13 Septembre 2025
Quand j’ai lancé Les Malédictions sur Netflix, la première chose qui m’a frappé, c’est la musique. La série débute avec Que Sera Sera des Pixies, une chanson déjà associée pour moi à une autre série (From). Ce clin d’œil musical m’a immédiatement plongé dans une certaine attente : celle d’une atmosphère intrigante, presque inquiétante, où chaque choix artistique semble avoir un poids symbolique. Pourtant, au fil des trois épisodes, mon regard sur cette mini-série argentine a évolué, oscillant entre curiosité, frustration et quelques moments de satisfaction. Trois épisodes, ce n’est pas grand-chose en termes de durée, mais cela suffit pour dessiner une proposition claire, même si, à mon sens, elle manque de souffle pour marquer durablement.
Tiraillé entre son ambition et les secrets de famille, un gouverneur doit choisir entre la politique et la sécurité de sa fille, qui disparaît à un moment crucial pour sa carrière.
La série s’inspire du roman Las Maldiciones de Claudia Piñeiro et s’articule autour de Román Sabaté (Gustavo Bassani), ancien bras droit du gouverneur Fernando Rovira (Leonardo Sbaraglia). L’intrigue se lance véritablement lorsque Román prend une décision radicale : enlever Zoe (Francesca Varela), présentée comme la fille de Rovira. Ce geste, apparemment incompréhensible, devient le déclencheur d’un enchevêtrement de conflits politiques, familiaux et personnels. Ce qui m’a intéressé dans ce point de départ, c’est la façon dont la série articule des thèmes universels — la loyauté, la corruption, la filiation — autour d’un contexte local précis, celui de l’Argentine contemporaine.
La question de l’exploitation des ressources naturelles, notamment le lithium, traverse les dialogues et vient confronter les ambitions politiques aux conséquences écologiques. Ce n’est pas anodin, surtout dans un pays où ces débats font écho à des enjeux bien réels. Ce qui distingue Les Malédictions, c’est la manière dont la politique s’immisce dans la sphère intime. Les alliances, les trahisons et les manœuvres ne se jouent pas uniquement sur la scène publique : elles s’expriment dans les repas de famille, dans les conversations derrière des portes closes, dans les silences pesants entre deux personnages qui se connaissent trop bien. J’ai perçu cette approche comme une tentative de montrer que le pouvoir n’est pas une abstraction.
Il se niche dans les relations humaines, il déforme les liens familiaux, il façonne les choix personnels. La relation entre Román et Rovira illustre parfaitement ce glissement : mentor et disciple se retrouvent dans une confrontation où l’ambition finit par détruire toute forme de loyauté. Un des fils conducteurs qui m’a le plus parlé est celui de la filiation. Qui est réellement parent de qui ? Qu’est-ce qui définit un père ou une mère : le sang, la responsabilité, l’autorité ? La série ne donne pas de réponse claire, mais elle met en scène cette tension de manière récurrente. Román, en prenant Zoe sous son aile, interroge malgré lui ce rôle de parent substitut. Rovira, de son côté, semble davantage préoccupé par son image et son pouvoir que par ses responsabilités familiales.
Quant au personnage d’Irene (Alejandra Flechner), la mère de Rovira, elle pousse cette réflexion dans une autre direction, en incarnant une figure de contrôle qui ne laisse aucune place à l’émotion. Parmi tous les personnages, c’est Irene qui m’a le plus marqué. Elle n’apparaît pas autant que les autres, mais chacune de ses interventions a du poids. Elle est froide, calculatrice, et semble tirer les ficelles dans l’ombre. Là où Román et Rovira se débattent avec leurs contradictions, Irene avance avec une clarté glaçante. J’aurais aimé que la série lui accorde davantage de place, car son regard aurait pu donner une perspective différente sur l’histoire.
À travers elle, le récit dévoile une dimension plus intime du pouvoir : celui qui s’exerce dans le cercle familial, mais qui influence directement la sphère publique. Là où la série m’a frustré, c’est dans son rythme. Avec seulement trois épisodes, j’ai eu le sentiment que l’histoire n’avait pas l’espace nécessaire pour se déployer. Certaines scènes essentielles, comme un drame familial touchant Román ou l’assassinat de Lucrecia, sont à peine esquissées. En revanche, d’autres séquences s’attardent sur des flashbacks ou des moments qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue. Ce déséquilibre crée une impression d’inachevé. Comme si les créateurs n’avaient pas su choisir entre faire un film condensé ou une mini-série développée.
