Critique Ciné : Custom (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Custom (2025, direct to SVOD)

Custom // De Tiago Teixeira. Avec Abigail Hardingham, Rowan Polonski et Brad Moore.

 

Dès ses premières minutes, Custom de Tiago Teixeira affiche clairement ses ambitions : plonger dans un univers trouble, à la frontière entre l’expérimental et le malsain. Un couple d’artistes précaires décide de se lancer dans la vente de vidéos personnalisées pour arrondir ses fins de mois. Jusque-là, rien de très surprenant dans une époque où l’économie du sexe en ligne s’est banalisée. Mais quand un mystérieux client leur offre une somme délirante pour tourner une série de vidéos selon des règles très strictes – utiliser une caméra VHS vintage, ne jamais regarder les enregistrements – le film bifurque vers un territoire inquiétant. Sur le papier, le concept intrigue. À l’écran, il fatigue plus qu’il ne captive.

 

Un couple réalisant des films érotiques sur mesure est entraîné dans une conspiration cauchemardesque lorsqu'ils commencent à travailler pour un client mystérieux.

 

La situation de départ a de quoi séduire. Jasper (Rowan Polonski) et Harriet (Abigail Hardingham), couple d’artistes un peu désargentés, transforment leur intimité en business. Ils acceptent des commandes de vidéos érotiques sur mesure. Rien de choquant : beaucoup le font déjà via des plateformes comme OnlyFans. Mais l’arrivée d’un client surnommé "The Audience" change tout. Dix mille livres pour tourner une vidéo, à condition de respecter ses règles. Forcément, l’argent facile rend l’affaire irrésistible. Le problème, c’est que le film, après cette amorce intrigante, tourne rapidement en rond. Chaque nouvelle vidéo apporte son lot de bizarreries, mais aussi de répétitions : filmer, oublier ce qui s’est passé, ressentir des effets secondaires étranges, puis recommencer. 

 

Le schéma se répète au point de devenir mécanique, presque lassant. Malgré un format relativement court (76 minutes), Custom semble s’étirer comme une pellicule usée. Tiago Teixeira s’amuse à installer une atmosphère lourde, hypnotique, où le son et l’image dominent le récit. Les sons oppressants remplacent parfois les dialogues, et certaines scènes s’attardent sur des détails sensoriels : une caméra qui vrombit, une bobine qui grésille, des corps plongés dans une lumière irréelle. L’influence de David Lynch ou Cronenberg est claire : l’étrange côtoie le charnel, le fantasme flirte avec la douleur. Ces choix visuels et sonores fonctionnent un temps, notamment quand Harriet semble littéralement engloutie par des kilomètres de bande magnétique dans une séquence cauchemardesque. 

 

Mais à force d’abuser de ces effets, le film perd en impact. L’atmosphère devient prévisible, les images se répètent, et l’on a le sentiment que la mise en scène essaie de masquer un scénario trop mince pour tenir la distance. Polonski et Hardingham se donnent à fond. Ils incarnent un couple qui, au fil des vidéos, se délite autant sur le plan psychologique que relationnel. Au départ complices, presque joueurs, ils se retrouvent rapidement prisonniers d’un engrenage où l’argent prend le pas sur leur intimité. Le problème, c’est que leurs personnages restent assez froids, voire antipathiques. Difficile d’éprouver de l’empathie pour eux, même quand leur descente dans la folie s’accentue.

 

Le client mystérieux, "The Audience", n’arrange pas les choses. Présenté comme une figure inquiétante, il ressemble finalement plus à une caricature, avec ses dialogues explicatifs et son côté pseudo-mystique. Là où le film aurait gagné à cultiver l’ambiguïté, il choisit parfois la facilité et désamorce son propre mystère. Derrière son intrigue étrange, Custom semble vouloir dire quelque chose sur la marchandisation des corps et la frontière entre désir et exploitation. Le film interroge : jusqu’où est-on prêt à aller pour de l’argent ? Est-ce que filmer ses fantasmes, c’est encore une expression artistique ou seulement une transaction vide de sens ?  Le problème, c’est que la réponse donnée paraît simpliste. 

 

En gros, le film réduit l’expérience du sex work à une spirale destructrice où vendre son intimité équivaut à perdre son âme. Dans un contexte où la représentation des travailleurs et travailleuses du sexe mérite plus de nuance, cette vision paraît un peu rétrograde. On aurait pu attendre un propos plus subtil, moins moralisateur. Ce qui frappe surtout, c’est que Custom ressemble à une bonne idée de court-métrage allongée pour remplir une durée de film. Beaucoup de séquences donnent l’impression d’être là pour gagner du temps plutôt que pour nourrir l’histoire. Les longues scènes contemplatives, les séquences hallucinatoires répétées, et les dialogues trop explicatifs n’aident pas.

 

En réduisant le film à 40 minutes, avec un rythme plus tendu et un propos plus direct, Custom aurait sans doute eu un impact bien plus fort. À force de vouloir en faire trop, il finit par lasser, même chez un spectateur ouvert à l’expérimentation. Malgré ses faiblesses, tout n’est pas à jeter. La photographie de Philip Morozov apporte une vraie texture visuelle, avec ses jeux de lumière douce et ses plans serrés qui donnent un côté presque "film d’art européen". La musique de Ted Rigklis, lancinante et dérangeante, accompagne bien la descente dans l’étrange. Ces éléments contribuent à créer une identité marquée, même si le scénario ne suit pas toujours.

 

Et il faut reconnaître que certaines images restent en mémoire, comme ce plan où Harriet semble se noyer dans une mer de cassettes VHS. C’est dans ces moments-là que Custom touche du doigt ce qu’il aurait pu être : une expérience sensorielle troublante et marquante. En sortant de Custom, le sentiment dominant est celui d’un rendez-vous manqué. Le film part d’un concept original et ose un univers visuel singulier, mais se perd dans ses propres excès. Trop répétitif, trop lent, trop limité dans son propos, il finit par ennuyer là où il aurait pu déranger ou fasciner. 

 

Pour un premier long-métrage, Tiago Teixeira montre une vraie personnalité de metteur en scène, capable de créer une ambiance forte. Mais il lui manque encore l’art du récit, la capacité à faire évoluer une intrigue sans la diluer. Custom n’est donc pas une catastrophe, mais plutôt un essai maladroit : une expérimentation qui ne trouve pas son équilibre.

 

Note : 3.5/10. En bref, Custom est un film qui tente de mêler sexe, argent et horreur psychologique dans une ambiance proche de Cronenberg et Lynch. L’idée de départ intrigue, l’esthétique accroche un temps, mais le manque de rythme et de fond finit par transformer l’expérience en exercice laborieux.

Prochainement en France en SVOD

 

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