9 Novembre 2025
Doin’ It // De Sara Zandieh. Avec Lilly Singh, Trevor Salter et Sonia Dhillon Tully.
On dit souvent que certaines idées auraient mieux fait de rester dans un carnet de notes. Doin’ It, la nouvelle comédie de Sara Zandieh portée par Lilly Singh, en est un parfait exemple. Sur le papier, le concept avait tout pour plaire : une prof vierge, catapultée prof de sex-ed dans un lycée américain, censée démystifier la honte autour du sexe. En pratique, le film ressemble davantage à une réunion improvisée entre American Pie, Sex Education et un sketch YouTube mal calibré. Et le pire, c’est qu’il semble ne jamais se rendre compte qu’il n’est drôle… qu’en théorie.
Une Américaine d'origine indienne et vierge obtient un poste d'enseignante en éducation sexuelle au lycée.
Maya (Lilly Singh), ingénieure coincée et toujours vierge à la trentaine, décide de devenir prof remplaçante de biologie pour “mieux comprendre les ados” et perfectionner son appli éducative. Sauf qu’au lieu de coder dans son coin, elle se retrouve à enseigner… l’éducation sexuelle. Un domaine où, disons-le franchement, elle n’a pas exactement un doctorat. La scène d’ouverture donne le ton : un souvenir d’ado aussi gênant qu’un karaoké raté devant sa belle-famille. Son partenaire de danse baisse son pantalon, rideau qui tombe, humiliation publique, parents atterrés dans le public. On pense rire. On a plutôt envie de vérifier si le film ne vient pas d’enfreindre une loi.
L’intention est claire : casser les tabous, parler du sexe sans honte, ouvrir le dialogue. Sur le papier, c’est noble. À l’écran, c’est un peu comme si quelqu’un avait lu le résumé de Sex Education sur Wikipédia, puis décidé de tourner un remake sans les droits ni le talent. Les blagues s’enchaînent, souvent sur le ton du “regardez comme je suis audacieuse”. Sauf que l’audace sans finesse, c’est juste du bruit. Entre deux dialogues dignes d’un sketch de lycée et des gags sur la masturbation féminine traités comme des tutoriels maladroits, Doin’ It donne surtout l’impression d’un film qui veut provoquer, sans jamais savoir pourquoi. Et que dire des personnages secondaires ?
La collègue dévergondée (Stephanie Beatriz) qui se prend pour la coach sexuelle du siècle, l’amie lesbienne cool (Sabrina Jalees) qui coche la case “diversité comique”, ou encore le coach sportif mielleux (Trevor Salter) qui ne sert qu’à rappeler à Maya qu’elle existe. Tous ces archétypes s’agitent sans direction, comme si le film lui-même hésitait entre la satire et le sitcom du mardi soir. Lilly Singh, qu’on a connue pétillante sur Internet, fait de son mieux pour sauver le naufrage. Mais son jeu oscille entre la sincérité maladroite et le cabotinage. Certaines scènes, censées être drôles, deviennent gênantes à force de surjeu. Le film veut nous dire qu’il est progressiste, mais reste coincé dans un humour de collégien.
Et quand une comédie “sex positive” réussit à rendre la sexualité plus embarrassante que dans un cours de SVT, il y a clairement un problème. Sara Zandieh veut visiblement jouer sur la corde du feel good éducatif, mais finit par livrer un film coincé entre deux tons. Trop sage pour être vraiment irrévérencieux, trop maladroit pour être touchant. Les discussions sur le genre et l’identité ont la profondeur d’un PowerPoint d’entreprise. On sent la bonne volonté, mais tout paraît fabriqué, comme si le film répétait des slogans “woke” sans jamais y croire vraiment. C’est d’autant plus dommage que la réalisation est propre, le rythme vif, et que Singh a un vrai sens du timing comique quand elle ne force pas le trait.
Mais chaque fois qu’une scène pourrait dire quelque chose de sincère sur le désir, la honte ou la culture du silence, elle se fait écraser par une blague lourde ou un gag pseudo-provocateur. En voulant prêcher la libération sexuelle, Doin’ It tombe dans le piège inverse : il confond liberté et hystérie. Tout semble crié, forcé, surligné. À vouloir parler de sexe sans filtre, le film finit par ne plus rien dire du tout. Le public rit parfois — nerveusement, surtout. Et quand il ne rit pas, il se demande si le scénario n’aurait pas été écrit par un algorithme ayant regardé trop d’épisodes de Euphoria sans comprendre le concept. Même le message final, censé célébrer l’affirmation de soi, sonne creux.
Oui, il faut parler de sexe sans honte. Mais encore faut-il avoir quelque chose d’intelligent à dire. Ici, on se contente d’un collage de clichés, d’un ton “cool prof” artificiel, et d’une morale qui se perd dans les vapeurs de son propre discours. Doin’ It voulait être une comédie féministe, inclusive, libératrice. Il finit en sitcom désarticulé où l’humour tombe à plat et les bons sentiments sentent le recyclé. On peut saluer l’intention, certes, mais difficile de ne pas voir la gêne derrière la bienveillance. Lilly Singh reste attachante malgré tout, et son jeu laisse entrevoir ce qu’aurait pu être le film si le scénario avait été aussi sincère que son regard.
Note : 3.5/10. En bref, Doin’ It ne “fait” rien du tout — ni le rire, ni la réflexion, ni la provocation promise. C’est un film qui parle de sexe sans jamais vraiment oser le faire. Et si le message était de nous rappeler que l’éducation sexuelle mérite mieux que ça, alors mission accomplie… mais sûrement pas comme prévu.
Prochainement en France en SVOD
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