13 Septembre 2025
Quand une série marque durablement la télévision, son retour, même des décennies plus tard, réveille forcément curiosité et débats. C’est exactement ce qui se produit avec Betty La Fea, la historia continúa. Après la première salve d’épisodes, Amazon Prime Video a proposé une deuxième saison de dix chapitres. L’histoire reprend là où la première saison avait laissé ses spectateurs : Betty occupe la présidence d’Ecomoda. Ce poste, qu’elle a longtemps rêvé d’obtenir, ne ressemble pourtant pas à une victoire définitive. Son mariage avec Armando s’effrite et les tensions familiales s’accumulent. Ce contraste entre réussite professionnelle et désarroi personnel donne à la saison son fil rouge.
La fille du couple, Mila, joue un rôle important. Son adolescence agit comme un révélateur : ses attitudes oscillent entre provocation et recherche d’indépendance. Ce personnage ouvre une nouvelle dynamique où les conflits de générations deviennent presque aussi centraux que les intrigues d’entreprise. La confrontation entre Betty, Armando et Mila fait sentir que la famille est le premier terrain de bataille, bien avant les salles de réunion. Ecomoda reste l’espace où tout se mélange : luttes de pouvoir, stratégies financières bancales, rancunes anciennes. Dans cette deuxième saison, la société est en difficulté, et Betty doit faire face à des dilemmes de gestion qui ressemblent parfois à des pièges.
Les adversaires ne manquent pas. Un nouvel arrivant, Nacho, est présenté comme un rival, mais ses motivations restent souvent floues. Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas seulement la lutte pour sauver l’entreprise, mais la manière dont chaque intrigue révèle des failles personnelles. Les personnages tentent de cacher leurs fragilités derrière des jeux d’influence ou des alliances, mais les fissures apparaissent rapidement. C’est cette continuité entre l’intime et le collectif qui donne encore une raison de suivre la série, malgré certains passages convenus. La série joue beaucoup sur le plaisir de retrouver les visages de l’original.
Hugo Lombardi, Marcela Valencia, Patricia Fernández et bien d’autres reprennent leur place avec leurs manies, leurs piques et leurs obsessions. Ces retrouvailles fonctionnent parce qu’elles rappellent une époque de télévision qui appartient désormais au patrimoine culturel. Pourtant, il faut reconnaître que certains retours semblent forcés. Le « cuartel » reste amusant, mais leurs interventions se répètent parfois sans réelle surprise. On retrouve des blagues, des chamailleries, des gaffes qui rappellent le passé, mais qui ne parviennent pas toujours à nourrir une intrigue solide. C’est agréable de revoir ces personnages, mais je ne peux m’empêcher de sentir que cette carte de la nostalgie est utilisée un peu trop souvent.
La série tente malgré tout de s’adapter à son époque. Betty est désormais écrite comme une femme plus affirmée, capable de revendiquer son droit au plaisir, à l’émancipation et à la remise en question. Les thématiques abordées, comme les grossesses non prévues ou la charge mentale des mères, installent la saison dans des préoccupations actuelles. Là où l’original pouvait parfois véhiculer des comportements problématiques (harcèlement au bureau, sexisme banalisé), la nouvelle version fait un effort pour corriger ces travers. Les relations de pouvoir sont traitées différemment, et Betty ne subit plus de la même façon.
C’est une évolution notable, même si elle n’efface pas toutes les limites d’un format qui reste très codé. Le personnage de Mila est sans doute celui qui suscite le plus de réactions. Certains spectateurs voient en elle un ajout intéressant qui bouscule la relation entre Betty et Armando. D’autres la trouvent artificielle, comme si son rôle avait été conçu pour remplir du temps d’écran. De mon côté, je vois Mila comme une tentative de donner une nouvelle génération à l’histoire. Ses choix, parfois maladroits, reflètent les tiraillements d’une adolescente qui vit dans l’ombre d’une mère trop célèbre et d’un père dont les erreurs ne cessent de se répéter.
