9 Novembre 2025
Les deux premiers épisodes de Au plaisir de ne pas faire ta connaissance (Nice to Not Meet You, ou Yalmiun Sarang en version originale) plongent dans un univers où les trajectoires professionnelles se croisent dans un chaos aussi drôle qu’amer. La série coréenne, disponible sur Prime Video, installe dès le départ une dynamique faite de malentendus, d’orgueil blessé et d’ambition contrariée. Loin d’une simple comédie romantique, ce début de parcours met surtout en lumière deux personnages qui s’observent, se jugent et se percutent sans jamais vraiment se comprendre.
Lim Hyeon-jun, acteur enfermé dans un rôle de détective intègre qu’il incarne depuis des années, rêve de changer de registre. À l’aube de la cinquième saison de sa série, il aspire à une carrière plus nuancée. Wi Jeong-sin, journaliste politique primée, se retrouve reléguée à la rubrique divertissement après un scandale. En enquêtant sur le milieu du showbiz, elle découvre Hyeon-jun, dont elle devient fan… avant d’être désillusionnée en le rencontrant hors caméra.
L’histoire démarre avec Lim Hyun-joon (interprété par Lee Jung-jae), un homme ordinaire qui vivote de petits boulots de livraison, bien loin des feux de la rampe qu’il a jadis effleurés. Le destin lui réserve pourtant une surprise lorsqu’un tournage amateur auquel il participe par hasard bouleverse sa vie. Son interprétation dans un petit film d’étudiant devient virale, le propulsant soudain au rang de star nationale. Mais derrière la célébrité, Hyun-joon peine à exister autrement qu’à travers le personnage qui l’a rendu célèbre : un détective toujours coincé dans les mêmes intrigues.
L’acteur commence à ressentir le poids d’une réussite vide de sens, prisonnier d’un rôle qui l’empêche de se renouveler. Face à lui, Wi Jeong-sin (Lim Ji-yeon) est une journaliste politique redoutée, animée par une ambition féroce. Elle enquête sur les coulisses du pouvoir, jusqu’à ce qu’un scandale éclate et l’écarte brutalement de son domaine de prédilection. Reléguée à la rubrique divertissement, elle se retrouve à couvrir des événements mondains qu’elle méprise. Cette chute est pour elle une humiliation : tout ce qu’elle méprisait devient désormais son quotidien. C’est dans ce contexte que leurs chemins se croisent pour la première fois — ou plutôt, se percutent.
Une rencontre improbable, marquée par la maladresse, la colère et un enchaînement de quiproquos qui laissent derrière eux plus de rancune que de compréhension. Le premier épisode pose les fondations d’une relation fondée sur le chaos. Hyun-joon, encore anonyme, tente de se reconstruire après un passé entaché d’un vieux scandale amoureux. De son côté, Jeong-sin, dans sa quête de vérité, refuse de plier devant les puissants, quitte à se mettre tout le monde à dos. Leur premier face-à-face est digne d’un vaudeville contemporain : elle, ivre après un refus de pot-de-vin, s’endort dans le mauvais véhicule ; lui, persuadé d’être victime d’un vol, réagit avec panique.
La police s’en mêle, et chacun ressort de l’incident plus agacé que jamais. Pourtant, dans ce désordre, une forme de reconnaissance muette s’installe : deux êtres cabossés par leurs choix, forcés de continuer malgré la honte. C’est ensuite que le hasard fait basculer la vie d’Hyun-joon. Pressé par un jeune réalisateur d’école de cinéma, il finit par accepter un rôle dans un petit film amateur. Le tournage s’avère éreintant : le réalisateur perfectionniste l’épuise, les cascades se multiplient, et le comédien doute à chaque instant. Personne ne semble croire au projet. Jusqu’à ce que le film rencontre un succès inespéré.
Ce triomphe change tout : Hyun-joon devient l’incarnation du détective Kang Pil-gu, héros d’une série policière désormais culte. Pourtant, derrière la célébrité, le vide grandit. L’acteur répète inlassablement les mêmes gestes, récite les mêmes dialogues, et voit sa passion s’étioler. Pendant ce temps, Jeong-sin goûte aux désillusions du journalisme de divertissement. Sa première couverture d’événement vire au désastre : un geste mal interprété sur un tapis rouge provoque un scandale, et c’est Hyun-joon, présent sur place, qui se retrouve mêlé à la scène.
L’accident, filmé et partagé partout en ligne, tourne en ridicule l’acteur et déclenche une avalanche de moqueries. Une humiliation publique qui scelle définitivement la tension entre les deux personnages. Le deuxième épisode reprend dans la foulée de cet incident viral. Hyun-joon, déjà lassé d’être catalogué comme le « détective préféré du public », voit sa notoriété virer à la caricature. Les réseaux sociaux ne parlent que de sa chute ridicule, et sa fierté en prend un coup. De son côté, Jeong-sin tente de s’adapter à sa nouvelle équipe au service divertissement. Sa cheffe, Yun Hwa-yeong, lui rappelle qu’elle n’a plus le luxe de choisir ses sujets : elle doit prouver qu’elle mérite encore une place dans la rédaction.
Mais Jeong-sin n’est pas prête à renoncer à son tempérament. Lorsqu’elle est envoyée couvrir l’arrivée d’un idol à l’aéroport, elle perd vite le contrôle de la situation, dépassée par la frénésie des fans. Cet échec, aussi humiliant que risible, illustre à quel point elle est étrangère à ce monde. Et comme si le destin prenait plaisir à la provoquer, son prochain sujet d’interview n’est autre que Hyun-joon lui-même. Ce face-à-face, censé être purement professionnel, tourne rapidement à la joute verbale. Les reproches fusent : elle l’accuse de superficialité, il la taxe d’arrogance. Aucun ne veut céder, chacun campe sur sa fierté.
