Alicia, tout simplement (Saison 1, 19 épisodes) : quand le double jeu tourne à l’épuisement narratif

Alicia, tout simplement (Saison 1, 19 épisodes) : quand le double jeu tourne à l’épuisement narratif

Découvrir Alicia, tout simplement m’a plongé dans un sentiment étrange, quelque part entre la curiosité et une forme de lassitude progressive. La série annonce dès les premières minutes un terrain glissant : celui d’une femme qui décide de mener deux mariages en parallèle, en cachant à chacun des hommes l’existence de l’autre. Ce type de dilemme sentimental existe depuis longtemps dans les fictions romantiques, mais ici, le scénario pousse l’idée jusqu’au bout en étirant la tension sur dix-neuf épisodes. Alicia, volontaire dans ses décisions mais incapable de trancher, gère sa double vie comme un funambule qui tenterait d’avancer sur un fil déjà fragilisé. 

 

Déchirée entre deux hommes, Alicia se marie secrètement avec un écrivain célèbre et un ex-curé. Combien de temps jonglera-t-elle avec l'amour, le mensonge et sa double vie ?

 

D’un côté, Alejo, écrivain en quête d’inspiration. De l’autre, Pablo, un homme pour qui la foi a longtemps constitué une ligne conductrice. Deux univers éloignés, presque incompatibles, entre lesquels Alicia se faufile en espérant que rien ne s’emmêle trop vite. Dès le début, son mensonge dépasse largement la question amoureuse. À Pablo, elle raconte être hôtesse de l’air, alors qu’elle occupe un poste politique. À Alejo, elle prétend simplement devoir composer avec un agenda chargé. Entre les appels en catastrophe, les excuses improvisées et les changements d’emploi du temps, la moindre scène repose sur des manœuvres d’évitement. 

 

Au départ, j’ai compris ce que la série essayait de construire : un portrait de femme prise en étau entre deux chemins, tous deux séduisants à leur manière. Alicia aime ce qu’elle devient auprès de Pablo, tout en restant attachée au lien qu’elle partage avec Alejo. Le problème, c’est que la mise en scène multiplie les situations invraisemblables sans jamais offrir de réel apaisement émotionnel. S’étendre sur dix-neuf épisodes pour explorer un mensonge qui menace d’éclater dès le pilote crée un rythme maladroit. Au lieu de s’installer dans une progression naturelle, la série avance par accumulations : nouveaux personnages, nouveaux quiproquos, nouvelles dissimulations. 

 

Après quelques épisodes, j’ai commencé à ressentir un poids. L’intrigue semblait tourner en boucle : Alicia cherche à cacher la vérité, manque d’être découverte, invente une autre parade, et le cycle recommence. Le format aurait demandé une écriture plus compacte. En binge-watching, l’effet est encore plus violent : l’impression de revoir les mêmes ressorts dramatiques finit par prendre le pas sur l’intérêt que j’avais pour le sujet. Ce qui m’a surtout dérangé, c’est la manière dont la série tente de positionner Alicia comme une figure presque libératrice. Le discours qui l’entoure souhaite visiblement défendre son parcours comme une émancipation. Pourtant, la situation ne relève pas d’un choix polyamoureux assumé, où chacun aurait connaissance des limites et des attentes. 

 

Ici, deux hommes vivent dans l’ignorance la plus totale. Aimer deux personnes n’a rien d’étrange. En revanche, construire deux mariages sans transparence n’a rien d’inoffensif. La série esquisse une réflexion sur les modèles relationnels, mais s’enferme dans une justification bancale qui affaiblit son propos. J’aurais préféré un angle plus nuancé, quitte à montrer Alicia dans toute sa contradiction sans chercher à lui donner un vernis militant. Alicia reste pourtant un personnage intéressant par sa fragilité. Elle navigue dans la vie en évitant les choix tranchés, comme si chaque possibilité lui échappait dès qu’elle tentait de s’y accrocher. Mais le scénario essaie tant de l’excuser qu’il finit par la figer dans un rôle peu crédible.

