9 Novembre 2025
Popeye’s Revenge // De William Stead. Avec Emily Mogilner, Connor Powles et Danielle Ronald.
Il y a des films qu’on regarde par curiosité, et d’autres par pur masochisme. Popeye’s Revenge coche les deux cases. L’idée de transformer le marin le plus costaud du dessin animé en monstre de série B pouvait faire sourire. Sauf qu’ici, le sourire disparaît vite, remplacé par un long soupir d’incrédulité. Si le cinéma d’horreur était une mer, celui-ci serait une flaque d’eau tiède dans laquelle Popeye patauge avec ses bottes en caoutchouc. Le film s’ouvre sur une séquence animée censée raconter l’origine tragique du tueur. En théorie, c’est là pour poser les bases. En pratique, c’est un dessin digne d’un élève de CE2 après trois heures de colle.
La légende de Popeye hante un groupe de conseillers alors qu'ils prévoient d'ouvrir un camp d'été.
On y apprend que le petit Popeye a été harcelé, qu’il a craqué, puis qu’un groupe de villageois l’a noyé dans un lac. Quinze ans plus tard, devinez quoi ? Il revient pour se venger. On est donc sur un scénario inédit : Vendredi 13, version marin anémique. Un groupe de jeunes adultes (le quota habituel de fêtards stupides, influenceuses en panne de neurones et copains infidèles) décide de retaper la maison du tueur pour en faire une “expérience touristique”. Rien que ça. Bien sûr, ils ne préviennent personne, ils partent à douze heures de route dans le brouillard et tombent sur le lac le plus inquiétant du monde.
La suite est un festival de clichés : voitures qui refusent de démarrer, brouillard tueur, et personnages qui oublient systématiquement qu’ils ont des jambes pour courir. Le grand méchant, donc : Popeye. Oui, le marin avec l’ancre tatouée et la passion de l’épinard. Ici, il a troqué ses muscles pour un souffle court et une respiration de fumeur de vingt ans de chantier. C’est probablement le premier tueur de l’histoire du cinéma d’horreur qu’on entend arriver avant de le voir. À chaque apparition, on dirait qu’il vient de monter quatre étages sans ascenseur. Côté maquillage, difficile de dire s’il est censé faire peur ou s’il vient d’échapper à un carnaval.
Son costume pendouille, ses prothèses se décollent, et sa démarche hésitante ferait passer Jason Voorhees pour un athlète olympique. À ce niveau, ce n’est plus un slasher, c’est un sketch de Groland tourné sous acide. Si Popeye’s Revenge a un mérite, c’est de rendre ses personnages tellement insupportables qu’on prie pour leur disparition rapide. Tara, l’héroïne autoproclamée, est une entrepreneuse de pacotille persuadée qu’elle va transformer la maison maudite en parc d’attraction. Son petit ami passe son temps à bouder, ses amis sont plus occupés à se filmer qu’à survivre, et la palme revient à “Beanie”, le cliché ambulant du loser au bonnet qui ne sert à rien. La seule qui tire vaguement son épingle du jeu, c’est Olive, la version gothique et fatiguée de la compagne originale du marin.
Elle passe la moitié du film enfermée dans une cave, avant de ressortir miraculeusement indemne d’un incendie. Le genre de résilience qu’on aimerait voir dans la vraie vie, mais qui ici frôle l’absurde total. La plume d’Harry Boxley mérite une mention spéciale. Rarement des dialogues auront sonné aussi creux. Entre les “Qu’est-ce que c’était ?!” hurlés à chaque bruit de vent et les discussions existentielles en pleine attaque, difficile de ne pas rire (même si cela colle avec les trucs du genre le Monopoly dans Vendredi 13 premier du nom sauf que l’on est en 2025 !). Certains moments semblent écrits par une intelligence artificielle qui aurait juste tapé “film d’horreur basique” sur Google. D’ailleurs, même ChatGPT aurait probablement ajouté un peu plus de logique dans l’enchaînement des scènes.
Le film promet du sang, du choc et du gore. Il livre… un peu de ketchup. Les meurtres sont mous, filmés de trop près ou de trop loin, et souvent coupés avant qu’il ne se passe quoi que ce soit. Le coup de la colonne vertébrale arrachée aurait pu être culte, mais entre le plastique brillant et les cris dignes d’un karaoké, c’est juste embarrassant. Mention spéciale à Popeye, censé être surhumain, qui se retrouve essoufflé après avoir couru dix mètres derrière une victime. Même Freddy Krueger doit rire dans sa tombe. Il faut reconnaître une certaine audace au réalisateur William Stead. Il a osé faire un film d’horreur avec trois projecteurs, deux litres de faux sang et ce qui semble être une caméra de mariage.
L’image est propre, mais sans âme. Le montage saute d’une scène à l’autre sans logique, comme si le film avait perdu son scénario en route. La scène de sexe, censée pimenter l’ensemble, est un chef-d’œuvre d’anti-érotisme : les acteurs gardent leurs vêtements, bougent vaguement et semblent prier pour que le réalisateur dise “coupez” le plus vite possible. C’est presque attendrissant de maladresse. Soyons honnête : tout n’est pas catastrophique. La photographie extérieure, notamment les plans du lac et du brouillard, dégage une ambiance correcte. Danielle Scott, déjà vue dans d’autres productions fauchées, fait ce qu’elle peut pour sauver son rôle, et elle y parvient parfois.
Et puis, le film ne dure que 77 minutes — une vraie bénédiction. C’est presque une expérience méditative : regarder Popeye’s Revenge, c’est apprendre à lâcher prise, à accepter le vide, à contempler la nullité comme un art. Au fond, Popeye’s Revenge appartient à cette catégorie rare : les mauvais films sincères. Ceux qui échouent à tout, mais sans cynisme. Le réalisateur semble vraiment croire à son monstre, à sa tragédie lacustre, à son message social inexistant. C’est presque touchant. Le résultat, lui, oscille entre Vendredi 13 version discount et vidéo YouTube amateur tournée un dimanche pluvieux.
Avec un peu de recul, on peut même y voir une satire involontaire du cinéma d’horreur moderne : un mélange d’idées recyclées, de dialogues absurdes et d’acteurs qui attendent leur cachet pour rentrer chez eux. Popeye’s Revenge n’est pas seulement un mauvais film. C’est un avertissement. La preuve que certaines idées doivent rester dans les blagues entre amis et ne jamais devenir des longs-métrages. Le marin aux épinards méritait mieux que d’être transformé en tueur asthmatique dans un slasher en plastique.
Si un jour une suite voit le jour, espérons qu’elle s’appelle Popeye’s Redemption — histoire qu’il se fasse pardonner. En attendant, le seul vrai conseil que j’en retire, c’est celui-ci : mangez vos épinards, mais évitez ce film.
Note : 0/10. En bref, quand le marin aux épinards se transforme en tueur asthmatique et ridicule. Popeye’s Revenge n’est pas seulement un mauvais film. C’est un avertissement. La preuve que certaines idées doivent rester dans les blagues entre amis et ne jamais devenir des longs-métrages.
Prochainement en France en SVOD
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