L’entrevue tourne court, et les représailles commencent : Hyun-joon fait interdire la journaliste de ses conférences de presse ; Jeong-sin réplique avec des articles acerbes. Leurs rancunes respectives se nourrissent mutuellement. Pourtant, derrière les piques et les maladresses, quelque chose d’autre s’installe — un mélange d’admiration involontaire et de curiosité frustrée. La scène clé de l’épisode montre Jeong-sin en pleine nuit, se lançant dans un visionnage intensif des séries d’Hyun-joon pour mieux comprendre son « ennemi ». Ce qu’elle découvre la trouble : derrière les clichés du détective de fiction, elle entrevoit un acteur sincère, habité, presque vulnérable.
Peu à peu, son regard change. L’hostilité laisse place à un trouble qu’elle ne s’explique pas. Et lorsqu’elle croise Hyun-joon par hasard au petit matin, la réalité et la fiction semblent se confondre. Cette rencontre inattendue clôt l’épisode sur une note à la fois ironique et prometteuse : la guerre froide entre eux risque bien de se transformer en quelque chose de plus intime. Ce qui frappe dans ces deux premiers épisodes, c’est la symétrie entre les parcours des protagonistes. Hyun-joon a tout gagné et tout perdu à la fois : la reconnaissance publique, mais pas la liberté artistique. Jeong-sin, elle, a sacrifié son intégrité pour la vérité, avant de se retrouver reléguée à une rubrique qu’elle méprise.
L’un étouffe dans la lumière, l’autre sombre dans l’ombre. Tous deux subissent les conséquences d’un système qui dévore ses talents dès qu’ils sortent du cadre attendu. À travers eux, la série dépeint le monde du divertissement coréen comme un univers de faux-semblants où chaque faux pas se paie au prix fort.
Mais Au plaisir de ne pas faire ta connaissance ne se contente pas de dénoncer. Elle observe avec une certaine tendresse la maladresse humaine : celle d’un homme qui ne sait plus comment être authentique, et d’une femme qui refuse de se plier à ce qu’on attend d’elle. Leur antagonisme devient le moteur d’une transformation mutuelle.
Le jeu de Lee Jung-jae et Lim Ji-yeon repose sur la friction. Hyun-joon, malgré son air sûr de lui, laisse transparaître une fatigue morale, une envie de disparaître derrière ses personnages. Jeong-sin, quant à elle, cache son insécurité sous des airs de certitude. Leurs échanges sont vifs, parfois cruels, mais toujours révélateurs de leurs failles. Ce n’est pas une romance au sens classique, du moins pas encore. Plutôt une étude de caractère déguisée en comédie grinçante, où chaque sourire dissimule un jugement, et chaque pique trahit une forme de fascination.
Le ton oscille entre burlesque et mélancolie, avec des moments de pure absurdité (le fameux incident de la chute sur le tapis rouge en est un exemple). Sous ses airs légers, chaque faux pas devient viral, chaque émotion sincère se transforme en scandale. Ce miroir déformant du succès interroge la frontière entre authenticité et performance. Hyun-joon joue un rôle même dans sa vie privée ; Jeong-sin écrit des articles qu’elle ne croit pas. Chacun tente de reprendre le contrôle de son récit, mais les circonstances les obligent à se redéfinir autrement. Ces deux premiers épisodes ne cherchent pas à plaire à tout prix. Le rythme reste inégal, parfois volontairement étiré, et certaines séquences flirtent avec le grotesque.
Mais cette lenteur permet aussi de laisser respirer les personnages, de montrer leurs maladresses sans artifices. Ce que la série réussit, c’est à poser une tension crédible : celle de deux êtres à la fois opposés et semblables, contraints de se confronter à leurs limites. Le ton oscille entre satire et comédie romantique, sans jamais choisir totalement l’un ou l’autre. Il est difficile de prédire ce que la suite réservera à Hyun-joon et Jeong-sin, mais une chose est claire : leur rivalité, nourrie de fierté et de curiosité, risque de devenir le cœur battant d’un récit où la frontière entre mépris et attirance se brouille peu à peu.
Au plaisir de ne pas faire ta connaissance ne cherche pas à être charmant mais préfère être juste. Derrière ses gags et ses situations improbables, la série interroge la fragilité du succès et la solitude de ceux qui s’y accrochent. Ces deux premiers épisodes installent un ton particulier, mélange de cynisme doux et de réalisme mordant, où chaque regard échangé raconte plus que mille dialogues. À travers Hyun-joon et Jeong-sin, c’est toute une réflexion sur la quête de reconnaissance, le poids de l’échec et la peur d’être oublié qui se dessine. Et, même si la série ne cherche pas à séduire à tout prix, elle réussit à piquer la curiosité — suffisamment pour donner envie de voir jusqu’où ira ce duo qui s’agace autant qu’il s’attire.
Note : 6.5/10. En bref, derrière ses gags et ses situations improbables, la série interroge la fragilité du succès et la solitude de ceux qui s’y accrochent. Ces deux premiers épisodes installent un ton particulier, mélange de cynisme doux et de réalisme mordant, où chaque regard échangé raconte plus que mille dialogues.
Disponible sur Amazon Prime Video
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