4 Octobre 2025
Découvrir une série centrée sur le quotidien d’un vétérinaire de campagne peut sembler original dans le paysage télévisuel actuel. Avec Véto des villes (Animal salvaje en version originale), l’Espagne propose une fiction en neuf épisodes qui mélange humour, situations absurdes et un portrait singulier des rapports entre humains et animaux. La première saison, qui tient sur un format relativement court, s’appuie sur une galerie de personnages hauts en couleur et une ambiance volontairement décalée. Pourtant, malgré des moments plaisants, le résultat laisse un goût mitigé.
Antón Gandoy est un vétérinaire de campagne galicien qui, poussé par la fermeture des fermes d'élevage, doit se réorienter. Embauché dans une boutique d'animaux de compagnie pour la jet-set de La Corogne, il travaille avec sa nièce Uxía. Ensemble, ils vont affronter un monde étranger à Antón, mais qui n'est pas non plus celui qu'Uxía avait imaginé.
Le cœur de la série repose sur Anton, vétérinaire désabusé qui peine à joindre les deux bouts. L’argent n’arrive presque jamais en liquide : ses clients le paient souvent en nature, avec des œufs par caisse entière plutôt qu’en billets. Un détail qui, en surface, apporte une touche comique mais qui souligne aussi une réalité sociale amère. Face à ces difficultés, Anton finit par rejoindre Kawanda, une animalerie dirigée par sa nièce Uxía. Cette collaboration forcée ouvre la voie à la dynamique centrale de la saison : un homme au caractère brut qui doit composer avec une équipe plus jeune, une clientèle exigeante et un univers commercial qui ne lui correspond pas.
Anton, souvent tendre avec les animaux mais cassant avec leurs propriétaires, incarne ce décalage permanent entre la passion du métier et la confrontation à des « parents d’animaux » surprotecteurs. Les échanges virent rapidement à la confrontation, donnant lieu à une succession de situations absurdes où la logique laisse place aux caprices des maîtres. Si Anton concentre l’attention, c’est bien Uxía qui incarne la stabilité du duo. Sa vision du travail s’appuie sur l’esprit d’équipe, la diplomatie et le compromis. Elle agit comme médiatrice, autant entre Anton et la clientèle qu’entre Anton et les autres employés de Kawanda. Cette opposition de tempéraments constitue la colonne vertébrale narrative de la saison.
D’un côté, un vétérinaire individualiste, prêt à quitter l’animalerie pour prouver sa valeur à ses voisins ; de l’autre, une jeune femme déterminée à maintenir une cohésion dans un environnement chaotique. Leur relation n’évolue jamais vers une harmonie parfaite, mais le contraste entre leurs attitudes nourrit les neuf épisodes. Si l’idée de départ intrigue, la série se heurte rapidement à une limite : la répétition. Une grande partie des épisodes repose sur le même ressort narratif : Anton face à des propriétaires extravagants, trop investis émotionnellement dans la santé de leurs animaux. Chaque consultation tourne court à cause de la méfiance ou de l’ingérence des maîtres, et le gag se reproduit encore et encore.
Au fil des épisodes, cette mécanique s’use. L’humour perd de son efficacité, non pas parce qu’il est mal exécuté, mais parce qu’il ne se renouvelle pas. Les situations restent proches les unes des autres, ce qui crée une impression de déjà-vu. La série aurait gagné à varier davantage ses angles, quitte à sortir ponctuellement de la clinique ou à explorer d’autres aspects de la vie d’Anton. L’action se déroule dans un décor rural, censé ancrer la série dans une Espagne éloignée des clichés urbains. Pourtant, ce choix de cadre reste sous-exploité. Quelques fermes apparaissent, tout comme la maison d’Anton où l’eau chaude fait défaut, mais ces éléments demeurent superficiels.
Il y avait matière à explorer davantage la réalité de la campagne : ses habitants, ses traditions, ou encore les contraintes d’un vétérinaire itinérant dans un environnement isolé. Au lieu de cela, le décor se limite souvent à un simple arrière-plan fonctionnel, sans véritable rôle narratif. Ce qui donne envie de continuer malgré ces faiblesses, c’est le jeu des acteurs. Luis Zahera, dans le rôle d’Anton, parvient à incarner à la fois la rudesse et la fragilité d’un homme prisonnier de son caractère. Ses répliques tranchantes sont portées par une énergie sincère qui rend le personnage crédible, même lorsqu’il agit de façon égoïste. Face à lui, Lucía Caraballo offre une interprétation nuancée d’Uxía.
