28 Novembre 2025
Somnium // De Racheal Cain. Avec Chloë Levine, Grace Van Dien et Johnathon Schaech.
Le cinéma aime explorer les frontières entre le rêve et la réalité. Avec Somnium, la réalisatrice Racheal Cain signe un premier long-métrage qui s’aventure dans cet entre-deux fragile, quelque part entre le drame psychologique, la science-fiction et le cauchemar éveillé. Le film propose une idée séduisante : et si nos rêves pouvaient être modifiés par une technologie expérimentale censée améliorer nos vies ? Mais derrière ce concept intrigant, le résultat est inégal, parfois fascinant, parfois frustrant. Le récit suit Gemma (incarnée par Chloë Levine), une jeune actrice en herbe arrivée de Géorgie pour tenter sa chance à Los Angeles.
À la clinique expérimentale du sommeil, Somnium, les rêves deviennent réalité. Les effets secondaires peuvent inclure : hallucinations, confusion, paranoïa, paralysie du sommeil, détachement de la réalité, perte du sens de soi, cauchemars permanents.
Comme beaucoup, elle espère briller dans la capitale du cinéma, mais la réalité est brutale : peu de rôles, des auditions humiliantes et une précarité quotidienne. Pour payer son loyer, elle accepte un travail étrange au sein d’une clinique du sommeil baptisée Somnium. Sa mission paraît simple : surveiller des patients plongés dans des pods, pendant que des scientifiques leur injectent des rêves censés soigner leurs angoisses et booster leur confiance. Mais rapidement, Gemma découvre que ce qui devait rester un simple job alimentaire devient une plongée dans un univers inquiétant où les limites entre ses propres souvenirs et les illusions imposées par la clinique se brouillent.
À travers le parcours de Gemma, Somnium ne se contente pas de jouer la carte du thriller futuriste. Le film parle aussi de la cruauté de Los Angeles et de ses promesses illusoires. Gemma est tiraillée entre ses ambitions professionnelles et ses blessures intimes, notamment une relation abandonnée en Géorgie qui continue de hanter sa mémoire. Ce mélange de rêves imposés et de souvenirs réels reflète son impasse : faut-il se réinventer pour réussir, ou rester fidèle à soi-même quitte à échouer ? Dans ce sens, Somnium rappelle des œuvres comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou Mulholland Drive, qui mêlaient également introspection et faux-semblants.
Le problème, c’est que Cain peine à se détacher de ces influences. Certaines scènes semblent recyclées, comme si le film manquait de confiance pour imposer sa propre identité. Ce qui sauve le film de l’oubli, c’est la performance de Chloë Levine. L’actrice parvient à rendre Gemma crédible malgré les incohérences du scénario. Elle incarne à la fois l’énergie d’une jeune femme prête à tout pour réussir et la fragilité d’une personne rongée par ses regrets. Par moments, elle évoque le jeu intense d’une Mia Goth, capable de rendre captivant le moindre silence ou la plus petite hésitation. Autour d’elle, le casting est plus inégal. Will Peltz incarne Noah, un collègue aux allures de prédateur, mais son interprétation semble calquée sur d’autres rôles déjà vus ailleurs.
Même impression avec Johnathon Schaech, en producteur manipulateur qui rappelle des archétypes du cinéma hollywoodien sans apporter grand-chose de neuf. Là où Somnium marque des points, c’est sur le plan visuel. La photographie travaille les contrastes entre la lumière froide des laboratoires et les séquences de rêves aux teintes plus flottantes, presque liquides. Les cadrages serrés, souvent oppressants, plongent le spectateur dans la même claustrophobie que ressent Gemma lorsqu’elle comprend qu’elle n’a plus le contrôle. Cette esthétique crée une atmosphère intrigante, renforcée par une bande-son discrète mais pesante.
À défaut de proposer des frissons horrifiques marqués, le film installe une angoisse sourde qui ne disparaît pas une fois la séance terminée. Malgré ces qualités, difficile d’ignorer les défauts du film. D’abord, le rythme : après une introduction accrocheuse, Somnium s’enlise dans une seconde partie où l’intrigue stagne. Les révélations tardent à venir et certaines scènes semblent répétitives. L’ambiguïté permanente du scénario, si elle séduit au départ, finit par devenir frustrante. La dimension scientifique de la clinique repose sur un cocktail médicamenteux qui ne tient pas debout. Un choix maladroit qui aurait gagné à rester mystérieux plutôt que pseudo-réaliste. Ce qui manque cruellement à Somnium, c’est une vraie direction thématique.
Le film semble vouloir dire quelque chose sur l’imposture, le prix du succès ou la vulnérabilité humaine face à ses propres désirs. Mais rien n’est poussé assez loin pour marquer durablement. Résultat : le spectateur sort de la salle avec plus de questions que de réponses, mais pas toujours les bonnes. Cela dit, il reste une idée intéressante : montrer que parfois, les rêves vendus comme des solutions deviennent eux-mêmes des pièges. À force de courir après une version idéalisée de soi-même, Gemma finit par se perdre. Ce message résonne particulièrement à une époque où l’injonction à « réussir » et à « s’accomplir » est omniprésente, surtout dans le milieu des réseaux sociaux et du showbiz.
En sortant de Somnium, j’ai eu une impression contrastée. J’ai apprécié son atmosphère étrange, ses images soignées et le jeu habité de Chloë Levine. Mais j’ai aussi ressenti de la frustration face à un scénario trop hésitant et des influences trop visibles. Le film ne tient pas toutes ses promesses, mais il a le mérite de proposer une expérience différente, plus sensorielle que narrative. C’est un film qui séduira les amateurs de récits oniriques et de cinéma d’ambiance, mais qui laissera sans doute de marbre ceux qui attendent une intrigue solide et une conclusion claire. Pour moi, il reste un essai intéressant, mais pas abouti.
Somnium est un premier film qui brille par son esthétique et l’interprétation de Chloë Levine, mais qui manque de personnalité et d’assurance dans son écriture. Entre drame psychologique et science-fiction intimiste, il propose une immersion troublante dans les rêves et les illusions de son héroïne, sans parvenir à offrir un discours vraiment percutant. Un film imparfait, mais qui mérite un détour pour celles et ceux qui aiment les explorations de l’inconscient et les récits où la frontière entre le réel et l’imaginaire se brouille.
Note : 5/10. En bref, j’ai apprécié son atmosphère étrange, ses images soignées et le jeu habité de Chloë Levine. Mais j’ai aussi ressenti de la frustration face à un scénario trop hésitant et des influences trop visibles.
Sorti le 28 novembre 2025 directement sur Shadowz
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