Si ce personnage manque parfois de subtilité, il a le mérite de poser une question essentielle : comment hériter d’une histoire familiale lourde sans s’y perdre ? Les dix épisodes ne se valent pas tous. Les premiers chapitres lancent rapidement les conflits, avec des rebondissements efficaces. Mais à mi-parcours, le récit s’essouffle. Certaines scènes s’étirent, des intrigues secondaires apparaissent et disparaissent sans véritable utilité. Cette irrégularité rend parfois la saison frustrante. Il y a pourtant de beaux moments, notamment autour de la maternité, des amitiés revisitées et des désirs refoulés. Ces passages montrent ce que la série peut offrir quand elle s’éloigne des facilités scénaristiques. Mais ils restent trop isolés et peinent à compenser les épisodes plus plats.
Impossible de parler de cette saison sans évoquer Armando. Le personnage continue de reproduire des comportements qui, pour ma part, deviennent lassants. Ses erreurs semblent répétées, comme si les leçons de la première série n’avaient jamais été retenues. Son rapport avec Betty reste central, mais j’ai le sentiment que cette relation est réécrite à l’infini sans trouver une nouvelle dynamique. Le choix de relancer le couple sous tension peut avoir du sens, mais il aurait fallu l’écrire différemment. Plutôt que de rejouer les mêmes fautes (mensonges, trahisons, incompétence professionnelle), il aurait été plus intéressant de montrer un Armando réellement transformé, capable de faire face à ses contradictions autrement.
Ce que je retiens surtout de cette saison, c’est la difficulté à concilier héritage et nouveauté. Yo soy Betty, la fea a marqué son époque parce qu’elle proposait une héroïne atypique, un humour grinçant et une critique sociale sous la forme d’une comédie romantique. Vingt-cinq ans plus tard, cet héritage est à la fois une force et un poids. La série parvient par moments à prolonger l’esprit d’origine, notamment grâce aux dialogues vifs et aux maladresses des personnages secondaires. Mais elle s’enferme aussi dans ses propres références, comme si elle n’osait pas se détacher du mythe. Cette hésitation laisse une impression mitigée : plaisir de retrouver un univers familier, mais frustration devant son incapacité à se réinventer pleinement.
En fin de compte, je vois cette deuxième saison comme une proposition surtout destinée à celles et ceux qui ont déjà un attachement fort à Betty. Pour les spectateurs curieux mais étrangers à l’histoire initiale, l’expérience peut sembler confuse, voire répétitive. Pour les fidèles, c’est un prolongement imparfait mais parfois touchant. Les intrigues ne brillent pas toujours, mais elles permettent de passer du temps avec des personnages que beaucoup considèrent comme des compagnons de longue date. C’est ce rapport affectif qui sauve la série, bien plus que l’originalité de son scénario. La fin de cette saison laisse la porte ouverte à une troisième partie. Si elle voit le jour, j’aimerais qu’elle prenne plus de risques.
Plutôt que de recycler les mêmes conflits amoureux ou financiers, la série gagnerait à explorer de nouvelles voies : l’impact du temps qui passe, la question de la transmission, ou encore le poids des choix passés sur une nouvelle génération. Betty mérite d’être écrite comme une femme complexe, pas seulement comme une héroïne prise au piège des erreurs masculines. Si la série parvient à franchir ce pas, elle pourrait retrouver une pertinence qui dépasse la simple nostalgie. Cette deuxième saison de Betty La Fea, la historia continúa ne m’a pas laissé indifférent. Elle m’a parfois ému, parfois agacé. J’y ai retrouvé des éclats de l’esprit d’origine, mais aussi de longues séquences prévisibles. Ce mélange produit une expérience inégale.
Pour ma part, je considère cette saison comme un chapitre intermédiaire : pas inutile, mais tout de même très médiocre. Elle entretient la flamme, sans la raviver complètement. Je continuerai probablement à suivre l’évolution de Betty, mais avec l’espoir que la suite ose enfin sortir des sentiers battus.
Note : 4/10. En bref, une saison qui démarrait bien et qui finit par rapidement s’essouffler.
Disponible sur Amazon Prime Video
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