Le résultat se situe quelque part entre les deux, et cela nuit à la fluidité du récit. Du côté des performances, mon ressenti est partagé. Gustavo Bassani, dans le rôle de Román, ne parvient pas toujours à transmettre l’intensité de son personnage. J’ai eu du mal à croire à son désespoir et à ses motivations. Leonardo Sbaraglia, en revanche, incarne un Rovira plus crédible, même si sa dynamique avec Román ne décolle jamais vraiment. Francesca Varela, dans le rôle de Zoe, n’a pas suffisamment de matière pour exister pleinement. Son personnage est plus un symbole qu’une personne, ce qui limite l’impact de son jeu. Finalement, c’est encore une fois Alejandra Flechner (Irene) qui tire son épingle du jeu, grâce à une présence qui domine chaque scène où elle apparaît.
Visuellement, Les Malédictions n’a pas laissé une empreinte forte. Quelques plans larges de paysages argentins apportent une respiration bienvenue, mais la plupart des scènes restent assez plates. J’ai eu le sentiment que la réalisation cherchait davantage à accompagner l’histoire qu’à lui donner une dimension visuelle supplémentaire. Dans une série où les thèmes abordés sont lourds — corruption, écologie, secrets de famille —, j’aurais espéré que l’image vienne renforcer cette densité. Or, la mise en scène reste trop sage pour véritablement marquer. Parmi les trois chapitres, c’est le deuxième qui m’a semblé le plus intéressant.
Il dévoile des éléments importants concernant la relation entre Román et Zoe, et ouvre une piste qui aurait pu être explorée davantage. Même si la mise en scène reste en retrait, ce moment donne l’impression que l’histoire pourrait gagner en profondeur. Malheureusement, cette promesse n’est pas tenue dans l’épisode final, où les révélations s’enchaînent trop vite, sans que le spectateur ait le temps d’en mesurer pleinement la portée. Sans entrer dans trop de détails pour éviter les spoilers, je dirais que la fin cherche à lier deux grandes lignes narratives : le projet de loi sur l’eau et la vérité autour de la filiation de Zoe. L’intention est claire : proposer une conclusion où la politique et l’intime s’entrelacent.
Pourtant, j’ai eu l’impression que tout était bâclé, comme si les scénaristes avaient manqué de temps pour donner à ce final la densité qu’il méritait. Les thèmes sont là — vérité, responsabilité, corruption — mais l’impact émotionnel reste faible. Les révélations tombent comme des constats, sans véritable résonance. En refermant cette mini-série, je reste partagé. D’un côté, j’ai apprécié l’effort de traiter de sujets lourds dans un format court : la corruption politique, les enjeux environnementaux, les dynamiques familiales. De l’autre, j’ai ressenti une frustration devant le potentiel inexploité. Les Malédictions auraient pu être un film plus resserré ou une série plus longue. Dans sa forme actuelle, elle se situe entre deux formats, sans parvenir à tirer pleinement parti de l’un ou de l’autre.
Si je devais résumer mon expérience, je dirais que Les Malédictions est une série qui attire par son point de départ et ses thématiques, mais qui ne parvient pas à transformer cette base en une œuvre vraiment marquante. J’ai trouvé des choses à apprécier : l’ouverture musicale qui m’a surpris, la performance d’Alejandra Flechner, certaines réflexions sur la filiation. Mais j’ai aussi trouvé des manques : un rythme mal maîtrisé, une mise en scène trop sage, un final précipité.
Note : 4/10. En bref, regarder cette mini-série, c’est un peu comme parcourir un carnet de notes rempli d’idées intéressantes, sans jamais voir ces idées prendre toute leur ampleur. Trois épisodes, c’est peu, et dans ce cas précis, c’est trop peu pour rendre justice à la richesse des thèmes abordés.
Disponible sur Netflix
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