, 7 épisodes) : une plongée dans la solitude moderne

Journal d’une fille larguée (Saison 1, 7 épisodes) : une plongée dans la solitude moderne

Découvrir Journal d’une fille larguée a été un petit choc. Pas parce que l’histoire surprend ou parce que la mise en scène bouleverse les codes, mais parce que j’ai eu la sensation d’assister à une sorte de miroir déformant de la trentaine. La série raconte l’histoire d’Amanda, 31 ans, célibataire, paumée dans ses relations amoureuses et entourée de personnages parfois étranges, parfois touchants. Je ne vais pas tourner autour du pot : regarder cette première saison a été une expérience ambivalente. D’un côté, j’ai suivi Amanda dans ses déboires avec une vraie curiosité. 

 

Coups d'un soir, applis de rencontres et mecs paumés… la vie amoureuse d'Amanda est compliquée. Larguée par la moitié des hommes de Malmö, elle n'en poursuit pas moins sa quête.

 

De l’autre, j’ai trouvé que la série restait trop prévisible. Pourtant, malgré cette impression de déjà-vu, quelque chose m’a accroché. Peut-être le jeu de Carla Sehn, peut-être le ton particulier de la série, ou peut-être parce que les thématiques me parlent directement. Amanda n’est pas parfaite, loin de là. Elle est tête en l’air, parfois agaçante dans ses comportements, et elle fait des choix discutables. Pourtant, je me suis surpris à avoir envie qu’elle réussisse, qu’elle trouve enfin un équilibre. Ce mélange de maladresse et de légèreté fait d’elle un personnage accessible, plus réaliste que dans d’autres séries où l’héroïne est soit trop caricaturale, soit trop idéalisée.

 

Ce que j’ai apprécié, c’est la manière dont ses failles sont mises en avant sans tomber dans le ridicule complet. Elle est paumée, oui, mais elle garde une forme d’énergie qui donne envie de la suivre. Même quand elle prend de mauvaises décisions, je comprends ce qu’elle ressent. La série se déroule à Malmö, et j’ai trouvé intéressant de voir comment ce cadre apporte une identité à l’histoire. Les séries nordiques sont souvent associées aux polars sombres ou aux drames sociaux, et ici on a un genre plus léger, qui explore les relations et les angoisses de la trentaine. Je ne dirais pas que la ville devient un personnage à part entière, mais elle sert de cadre crédible aux errances sentimentales d’Amanda. 

 

On sent une culture différente, une manière particulière d’aborder l’humour et la vie quotidienne. Il faut le dire : l’histoire ne réserve pas de grandes surprises. Chaque épisode suit plus ou moins le même schéma : Amanda rencontre un homme, espère quelque chose, et finit par se confronter à une déception. Cette répétition peut sembler lassante, mais en réalité elle illustre bien la spirale dans laquelle elle se trouve. Ce que j’ai trouvé plus intéressant, ce n’est pas tant les relations amoureuses en elles-mêmes, mais ce qu’elles révèlent d’Amanda. Derrière l’humour et les situations absurdes, il y a une réflexion sur la honte, la solitude et la difficulté à trouver sa place quand tout le monde autour de soi semble avoir une vie bien ordonnée.

 

Les amis et la famille d’Amanda apportent des moments de légèreté, mais aussi de frustration. Sa mère, par exemple, est volontairement exagérée, et parfois j’ai eu l’impression que son rôle servait plus de ressort comique que d’élément narratif utile. À l’inverse, les amies d’Amanda m’ont semblé plus crédibles, même si leurs dialogues ne sonnent pas toujours juste. Parmi les hommes qu’elle rencontre, certains sont volontairement caricaturaux. Cela sert à montrer la difficulté de naviguer dans le monde des rencontres modernes, mais ça manque parfois de subtilité. Et puis il y a le barman. Là, c’est personnel : c’est le seul personnage masculin que j’ai trouvé véritablement intéressant. 