Sa capacité à équilibrer fermeté et douceur donne de la densité à un personnage qui aurait pu paraître trop lisse. Leurs échanges forment l’un des points forts de la saison : le contraste entre Anton et Uxía est rendu vivant par leur complicité d’acteurs. Les seconds rôles, bien que moins développés, participent aussi à l’ambiance générale. Chacun apporte une petite touche de comédie, renforçant cette impression de microcosme où les personnalités s’entrechoquent. Avec seulement neuf épisodes, la série aurait pu éviter les longueurs. Pourtant, malgré ce format resserré, le rythme donne parfois l’impression de s’étirer. Certains épisodes semblent se contenter de répéter la formule établie sans chercher à enrichir l’univers ou les personnages.
Cela ne signifie pas que l’ensemble est dépourvu d’intérêt. Quelques scènes parviennent à tirer leur épingle du jeu, notamment celles qui se concentrent sur la relation entre Anton et Uxía. Leur confrontation permanente, oscillant entre conflit et respect implicite, apporte une dimension humaine qui évite à la série de sombrer dans le pur vaudeville. Un aspect intéressant, même si peu approfondi, réside dans la manière dont la série aborde le lien entre les animaux et leurs maîtres. Les propriétaires apparaissent souvent caricaturaux : excessifs dans leur attachement, incapables de faire confiance au vétérinaire, obsédés par des détails insignifiants. Cette exagération, utilisée pour provoquer le rire, finit par masquer une réflexion potentielle sur les dérives de la « parentalité animale ».
Derrière l’humour, une question affleure pourtant : jusqu’où les humains projettent-ils sur leurs animaux des comportements ou des besoins qui ne leur appartiennent pas ? Dommage que la série n’aille pas plus loin dans cette piste, car elle aurait pu enrichir le propos et offrir une lecture plus subtile. Malgré ses limites, Véto des villes possède quelques réussites notables. D’abord, la capacité à proposer un ton léger, qui rend la série facile à regarder. Chaque épisode se consomme rapidement, sans exiger une attention continue. Ensuite, certains petits moments de comédie fonctionnent bien. Une réplique, un geste maladroit, une situation absurde suffisent parfois à provoquer un sourire sincère.
Ces instants fugaces, disséminés dans la saison, rappellent que la série ne se prend pas trop au sérieux et qu’elle cherche avant tout à divertir. Enfin, le duo Anton/Uxía donne une véritable identité à la série. Leur opposition permanente, même lorsqu’elle tourne en rond, crée une tension dramatique qui maintient un minimum d’intérêt jusqu’au dernier épisode. En refermant cette première saison de Véto des villes, le sentiment est ambivalent. La série possède un potentiel indéniable grâce à son cadre rural, son héros atypique et son duo d’acteurs principaux. Pourtant, elle s’enferme trop souvent dans une mécanique répétitive qui bride son développement. Le résultat reste agréable par moments, mais sans parvenir à s’imposer comme une fiction marquante.
Le plaisir de visionnage vient surtout de la performance des comédiens et de petites scènes comiques bien placées. Rien qui bouleverse, mais suffisamment pour accompagner une fin de semaine sans exiger un investissement émotionnel trop fort. Véto des villes n’est pas une série qui cherche à impressionner ou à construire une fresque ambitieuse. Elle joue la carte de la simplicité, parfois au risque de tourner en rond. Ses qualités résident dans son ton léger, ses personnages attachants malgré leurs défauts, et la prestation de ses acteurs principaux. Il ne faut pas s’attendre à une plongée profonde dans la ruralité espagnole ni à une comédie renouvelée à chaque épisode. Ce que la série propose, c’est un regard amusé sur les travers des propriétaires d’animaux et sur la vie compliquée d’un vétérinaire qui préfère dire ce qu’il pense plutôt que ménager les susceptibilités.
Note : 5/10. En bref, cette saison 1 offre un divertissement modeste, capable de faire sourire sans laisser une empreinte durable. Une fiction à regarder pour ce qu’elle est : une parenthèse légère, sans prétention, où les petites scènes valent davantage que l’ensemble.
Disponible sur Netflix
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