King & Conqueror (Saison 1, épisodes 5 et 6) : une légère amélioration, mais les travers persistent

King & Conqueror (Saison 1, épisodes 5 et 6) : une légère amélioration, mais les travers persistent

J’avais déjà cessé d’espérer que King & Conqueror retrouve un souffle intéressant. Pourtant, les épisodes 5 et 6 m’ont surpris : ils sont mieux construits que les précédents, pas parce qu’ils respectent l’histoire – ce combat est perdu depuis le pilote – mais parce qu’ils assument enfin leur rôle de simple divertissement. Deux épisodes regardables donc, même si le scénario continue d’accumuler des décisions étranges et des incohérences flagrantes. Impossible de parler de réussite totale, mais je peux au moins dire que je n’ai pas passé deux heures à lever les yeux au ciel toutes les cinq minutes. L’arc narratif de Harold devient de plus en plus bancal. 

 

L’homme est présenté comme un chef pragmatique, soucieux de protéger sa famille et son héritage. Pourtant, chaque décision prise dans ces épisodes le rapproche davantage d’un tyran. Ses mensonges à Edith, sa manipulation autour du testament d’Edward, son mariage arrangé avec Margaret… tout est fait pour montrer un personnage qui perd peu à peu son humanité. Là où j’aurais aimé voir un leader complexe, partagé entre devoir et ambition, je n’ai trouvé qu’un homme obsédé par une couronne qui ne lui apporte que chaos. Ce basculement est peut-être voulu, mais il manque de subtilité. Les dialogues sonnent forcés, et le contraste avec les premiers épisodes rend le personnage incohérent. 

Harold est censé être le cœur de l’intrigue, mais je commence surtout à le percevoir comme l’antagoniste de sa propre famille. Ce qui m’a davantage intéressé, ce sont les personnages féminins. Edith et Matilda portent une bonne partie de la tension dramatique. Là où leurs maris foncent tête baissée vers le trône, elles réfléchissent, calculent et anticipent. J’ai presque eu l’impression que la série se transformait, par moments, en duel entre ces deux femmes, chacune cherchant à protéger son foyer et à influencer le pouvoir. Leur lucidité contraste violemment avec l’aveuglement des hommes. Edith, par exemple, comprend très vite que Harold s’enfonce dans une logique destructrice. 

 

Sa peur de perdre sa place auprès de lui prend une dimension presque prophétique quand il épouse Margaret. Quant à Matilda, elle tente d’imposer ses vues à William, même si celui-ci refuse de l’écouter. Ces scènes donnent un peu de relief à une série qui manque cruellement de nuances. L’un des moments les plus marquants reste la mort de Judith et de son enfant. Tostig, jusque-là assez fade, se retrouve plongé dans un drame personnel qui pourrait devenir un moteur narratif puissant. Sa douleur, sa colère et son isolement sont palpables. J’ai trouvé ce passage plus efficace que beaucoup de batailles expédiées en quelques minutes. À l’inverse, la disparition de Sweyn m’a laissé perplexe. 

Le personnage était présenté comme brutal et instable, mais aussi comme le fils préféré de Godwin. Sa mort aurait pu bouleverser les équilibres familiaux. Au lieu de ça, elle est traitée comme un simple prétexte pour accentuer le fossé entre Harold et le reste de la fratrie. Encore une occasion manquée. Parlons un instant d’Edward. Sa lente descente dans la folie aurait pu être un ressort dramatique intéressant. Malheureusement, la mise en scène en fait un pantin grotesque. Ses dialogues avec Dieu frisent la parodie, et ses scènes avec Gunhild sont d’une gêne absolue. Le personnage aurait mérité d’être montré comme un monarque fragile, manipulé par son entourage. 

 

Au lieu de ça, il ressemble à un figurant qui hurle tout seul dans un coin. La mort de Lady Emma aurait pu offrir un contrepoids intéressant, mais la série préfère empiler les excès. Résultat : impossible de prendre au sérieux la tragédie qui se joue autour du trône. Les épisodes mettent en avant la relation ambivalente entre Harold et William. Sauvetage, promesses, faux serments… difficile de savoir où s’arrête la stratégie et où commence la trahison. J’ai apprécié cette tension, même si elle est souvent surjouée. Le passage du tournoi en est un exemple : sous couvert de divertissement, il sert de mise en scène politique où William humilie Harold devant ses hommes.

Le problème, c’est que la série expédie trop vite les conséquences. Une déclaration, un serment forcé, et l’affaire est pliée. Là où il aurait fallu développer la méfiance et les non-dits, King & Conqueror préfère avancer à toute vitesse vers la prochaine trahison. Le choix de Harold d’épouser Margaret symbolise sa dérive totale. Non seulement il trahit Edith, mais il renie aussi tout ce qu’il prétendait défendre. La scène aurait pu être puissante si elle avait été construite sur plusieurs épisodes, avec un dilemme intérieur, une lutte entre cœur et raison. Malheureusement, tout est traité de manière précipitée. Harold accepte presque sans résistance, comme si sa relation avec Edith n’avait jamais compté.

 

Edith, de son côté, devient la voix de la raison. Elle dénonce les risques, elle alerte sur Morcar et sur la fragilité de leur situation. Son désespoir fait écho à celui de nombreux spectateurs : impossible de continuer à croire en Harold quand lui-même détruit tout ce qu’il avait bâti. Même si j’ai trouvé ces épisodes plus supportables, les incohérences continuent de polluer le récit. La vitesse à laquelle les événements s’enchaînent rend chaque choix peu crédible. Les mariages, les trahisons, les alliances : tout se décide en une ou deux scènes, sans véritable construction. Visuellement aussi, certains détails font tiquer. Comment croire à des mois qui passent quand les costumes ne changent pas et que les décors semblent figés ? 

Ces maladresses donnent l’impression que la série veut surtout en finir au plus vite, quitte à sacrifier toute logique. Au terme de ces deux épisodes, je ressors partagé. D’un côté, j’ai enfin trouvé quelques éléments intéressants : des personnages féminins mieux écrits, une tension entre Harold et William qui commence à prendre forme, des drames familiaux plus lourds de conséquences. De l’autre, je vois toujours les mêmes problèmes : précipitation, incohérences, caricatures. La série semble incapable de choisir entre fresque historique et soap médiéval. Elle emprunte des bouts aux deux genres, mais ne creuse jamais vraiment. Résultat : ça se regarde, mais ça ne marque pas. 

 

J’ai cessé d’attendre une leçon d’histoire, je me contente désormais d’espérer un divertissement correct. Tout converge vers Hastings, évidemment. Mais vu la manière dont la série traite ses arcs narratifs, j’ai peur que la fameuse bataille soit expédiée en un épisode, sans souffle ni grandeur. Les graines sont pourtant là : Tostig en rébellion, William prêt à tout, Harold enfermé dans ses mensonges. Reste à savoir si King & Conqueror saura transformer ces pistes en véritable climax, ou si elle continuera à empiler les raccourcis. En attendant, je retiens surtout que les épisodes 5 et 6, sans être brillants, m’ont paru moins pénibles que les précédents. Ce n’est pas un compliment, juste un constat. Disons que la série a arrêté de creuser, même si elle n’a pas encore trouvé comment remonter.

 

Note : 6/10. En bref, les épisodes 5 et 6, sans être brillants, m’ont paru moins pénibles que les précédents. Ce n’est pas un compliment, juste un constat. Disons que la série a arrêté de creuser, même si elle n’a pas encore trouvé comment remonter.

Prochainement en France

Disponible sur BBC iPlayer, accessible via un VPN

 

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