De mâles en pis (Saison 1, 8 épisodes) : Netflix prouve qu’on peut adapter l’ennui dans toutes les langues

De mâles en pis (Saison 1, 8 épisodes) : Netflix prouve qu’on peut adapter l’ennui dans toutes les langues

Je savais que je n’allais pas découvrir un chef-d’œuvre, mais je ne pensais pas tomber sur quelque chose d’aussi poussif. De mâles en pis, alias Alphamännchen en version originale, est vendu comme une comédie allemande qui questionne la masculinité moderne. En réalité, c’est surtout un long sketch étiré sur huit épisodes où des mecs en pleine crise de la quarantaine répètent les mêmes jérémiades en boucle. Il faut dire que le concept n’est déjà pas neuf : la série est l’adaptation allemande de Machos Alfa, une production espagnole qui a connu trois saisons et qui s’est même offert le luxe d’être renouvelée pour une quatrième. 

 

En pleine crise de la masculinité, quatre amis quadragénaires voient s'évanouir leurs privilèges, leur position dominante et leur identité. Il y a quelques années, ils auraient été des mâles triomphants aux commandes de leur vie, mais aujourd'hui, ils doivent composer avec l'égalité des genres.

 

Le succès a donné des idées à Netflix : décliner le même produit dans d’autres pays, comme s’il suffisait de changer la langue et deux ou trois références culturelles pour que la magie opère. Résultat, après la version française (Super mâles, sortie en janvier 2025 et annulée immédiatement faute d’audience), la version néerlandaise (Haantjes – Les coqs en VF, qui aura droit à une saison 2) et la version italienne (Maschi Veri – Des vrais mecs, déjà renouvelée aussi), voici l’édition allemande. Spoiler : elle n’apporte rien, sinon la preuve que la lassitude se traduit parfaitement dans toutes les langues.

 

Le pitch est simple, presque trop simple. Quatre quadragénaires pensent encore être des “mâles alpha” alors que le monde a décidé de tourner la page. L’un perd son poste de rédacteur en chef parce qu’une femme prend sa place. L’autre découvre qu’il a plus de mal à bander qu’à parler de ses sentiments (et c’est dire). Le troisième, psychologue mais pas foutu de s’appliquer ses propres conseils, tente de draguer sur Tinder avec la subtilité d’un éléphant. Quant au dernier, il fait semblant d’accepter une relation ouverte alors qu’il est rongé de jalousie. Tout ce petit monde finit dans un séminaire censé leur apprendre à “déconstruire” leur virilité. Sur le papier, on pourrait croire à une satire piquante. 

 

À l’écran, c’est juste un défilé de clichés : des blagues qui datent de l’époque des cabarets télévisés, des situations tellement prévisibles qu’on devine la chute dès l’ouverture de la scène, et une écriture qui confond ironie et lourdeur. Le plus triste, c’est que la série croit être drôle. Elle croit qu’il suffit de montrer des hommes ridicules pour que l’affaire soit réglée. Sauf qu’à force de répéter les mêmes gags – les hommes n’écoutent pas, les femmes ont toujours raison, le lit conjugal est une zone sinistrée – l’effet comique disparaît pour laisser place à l’agacement. J’ai passé plus de temps à lever les yeux au ciel qu’à sourire. 

 

Certains passages donnent presque l’impression d’être face à un remake des sketches vus et revus, sauf qu’ici, c’est emballé dans un emballage Netflix avec un logo plus chic. Rien n’avance, rien ne surprend. Les personnages sont coincés dans un manège de stéréotypes qui tourne en rond. La série aurait pu sauver les meubles en développant ses personnages féminins. Mais non, ils existent uniquement pour renvoyer les héros masculins à leurs failles. La patronne forte qui ébranle l’ego, la femme patiente mais exaspérée, la compagne qui veut une relation plus moderne… c’est toujours la même mécanique. Elles ne sont jamais envisagées comme des personnages complets, seulement comme des miroirs ou des obstacles. 

 

À croire que l’émancipation féminine, dans cet univers, ne sert qu’à pimenter les problèmes d’hommes. Le problème de De mâles en pis, c’est qu’il arrive après trois autres déclinaisons d’un même concept. L’effet de nouveauté est complètement dilué. Le spectateur un minimum curieux sait que tout cela a déjà été joué ailleurs, parfois mieux, parfois tout aussi mal, mais avec au moins la primeur de l’idée. Ici, l’impression qui domine, c’est celle d’un produit de recyclage. La version française a sombré dès sa première saison, faute de spectateurs. Les versions néerlandaise et italienne s’en sortent un peu mieux, probablement grâce à un humour plus adapté à leur culture. 

 

Mais l’allemande, elle, ressemble à un produit sorti d’usine : sans personnalité, sans aspérités, juste une copie de plus. Regarder cette saison, c’est comme grignoter un paquet de chips bas de gamme. On enchaîne les épisodes parce qu’ils durent une trentaine de minutes, mais dès que le générique de fin s’affiche, on a déjà oublié ce qu’on vient de voir. Rien ne marque, ni les situations, ni les dialogues, ni les personnages. Certes, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Tom Beck, Moritz Führmann, David Rott et Serkan Kaya jouent avec sérieux des rôles qui ne tiennent pas debout. Mais il est difficile de sauver un scénario qui se contente de recycler des blagues éculées. 

 

Leur énergie finit par se perdre dans la mollesse générale. Si De mâles en pis avait été une parodie assumée, avec un humour noir et corrosif, peut-être que j’aurais adhéré. Mais en l’état, la série se prend trop au sérieux pour être absurde, et elle est trop fade pour être mordante. Elle échoue sur les deux tableaux. Ce que je retiens, c’est surtout un constat : Netflix croit encore qu’adapter la même idée quatre fois suffira à séduire des spectateurs différents. Sauf qu’à force de tirer sur la corde, il ne reste plus que du vide. De mâles en pis n’est pas seulement une comédie ratée, c’est un symbole de cette machine à contenu qui confond quantité et qualité.

 

Note : 2/10. En bref, cette saison porte bien son nom français : de mâles en pis. Parce qu’épisode après épisode, adaptation après adaptation, la formule devient de moins en moins supportable.

Disponible sur Netflix

De mâles en pis ou Alphamännchen en allemand est la 4ème adaptation de la série espagnole Machos Alfa (3 saisons, renouvelée pour une saison 4) après la version française (Super mâles sortie en janvier 2025, annulée après 1 saison), la version néerlandaise (Haantjes - Les coqs en VF - sortie en février 2025, renouvelée pour une saison 2) et la version italienne (Maschi Veri - Des vrais mecs en VF - sortie en mai 2025, renouvelée pour une saison 2). 

 

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