King & Conqueror (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une plongée dans l’Angleterre médiévale

King & Conqueror (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une plongée dans l’Angleterre médiévale

Depuis des années, les séries historiques se multiplient. Certaines revisitent des événements bien connus, d’autres se risquent à combler des zones plus floues de l’Histoire. Avec King & Conqueror, BBC One s’attaque à une période cruciale : la montée en puissance de Guillaume de Normandie et l’affrontement avec Harold Godwinson qui mènera à la célèbre bataille d’Hastings. Après avoir visionné les deux premiers épisodes, j’ai beaucoup de choses à dire. Entre relecture romancée, libertés historiques et personnages parfois difficiles à suivre, la série soulève autant d’interrogations qu’elle propose de moments marquants.

 

La mort du Roi, en 1066, laisse le trône du royaume d'Angleterre vacant. Une guerre de succession s'engage alors entre Harold de Wessex et Guillaume de Normandie pour s'emparer de la couronne.

Dès l’ouverture, le spectateur est plongé au cœur de l’action : Hastings, 1066. Le sang, le chaos et les cris de guerre donnent le ton. Ce choix narratif place immédiatement le conflit personnel entre Harold et Guillaume au centre de l’intrigue. J’ai trouvé intéressant ce procédé qui transforme un affrontement historique en duel presque intime. Cela permet de sentir que le récit ne va pas se limiter à des faits militaires mais chercher à tisser des liens entre les deux protagonistes. Cependant, cette entrée en matière soulève déjà une question : pourquoi commencer par la fin connue de tous ? Certes, cela donne un effet dramatique, mais cela enlève aussi une part de suspense.

 

Je me demande si ce choix ne risque pas de freiner l’engagement des spectateurs qui connaissent déjà l’issue historique. Les intrigues anglaises occupent une bonne partie du premier épisode. On découvre un Earl Godwin soucieux de son statut et de son influence, prêt à tout pour consolider sa position. Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre ses ambitions politiques et les inquiétudes de son fils Harold, beaucoup plus pragmatique face aux menaces des Mercians. Harold apparaît comme un personnage lucide, qui perçoit les dangers ignorés par son père. Cette opposition père-fils crée une tension intéressante, mais j’ai eu le sentiment que la série caricaturait un peu trop certains traits, notamment avec Sweyn, présenté comme détestable dès son apparition. 

Il est clair que les scénaristes veulent pousser le spectateur à le haïr rapidement, mais ce manque de nuance risque de rendre les personnages secondaires trop prévisibles. Côté normand, Guillaume est introduit dans un contexte de guerre et de rivalités féodales. Sa rencontre avec Harold, suite à une attaque de bandits, crée une connexion inattendue entre les deux hommes. J’ai trouvé cette scène assez efficace : elle installe une dynamique paradoxale où deux futurs ennemis se retrouvent momentanément alliés. Néanmoins, le choix d’un acteur mûr pour incarner Guillaume m’a sorti de l’histoire. Historiquement, il était bien plus jeune à cette époque. 

 

Je ne demande pas une exactitude absolue, mais ce décalage saute aux yeux et réduit la crédibilité de certaines scènes censées montrer un duc en pleine ascension. Impossible de ne pas parler d’Emma, mère du roi Édouard. Dès qu’elle apparaît, elle prend le contrôle des intrigues. La série en fait une manipulatrice redoutable, prête à tout pour affaiblir la maison Godwin. Je comprends l’intérêt dramatique de cette construction, mais j’ai eu du mal à éprouver de l’attachement pour ce personnage. Elle est présentée comme froide, calculatrice, parfois au point de frôler la caricature. Là où j’attendais des jeux politiques subtils, je me suis retrouvé face à une figure presque démoniaque, sans réelles zones grises. 

Cela donne un côté artificiel à ses manœuvres, alors qu’un peu plus de complexité aurait enrichi l’ensemble. En regardant ces deux premiers épisodes, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer les nombreuses libertés prises avec l’Histoire. Certains événements sont déplacés, d’autres complètement inventés, et plusieurs personnages sont déformés pour servir le récit. Je n’ai rien contre les réinterprétations quand elles sont au service d’une intrigue forte, mais ici, le mélange laisse une impression étrange : ni totalement fidèle, ni totalement assumé comme fiction libre. Par moments, je ne savais plus si je devais prendre l’histoire au sérieux ou juste la regarder comme un divertissement détaché de toute réalité.

 

La mise en scène alterne entre séquences convaincantes et moments frustrants. Certaines batailles sont bien construites et donnent une idée de l’ampleur des affrontements, mais d’autres scènes souffrent de problèmes techniques : éclairages trop sombres, décors peu habités, villages presque vides. Cela donne parfois un sentiment de production inachevée. J’aurais aimé ressentir davantage la densité d’un royaume en effervescence, mais trop souvent, les lieux semblent désertés, comme si l’histoire se déroulait dans un monde peuplé uniquement des personnages principaux. Le deuxième épisode poursuit les intrigues politiques et familiales. Edith se retrouve au centre d’un dilemme qui la met en danger. Le simple fait d’avoir montré sa bonté envers un inconnu pourrait sceller son sort. 

