2 Octobre 2025
All of You // De William Bridges. Avec Brett Goldstein (II), Imogen Poots et Zawe Ashton.
Depuis quelques années, le cinéma s’intéresse beaucoup aux dérives de la technologie dans nos vies sentimentales. Avec All of You, William Bridges — connu pour avoir écrit l’épisode culte Hang the DJ dans Black Mirror et pour la série Soulmates — poursuit son exploration de l’amour à l’ère des algorithmes. Ici, il imagine un futur proche où une entreprise, Soul Connex, propose de trouver l’âme sœur grâce à un simple test scientifique. Un pitch séduisant sur le papier, mais qui pose une vraie question : que devient l’amitié, voire l’amour, lorsqu’une machine prétend mieux savoir que nous ce qui nous rend heureux ?
Meilleurs amis depuis l’université, Simon et Laura se perdent de vue lorsque cette dernière rencontre son âme soeur, malgré leurs sentiments inavoués. Au fil du temps, alors que leurs chemins se croisent et se séparent, ils ne peuvent qu’admettre qu’ils sont passés à côté de leur vie ensemble. Face à l’incertitude qu’impliquerait un changement de vie, Simon et Laura sont-ils prêts à tout sacrifier pour vivre l’amour qui a toujours existé entre eux, ou devraient-ils accepter leur destin ?
L’histoire se concentre sur Laura (Imogen Poots) et Simon (Brett Goldstein), deux amis proches depuis l’université. Leur complicité est immédiate, faite de regards, de blagues partagées et d’une tendresse évidente. Dès les premières scènes, la relation entre eux semble si fluide qu’il paraît inévitable qu’ils finissent ensemble. Mais Laura choisit de tenter l’expérience Soul Connex. Convaincue que ce test révolutionnaire peut lui apporter la sécurité affective qu’elle recherche, elle demande à Simon de l’accompagner dans cette démarche. Lui reste sceptique, mais par affection — et peut-être par peur de perdre leur lien —, il accepte même de financer son inscription.
Résultat : Laura rencontre Lukas, l’homme que le test désigne comme son partenaire idéal. Simon, quant à lui, reste à l’écart, réduit au rôle du meilleur ami qui observe de loin, avec un pincement au cœur, celle qu’il n’a jamais osé aimer ouvertement. L’un des partis pris du film est d’utiliser de nombreuses ellipses pour traverser plusieurs années de la vie des personnages. Plutôt que de tout montrer, William Bridges choisit des moments-clés : une soirée entre amis, un enterrement, un dîner improvisé. Ces fragments donnent au film une forme particulière, à la fois fluide et un peu frustrante. Cette structure permet de mettre en valeur la manière dont le temps façonne les relations. On voit Laura construire une vie avec Lukas, tandis que Simon, éternel spectateur, laisse passer ses chances.
Pourtant, chaque retrouvaille rallume une flamme. Les regards échangés entre Brett Goldstein et Imogen Poots suffisent à dire ce que les mots ne peuvent pas. Mais cette narration par sauts temporels a aussi ses limites. Elle laisse parfois un goût d’inachevé, comme si l’histoire n’assumait pas totalement les conséquences des choix des personnages. Si All of You a une patine de science-fiction, le film ne cherche pas vraiment à imaginer un futur révolutionnaire. Le test Soul Connex est surtout un prétexte narratif. Le reste du décor est très familier : un Londres presque contemporain, quelques gadgets futuristes (des montres intelligentes, des portes biométriques, des téléphones aux interfaces avancées).
Ces détails donnent un parfum d’anticipation sans jamais voler la vedette aux personnages. L’enjeu n’est pas la crédibilité technologique, mais ce que cette science de l’amour provoque : la résignation de Laura face à une vie confortable mais tiède, et le regret de Simon, qui se rend compte trop tard qu’il aime sa meilleure amie. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, All of You n’oppose pas brutalement la raison froide du test à la passion spontanée de l’amitié-amour. Le film montre plutôt que chacun des choix a ses failles. Laura trouve dans Lukas une stabilité rassurante, mais elle perd quelque chose de plus vif en renonçant à Simon. De son côté, Simon se condamne par ses silences, incapable d’assumer ses sentiments quand il en aurait eu l’occasion.
C’est là que le film gagne en nuance : personne n’est vraiment coupable, mais tout le monde finit blessé. Les regrets s’accumulent, et le spectateur se retrouve face à une question douloureuse : vaut-il mieux suivre le chemin tracé ou prendre le risque de tout bouleverser pour l’amour ? Ce qui donne à All of You son charme, c’est avant tout son duo principal. Imogen Poots apporte une fraîcheur et une fragilité qui rendent Laura crédible dans ses hésitations. Elle est touchante, parfois agaçante, mais toujours sincère. Face à elle, Brett Goldstein, connu du grand public pour Ted Lasso, campe un Simon tendre et maladroit. Son humour pince-sans-rire et ses silences éloquents traduisent parfaitement ce personnage qui ressent plus qu’il n’ose dire.
Leur complicité est palpable, et certaines scènes de la première moitié du film sont de vrais moments de grâce. C’est sans doute là que le film atteint son sommet : dans cette relation ambigüe, tendre et drôle, qui donne envie d’y croire. Malheureusement, le charme s’érode dans la deuxième partie. Une fois Laura installée dans sa nouvelle vie avec Lukas, la dynamique entre elle et Simon perd de son intensité. Le film semble hésiter entre mélancolie et fatalisme, sans vraiment trancher. Là où j’espérais un développement plus fort sur les conséquences du test et sur le choix de Laura, le récit préfère enchaîner les retrouvailles et les rendez-vous manqués. Le résultat finit par ressembler à un cycle répétitif : ils se croisent, se redécouvrent, mais n’agissent jamais vraiment.
Ce manque d’élan dramatique rend certains passages longs, et la promesse de départ s’étiole peu à peu. La fin du film reste cohérente avec le ton général : pas de grand bouleversement, pas de miracle hollywoodien. William Bridges choisit de rester fidèle à l’idée de destins contrariés. C’est un choix qui peut frustrer, mais qui donne aussi à All of You une sincérité rare dans la romance contemporaine. On quitte le film avec une impression mitigée : d’un côté, un film porté par un duo attachant et une réflexion intéressante sur l’amour et les regrets ; de l’autre, une narration inégale qui ne va pas au bout de ses promesses.
Pour moi, All of You est un film qui séduit par son idée et son casting, mais qui déçoit par son exécution. La première moitié, pleine de complicité et de fraîcheur, est un vrai plaisir à suivre. Mais la seconde partie perd en intensité et finit par répéter les mêmes motifs sans apporter d’évolution marquante. William Bridges signe une romance futuriste qui aurait pu être inoubliable, mais qui reste finalement moyenne. Ce n’est pas un échec, car certains passages sont vraiment réussis et l’alchimie des acteurs fonctionne. Mais je ressors avec la sensation d’avoir vu un film qui n’ose pas totalement embrasser son sujet.
Note : 5/10. En bref, All of You est un film qui séduit par son idée et son casting, mais qui déçoit par son exécution. La première moitié, pleine de complicité et de fraîcheur, est un vrai plaisir à suivre. Mais la seconde partie perd en intensité et finit par répéter les mêmes motifs sans apporter d’évolution marquante.
Sorti le 26 septembre 2025 directement sur Apple TV+
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