13 Septembre 2025
The Sunshine Murders donnait envie sur le papier : un décor méditerranéen séduisant, un duo féminin improbable censé allier polar et drame familial : tout était réuni pour accrocher. Mais une fois plongé dans la saison, le charme se dissipe rapidement, comme un cocktail oublié trop longtemps au soleil. Difficile de nier que les paysages grecs ont de l’allure. La série en joue, multipliant les panoramas maritimes et les ruelles pittoresques. Le problème, c’est que ces cartes postales finissent par servir de cache-misère. On contemple la mer Égée, mais on devine en même temps que le scénario n’a pas grand-chose à offrir.
Deux demi-sœurs, une fermière néo-zélandaise et une détective d'Athènes, s'associent pour résoudre des crimes tout en recherchant leur père. La sagesse rurale de Shirley complète les compétences d'investigation d'Helen.
Le décor devient un alibi visuel, un rideau derrière lequel l’intrigue tourne à vide. C’est un peu comme acheter une bouteille de vin pour l’étiquette : joli packaging, contenu décevant. Ici, le soleil méditerranéen sert surtout à masquer la pâleur d’une écriture qui peine à surprendre. La série repose sur Helen, policière grecque au caractère trempé, et Shirley, demi-sœur néo-zélandaise avec son bon sens rustique. L’idée d’opposer ces deux figures était prometteuse. On pouvait imaginer une complicité progressive, des tensions qui se transforment en complémentarité, bref, un duo vivant. À l’écran, c’est autre chose. Les personnages semblent coincés dans des archétypes.
Helen est la flic passionnée, Shirley la terrienne intuitive, et la série se contente de les opposer sans jamais creuser au-delà du cliché. Leurs échanges manquent de naturel, et le contraste culturel tourne rapidement en rond. Résultat : au lieu de porter la série, ce duo finit par l’alourdir. Chaque épisode propose son lot de crimes à élucider, mais rien qui ne sorte des sentiers battus. Empoisonnements, querelles de famille, rivalités artistiques… tout est déjà vu, déjà consommé ailleurs, souvent avec plus de finesse. Le problème n’est pas tant le choix des intrigues que la manière dont elles sont traitées. Les rebondissements arrivent de manière mécanique, les révélations tombent à plat, et la résolution manque d’impact.
On devine trop vite qui ment, qui cache quoi, et surtout qui finira par passer aux aveux. La série aurait pu jouer sur le décalage entre crimes sordides et ambiance ensoleillée. Elle aurait pu explorer les tensions sociales et familiales derrière le vernis méditerranéen. Mais elle se contente de recycler des ficelles narratives usées, comme un polar d’après-midi qu’on regarde sans vraiment s’investir. Pour donner un peu de relief, The Sunshine Murders a sorti la carte des caméos. Quelques visages connus font leur apparition, comme si leur seule présence suffisait à crédibiliser l’ensemble. Mais au lieu d’enrichir la série, ces apparitions soulignent son manque d’identité.
Quand un médecin légiste semble plus sorti d’une émission de variétés que d’une salle d’autopsie, difficile de maintenir l’illusion. On sent la volonté de faire plaisir aux spectateurs avec des têtes familières, mais cela ressemble davantage à un bricolage qu’à un choix artistique cohérent. Ce qui frappe le plus, c’est le côté daté de la série. Les dialogues sonnent creux, les situations s’enchaînent sans rythme, et l’ensemble semble figé dans un style de polar des années 80. À l’époque, cela passait peut-être. En 2025, ça donne surtout l’impression d’un produit resté trop longtemps dans un tiroir avant d’être diffusé.
La télévision contemporaine propose des thrillers qui osent brouiller les codes, jouer avec la narration, explorer la psychologie des personnages. The Sunshine Murders fait l’inverse : elle répète des recettes usées, comme si le spectateur n’avait jamais vu autre chose. Il est clair que la série cherche à s’inscrire dans la tradition du “cosy crime”, ce genre policier léger où l’atmosphère compte autant que l’intrigue. Le problème, c’est que le cosy crime, quand il fonctionne, repose sur un équilibre subtil : un décor accueillant, des personnages attachants, et des mystères suffisamment intrigants pour tenir l’attention. Ici, l’équilibre est rompu. Le décor est là, certes, mais les personnages peinent à susciter l’attachement, et les intrigues n’ont pas assez de consistance.
Au lieu d’un cosy crime réconfortant, on se retrouve avec une série qui glisse doucement vers l’ennui. En arrière-plan des enquêtes, la recherche du père disparu devait donner une colonne vertébrale à la saison. L’idée avait du potentiel : relier les crimes à une histoire intime, créer un fil rouge qui donne envie de suivre jusqu’au bout. Mais ce fil narratif reste trop faible, noyé dans des intrigues secondaires qui n’apportent pas grand-chose. La quête familiale aurait pu donner une densité émotionnelle au récit. Elle aurait pu humaniser les personnages, leur donner une vraie raison d’agir. Mais elle est traitée comme un prétexte, sans jamais atteindre le poids dramatique attendu.
En définitive, The Sunshine Murders laisse une impression de rendez-vous manqué. Tout était là pour en faire une série policière rafraîchissante : un cadre lumineux, un duo féminin atypique, un mélange entre enquête et drame intime. Mais à force de rester en surface, la série finit par ressembler à un polar fabriqué à la chaîne. Ce n’est pas désagréable à regarder, mais ce n’est pas mémorable non plus. La saison 1 passe comme une parenthèse télévisuelle qu’on oublie aussitôt refermée. La question mérite d’être posée. Une saison 2 pourrait corriger certains défauts, approfondir la relation entre Helen et Shirley, et donner enfin de l’ampleur au fil rouge familial. Mais pour cela, il faudrait oser casser la routine, repenser les intrigues, et offrir une écriture plus contemporaine.
Si la série continue sur le même modèle, elle risque de rester une curiosité mineure, plus décorative que captivante. Le soleil méditerranéen est agréable, mais il ne suffit pas à réchauffer un polar qui manque d’âme. Regarder The Sunshine Murders, c’est un peu comme s’asseoir à la terrasse d’une taverne avec un plat trop fade. Le cadre est superbe, l’idée est appétissante, mais au moment de goûter, on se demande où est passée la saveur. La saison 1 ne tient pas ses promesses. Elle aligne des intrigues prévisibles, des dialogues datés, et un duo qui ne parvient pas à dépasser ses clichés.
Il reste les paysages, quelques idées disséminées ici et là, mais rien qui suffise à transformer cette série en rendez-vous incontournable. Pour moi, cette saison illustre parfaitement ce que peut produire une fiction qui joue la sécurité au lieu d’assumer une vraie identité : un objet télévisuel regardable, mais creux.
Note : 4/10. En bref, c’est un peu comme s’asseoir à la terrasse d’une taverne avec un plat trop fade. Le cadre est superbe, l’idée est appétissante, mais au moment de goûter, on se demande où est passée la saveur.
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