Ce fil narratif a retenu mon attention car il met en lumière la fragilité des personnages féminins pris dans des jeux de pouvoir qui les dépassent. William, de son côté, est dépeint de manière plus émotionnelle. Le contraste avec Harold devient plus clair : deux figures vouées à s’affronter mais encore liées par une certaine proximité. Ce parallèle fonctionne, même si la série prend beaucoup de libertés pour construire leurs interactions. Quant à Lady Emma, elle continue d’imposer sa volonté. Mais au lieu d’étoffer son personnage, le scénario la pousse encore davantage vers le rôle d’archétype du mal. J’aurais préféré une écriture qui explore davantage ses motivations profondes, au lieu de la réduire à une figure de contrôle.

 

En avançant dans l’épisode 2, j’ai constaté une certaine lassitude. Les dialogues paraissent parfois anachroniques, les complots s’enchaînent sans toujours convaincre, et les personnages secondaires manquent de relief. Il y a bien quelques tentatives de construire des confrontations intenses, mais elles tombent souvent à plat. J’ai eu la sensation que la série dépensait beaucoup d’énergie dans la mise en place de rivalités, sans toujours donner la densité nécessaire pour les rendre passionnantes. Après deux épisodes, je ne peux pas dire que la série m’ait totalement séduit. Elle a des atouts : un casting solide, une époque fascinante, et un contexte historique riche en potentiel narratif. 

Mais elle souffre de problèmes récurrents : incohérences historiques, personnages manquant de subtilité, mise en scène parfois bancale. Pour apprécier King & Conqueror, il faut accepter de la regarder comme une fiction librement inspirée de l’Histoire et non comme une fresque fidèle. Si l’objectif est de se plonger dans des intrigues de pouvoir teintées de trahisons et d’alliances fragiles, il est possible d’y trouver un certain intérêt. Mais pour qui espère une reconstitution exigeante ou une tension dramatique à la hauteur des enjeux, la déception risque d’être au rendez-vous. Ces deux premiers épisodes m’ont laissé partagé. D’un côté, je suis intrigué par la manière dont la série va développer la relation entre Harold et Guillaume, deux destins qui finiront par se croiser de manière sanglante. 

 

De l’autre, je reste frustré par le manque de rigueur et par certaines facilités d’écriture qui affaiblissent le propos. Je continuerai malgré tout à suivre la série, ne serait-ce que pour voir comment elle aborde les étapes menant à Hastings. J’espère simplement que les épisodes suivants sauront donner plus de profondeur aux personnages et une meilleure cohérence à la mise en scène.

 

Note : 5.5/10. En bref, ces deux premiers épisodes m’ont laissé partagé. D’un côté, je suis intrigué par la manière dont la série va développer la relation entre Harold et Guillaume. De l’autre, je reste frustré par le manque de rigueur et par certaines facilités d’écriture qui affaiblissent le propos.

Prochainement en France

Disponible sur BBC iPlayer, accessible via un VPN

 

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R
Très très bonne analyse Delromain.. par rapport a ce qu'on peut lire ailleurs..<br /> Et attends de voir la suite ahah. <br /> Comme cité dommage qu'à Emma on lui ait donné un role presque démoniaque qu'elle joue très bien. Mais cela manque de subtilité <br /> S'il n'y avait que les problèmes de densités dans les moments des batailles et des moments où l'on voit des ville/village ça pourrait passer. Tout comme une bonne pièce de théâtre!!<br /> Mais là encore ça se gate dans la narration les intrigues et surtout surtout les dialogues car les acteurs sont plutôt très bons dans la majorité.. leur profondeur et justesses des émotions mais ce qu'on leur a écrit et fait dire est souvent incohérent par la suite au vu du début. <br /> Harold qui était pragmatique et lucide est prêt a tous les sacrifices quitte a endosser quelque chose dont le début ne laissait présager. Et Guillaume également lui qui étaitréfléchit . Et c'est ce qui fénormément tiquer du coup.. <br /> Pourquoi..<br /> Comment un tel retournement des 2 aussi facile et rapide en l'espace de 30min..<br /> Et malheureusement a partir du 3eme épisode dans l'ensemble tout est prévisible sans connaître l"(H)istoire". Tout arrive a point nommé ou comme par hasard au bon moment ou mauvais devrais je dire.<br /> <br /> Nan sincèrement vu le talent des acteurs c'est vraiment dommage de les avoir gâchés ainsi avec des intrigues et des dialogues très raccourcis virant a une telle facilité. J'imagine dû au budget et a la volonté d'aller vite en peu d'épisodes. Mais voilà du coup cela fait tout capoter <br /> Vraiment dommage. <br /> Mais belle analyse de ta part
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D
Merci beaucoup :) J'ai pas encore tenté la suite de la saison mais j'ai peur de la suite avec ce que tu me dis 😂
A
Toujours le même problème ces quarante dernières années (probablement depuis plus longtemps encore d'aillleurs), toujours le même trope du "Moyen-âge crasseux et terne" (la couleur la plus vive que vous verrez dans ces deux épisodes sont les flammes des bougies) alors que les gens s'y lavaient et portaient des couleurs vives bien plus qu'à la Renaissance qui lui évidemment a toujours droit au traitement inverse d'une aristocratie fantasmée. Les gens n'y croiraient pas si on leur montrait à quel point c'est la Renaissance et non le Moyen-âge qui fut un immense pas en arrière en terme d'hygiène, de santé, de société et de droit (surtout celui des femmes d'ailleurs).
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D
C'est pas faux pour le trope du "Moyen-âge crasseux et terne", mais même au delà de ça, la série se veut historique mais elle n'est pas très juste dans les faits. Ca aurait été mieux de parler "d'inspiration de l'Histoire" . Starz, pendant des années aux US, avait fait des séries de ce genre là en assumant pleinement son côté inspi. Là, BBC, non.