Critique Ciné : L'Ultime Round (2025, Paramount+)

Critique Ciné : L'Ultime Round (2025, Paramount+)

L'Ultime Round (The Cut) // De Sean Ellis. Avec Orlando Bloom, Caitriona Balfe et John Turturro.

 

Étant passionné par l’univers de la boxe, j’étais particulièrement curieux de découvrir L'Ultime Round. Contrairement à la majorité des films du genre, celui-ci ne s’intéresse pas aux combats spectaculaires, ni à la gloire du ring. Le réalisateur Sean Ellis choisit un angle beaucoup plus sombre : celui du cutting, cette période avant la pesée où les boxeurs doivent perdre une quantité hallucinante de poids en un temps record. Un rituel dangereux, souvent occulté par le cinéma, mais qui fait partie intégrante de ce sport. Ce choix donne au film une identité singulière. 

 

Un boxeur sort de sa retraite pour se battre pour son titre de champion en suivant un programme intensif avec un entraîneur qui n'a pas de limites.

 

L'Ultime Round raconte moins une histoire de victoire que de survie. Le protagoniste, un ancien espoir du ring interprété par Orlando Bloom, se retrouve face à une dernière chance : participer à un combat à Las Vegas, dix ans après avoir vu sa carrière s’effondrer. Problème, il accuse 30 livres de trop sur la balance et n’a que quelques jours pour se délester de ce fardeau. Le film repose entièrement sur Orlando Bloom, et il faut reconnaître qu’il s’investit totalement dans le rôle (puisqu’il a réellement suivi, aidé par une équipe médicale, le fameux cutting pour le tournage). L’acteur, longtemps catalogué pour ses rôles de héros fringants dans Le Seigneur des Anneaux ou Pirates des Caraïbes, se métamorphose ici en boxeur brisé. 

 

Il n’a pas de nom, simplement surnommé “le boxeur”. Un choix qui accentue son caractère universel : il pourrait être n’importe lequel de ces athlètes sacrifiés sur l’autel du spectacle. Physiquement, Bloom impressionne. Visage creusé, corps marqué, gestes lourds : il incarne la fatigue et l’obsession. Ce n’est pas seulement une transformation esthétique ; sa manière de bouger, de respirer même, traduit un homme qui vit avec ses fantômes. On sent chez lui une soif de reconnaissance, mais aussi un désespoir qui le ronge. L'Ultime Round démarre comme un drame sportif classique : un ancien champion déchu reçoit une opportunité inespérée. On pourrait croire à un énième Rocky, mais très vite, le film bifurque. 

 

Ici, pas de combats mis en scène, pas de victoire héroïque sous les projecteurs. La quasi-totalité du récit se concentre sur les jours précédant la pesée, dans une succession d’entraînements épuisants, de privations, de sueurs et de douleurs. Cette approche radicale intrigue, car elle révèle une facette rarement montrée : les sacrifices invisibles qui précèdent un combat. Pourtant, le scénario finit par tourner en rond. La tension physique est réelle, mais elle ne s’accompagne pas d’un récit assez solide pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout. Aux côtés du boxeur, on retrouve Caitlin (Caitríona Balfe), sa compagne et entraîneuse, partagée entre amour et devoir. 

 

Leur relation aurait pu donner de l’épaisseur au récit, mais elle reste trop en retrait. Leur complicité, pourtant au cœur de sa résilience, n’est qu’effleurée. Le film prend une tournure plus dure encore avec l’arrivée de Boz (John Turturro), un entraîneur implacable qui incarne la brutalité du milieu. Son rôle évoque par moments le professeur tyrannique de Whiplash, mais sans la même intensité dramatique. Là encore, le potentiel est là, mais pas pleinement exploité. Les flashbacks à l’enfance du boxeur, censés expliquer ses traumatismes et ses obsessions, alourdissent encore plus le récit. Mal intégrés, ils cassent le rythme et diluent la tension qui devrait s’intensifier à mesure que la pesée approche.

 

Sean Ellis filme la descente aux enfers avec un style cru. Sa caméra insiste sur les corps malmenés : saunas étouffants, gouttes de sueur, repas dérisoires, vomissements forcés. À certains moments, L'Ultime Round se rapproche du cinéma de Darren Aronofsky, avec cette idée que le corps devient l’arène de la souffrance et de l’obsession. Mais là où Aronofsky parvient à transformer la douleur en poésie tragique, Ellis s’enferme parfois dans une répétition morbide. Les scènes s’accumulent sans toujours construire une véritable progression dramatique. La frontière entre immersion et saturation est fine, et L'Ultime Round la franchit par instants. Si le film garde de l’intérêt, c’est avant tout grâce à Orlando Bloom. 

 

Sa performance donne corps à un personnage qui aurait pu rester caricatural. Il prouve qu’il peut sortir de son image lisse et se confronter à un rôle exigeant, presque ingrat. Mais autour de lui, tout reste trop fragile. Le scénario manque de profondeur, la mise en scène multiplie les effets sans toujours leur donner un sens, et les seconds rôles n’ont pas assez d’espace pour exister. Il faut reconnaître à L'Ultime Round une audace : montrer le côté invisible et destructeur de la boxe, là où la plupart des films préfèrent célébrer la gloire du ring. Ce parti pris aurait pu donner une œuvre marquante. Malheureusement, le film se perd dans sa propre noirceur, oubliant de développer ses personnages et ses relations.

 

L’expérience est éprouvante, parfois fascinante, mais rarement émouvante. En sortant de la projection, l’image qui reste est celle d’un Orlando Bloom métamorphosé, plus que celle d’un récit mémorable. L'Ultime Round est un film de boxe qui ne parle presque jamais de boxe. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. En explorant le cutting, Sean Ellis met en lumière une pratique extrême, rarement évoquée, qui illustre la brutalité de ce sport au-delà du ring. Mais en se concentrant exclusivement sur cette descente aux enfers, le film oublie de raconter une histoire capable de toucher vraiment.

 

Le résultat, c’est un drame sombre, radical, mais incomplet. Orlando Bloom livre sans doute l’une des performances les plus intenses de sa carrière, mais elle se retrouve prisonnière d’un scénario trop mince. En tant qu’amateur de boxe, j’aurais aimé voir ce sujet traité avec plus de nuance, en donnant de la chair aux personnages au lieu de se contenter d’un marathon de souffrance. 

 

Note : 5.5/10. En bref, L'Ultime Round est un film singulier, mais il laisse surtout un goût amer : celui d’une idée puissante qui n’a pas trouvé sa pleine mesure.

Sorti le 12 décembre 2025 directement sur Paramount+

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