 

Je crois que j’ai un faible pour ce type de personnalité un peu toxique, et si j’étais à la place d’Amanda, c’est probablement lui que j’aurais choisi. C’est une révélation que j’ai eue en regardant la série, et ça dit peut-être quelque chose de mes propres penchants. Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont la série décrit la vie d’une femme de 30 ans aujourd’hui. Contrairement aux représentations d’il y a quelques décennies, Amanda n’a pas tout “réussi”. Elle n’est pas mariée, elle n’a pas d’enfants, et elle n’a pas de plan bien tracé pour la suite. Cette image me semble beaucoup plus réaliste et en phase avec la génération actuelle. 

 

Beaucoup de personnes se reconnaissent probablement dans cette sensation d’être “en retard” par rapport aux autres, de regarder les amis avancer alors qu’on reste coincé dans une sorte de flou. Dès le premier épisode, avec cette scène étrange d’exhibition publique, la série montre qu’elle ne compte pas suivre les codes habituels des comédies romantiques. Plutôt que d’explorer le traumatisme de manière classique, elle choisit le décalage et l’humour noir. J’ai trouvé ce choix risqué mais intéressant. Parfois ça marche bien, parfois un peu moins, mais dans l’ensemble, cela donne une tonalité particulière à la série. 

 

L’humour devient un moyen de traiter des thèmes lourds sans les minimiser, mais sans non plus tomber dans le mélodrame. Impossible de parler de la série sans mentionner Carla Sehn. Son interprétation donne de la consistance à Amanda. Elle apporte à la fois de la fraîcheur et une vraie capacité à rendre ses émotions palpables. Ce que j’ai aimé, c’est sa façon d’incarner un personnage ordinaire, avec des expressions naturelles, loin du lissé qu’on voit souvent ailleurs. Son visage raconte quelque chose, et ça rend son parcours crédible. Les épisodes durent autour de 25 minutes, et je dois avouer que j’ai enchaîné la saison sans vraiment m’en rendre compte. 

 

C’est à la fois une qualité et un défaut. D’un côté, ça rend la série facile à regarder. De l’autre, cela limite le développement de certains personnages secondaires. Parfois, j’ai eu l’impression que certains arcs narratifs étaient survolés, comme si la série voulait avancer rapidement sans donner le temps de creuser. À travers Amanda, la série aborde plusieurs thèmes actuels : la dépendance aux applis de rencontre, la peur de l’abandon, la honte liée aux échecs amoureux, ou encore l’obsession de plaire à tout prix. Même si certains passages m’ont semblé caricaturaux, j’ai retrouvé dans ces thèmes des échos de la réalité. Le célibat, aujourd’hui, n’est plus vécu de la même manière qu’avant. 

 

Il y a une pression sociale différente, mais toujours bien présente, et la série met ça en lumière, parfois de manière crue. En refermant cette première saison, j’ai ressenti un mélange de satisfaction et de frustration. Satisfaction, parce que j’ai passé un bon moment, que j’ai ri à certains passages, et que j’ai trouvé des éléments dans lesquels me reconnaître. Frustration, parce que l’histoire reste trop linéaire et manque parfois de profondeur. Malgré tout, je crois que c’est justement ce mélange qui rend la série intéressante. Elle n’essaie pas de réinventer le genre, mais elle propose une vision scandinave du célibat et des relations, avec une dose de noirceur et de légèreté qui la distingue un peu des autres.

 

Journal d’une fille larguée ne révolutionne rien, mais elle met en scène avec justesse la confusion d’une femme trentenaire dans un monde où l’amour semble toujours hors de portée. Je ne peux pas dire que tout m’a convaincu, mais j’ai apprécié ce mélange d’humour, de gêne et de réalisme. Et puis, je l’avoue : si je devais choisir un personnage à garder, ce serait le barman. Peut-être que ça en dit trop sur moi et mon attirance pour les relations toxiques, mais c’est comme ça.

 

Note : 6/10. En bref, Journal d’une fille larguée ne révolutionne rien, mais elle met en scène avec justesse la confusion d’une femme trentenaire dans un monde où l’amour semble toujours hors de portée. 

Disponible sur Netflix

 

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