 

Alejo aurait pu être un personnage fascinant : un auteur qui puise son inspiration dans son mariage et qui perd pied quand celui-ci se fissure. Mais son évolution reste superficielle. Il cache lui-même des secrets, pourtant ces éléments ne nourrissent jamais vraiment sa relation avec Alicia. Pablo, quant à lui, porte un conflit intérieur lié à sa vocation religieuse. Ce dilemme aurait mérité davantage d’épaisseur. Le scénario en parle par petites touches, comme un élément dramatique parmi d’autres, sans jamais plonger dans les zones d’ombre qu’un tel choix implique réellement. J’ai eu l’impression que la série utilisait ces deux hommes comme moteurs narratifs plutôt que comme êtres humains avec leurs propres arcs émotionnels.

 

À mesure que la saison progresse, l’arrivée de personnages secondaires devient fréquente. J’attendais d’eux qu’ils enrichissent l’histoire ou qu’ils fassent évoluer le conflit central. Pourtant, beaucoup semblent là uniquement pour créer des diversions artificielles. Leur rôle se limite souvent à provoquer un mensonge de plus ou une tension supplémentaire, sans réel impact sur la compréhension d’Alicia. Cette surcharge donne parfois l’impression que l’écriture improvise au fur et à mesure. Le ton bascule, passant d’un potentiel de dramédie à quelque chose de plus confus, comme si la série hésitait elle-même entre humour et gravité. Sans révéler d’éléments précis, la fin de saison prend une tournure digne d’un feuilleton télévisé traditionnel.

 

Les révélations tombent dans une exagération qui casse l’émotion. Après dix-neuf épisodes de tension, j’espérais une conclusion plus introspective, quelque chose qui donnerait enfin du relief aux choix d’Alicia. Au lieu de ça, la résolution se précipite dans un discours qui manque de profondeur. L’intention est compréhensible : refermer l’histoire sur une forme d’apaisement. Pourtant, la scène m’a laissée perplexe. Le moment semblait vouloir transmettre un message, mais celui-ci se perd dans une formulation trop rapide et maladroite. Le reste de la distribution tient son rôle, parfois même avec une sensibilité qui rattrape certaines faiblesses du script. Mais le choix pour incarner Alicia m’a laissée sceptique. 

 

Le personnage aurait gagné à être interprété par quelqu’un dont l’énergie aurait apporté davantage de douceur, pour équilibrer le chaos de sa situation. Là, la personnalité affichée crée une dissonance entre ce que la série cherche à dire et ce qu’elle montre réellement. Alicia, tout simplement partait pourtant avec un angle intéressant. Explorer la vie d’une femme qui refuse d’être enfermée dans un modèle unique aurait pu offrir un récit sensible, attaché aux dilemmes humains plus qu’aux artifices narratifs. Mais la série se perd dans une accumulation de complications qui n’apportent rien à son propos. Les scènes s’enchaînent pour maintenir un suspense qui s’essouffle rapidement, et l’ensemble finit par devenir répétitif.

 

J’ai terminé la saison avec un sentiment mitigé. La série m’a parfois divertie, parfois agacée, parfois intriguée. Mais elle m’a surtout donné la sensation d’un projet qui aurait pu être plus juste, plus ancré, plus honnête avec ses propres personnages. Alicia, tout simplement peut fonctionner comme un visionnage secondaire, quelque chose que l’on regarde sans trop d’attentes. Mais sur un plan narratif, la saison 1 manque d’équilibre et s’étire inutilement. Le thème de la double vie aurait mérité une approche plus resserrée et plus réfléchie, sans artifices et sans tentatives maladroites de justification.

 

Note : 4/10. En bref, Alicia, tout simplement peut fonctionner comme un visionnage secondaire, quelque chose que l’on regarde sans trop d’attentes. Mais sur un plan narratif, la saison 1 manque d’équilibre et s’étire inutilement. La série propose quelques idées intéressantes, mais leur traitement disperse plus qu’il ne construit. Au final, l’expérience laisse une impression diffuse : celle d’un récit qui cherche une profondeur qu’il n’arrive jamais à atteindre pleinement.

Disponible sur Netflix

 

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G
coucou toi<br /> un bon article la serie me donne envie :OP<br /> bon weekend bisous
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