Critique Ciné : Affinity (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Affinity (2025, direct to SVOD)

Affinity // De Brandon Slagle. Avec Louis Mandylor, Marko Zaror et Brooke Ence.

 

Il y a des films dont l’affiche promet une chose simple : ressembler à n’importe quel Direct-to-SVOD de ces dernières années avec un héros cabossé, des combats nerveux, et une intrigue qui flirte avec la science-fiction. Affinity, réalisé par Brandon Slagle, fait exactement cela… tout en cherchant parfois à raconter beaucoup plus que ce que son format peut vraiment gérer. Pourtant, malgré ses limites, le film offre quelque chose d’assez rare dans le paysage de la série B actuelle : une vraie personnalité visuelle, un acteur principal impliqué, et une ambiance qui reste en tête plus longtemps que prévu.

 

Un ancien SEAL souffrant de stress post-traumatique sauve une femme dont il tombe amoureux, mais elle est ensuite enlevée par de mystérieux ravisseurs. Il réunit une équipe d’élite pour la récupérer, avant de découvrir la vérité choquante : elle a été bio-ingéniérée par un scientifique en deuil de son épouse.

 

Le film suit Bruno, un ancien Navy SEAL rongé par le PTSD depuis la mort de son frère lors d’une mission qui a tourné au drame. Exilé en Thaïlande, Bruno alterne petits boulots pour un ami restaurateur, Joe (Louis Mandylor), et grosses descentes d’alcool pour tenter d’oublier. Sa vie semble bloquée dans une boucle de regrets jusqu’au jour où une femme inconsciente, Athena (Jane Mirro), apparaît devant sa maison au bord du fleuve. Elle ne se souvient de rien, mais elle porte visiblement un passé lourd, presque trop lourd pour ce qu’elle laisse paraître. Cette rencontre fait basculer l’existence de Bruno. Il décide de la protéger, de l’aider à se reconstruire, et une relation se crée entre eux, mélange fragile d’attirance, de méfiance et de répit dans un monde qui les malmène. 

 

Mais ce fragile équilibre ne dure pas : un groupe armé surgit, enlève Athena, et réveille chez Bruno ce qu’il essayait de fuir. La violence revient dans sa vie comme un vieux réflexe, avec ses coups de pied, ses prises acrobatiques et sa détermination de guerrier blessé. Si Affinity fonctionne, c’est d’abord grâce à Marko Zaror. L’acteur chilien, déjà aperçu dans John Wick 4, possède une présence physique difficile à imiter. Il ne se contente pas d’aligner les combats : il incarne un homme qui traîne sa douleur comme une seconde peau. Les moments de silence où il fixe le vide en disent presque plus long que les dialogues, souvent trop mécaniques pour convaincre. Zaror ne joue pas juste un ex-soldat traumatisé ; il paraît vraiment épuisé par ce qu’il porte.

 

L’univers du film se construit autour de cette fragilité, mais aussi autour de la Thaïlande, captée avec beaucoup plus de soin que ce que laisse deviner son budget. La caméra de Niccolo De La Fere offre une vision vibrante de Bangkok : ruelles saturées de néons, docks un peu oubliés, intérieurs modestes baignés par la lumière moite du soir… Le décor raconte quelque chose que le scénario peine parfois à formuler. Cette identité visuelle donne au long-métrage un relief inattendu, presque dépaysant, comme si le cadre compensait les faiblesses d’écriture. Côté action, Affinity trouve vraiment sa respiration. Zaror signe la chorégraphie des combats, et l’expérience se voit. 

 

Les affrontements sont lisibles, dynamiques, toujours ancrés dans l’espace. Le film propose de vrais duels, notamment face au redoutable Brahim Chab, qui incarne l’homme de main le plus dangereux du récit. Chaque rencontre entre les deux acteurs crée une tension particulière. Leur dernier face-à-face reste sans doute la scène la plus marquante du film, un mélange de coups précis, de prises au sol et d’agressivité contenue. Le genre de combat qui rappelle que certains performeurs n’ont besoin ni d’un plan bourré d’effets numériques, ni d’une bande son assourdissante pour impressionner. Même Brooke Ence, qui interprète Fitch, ancienne camarade de Bruno, apporte sa part de muscles et de détermination. 

 

Elle ne surjoue jamais, se place naturellement dans les scènes d’action, et donne un vrai contrepoids émotionnel au personnage de Zaror. Là où Affinity se perd un peu, c’est dans son envie de mêler trop d’éléments narratifs : romance, drame psychologique, conspiration scientifique, enlèvements en série, souvenirs traumatiques et révélations sur fond d’expérimentations génétiques. Le dernier tiers du film part dans une direction plus sci-fi, presque délirante, avec un scientifique aux ambitions assez folles pour faire basculer le récit dans un registre presque pulp. L’idée a du potentiel, mais l’exécution laisse parfois perplexe. La surprise fonctionne, mais l’émotion se dilue. L’impression d’une série B qui tente soudain un grand virage, sans avoir pris assez d’élan, domine. 

 

Le rythme contribue à ce sentiment. Le film avance vite, trop vite. Un personnage secondaire apparaît, aide Bruno, disparaît. Un indice surgit, sans vraiment s’intégrer. Certaines scènes semblent pensées pour aller droit au but, quitte à sacrifier la montée en tension. Difficile de s’attacher à un fil rouge quand le scénario coupe chaque nœud avant qu'il ne se resserre. Malgré tout, Affinity garde une sorte de charme rugueux. Un parfum de vidéo-club survit dans ses choix artistiques, dans cette manière d’aller à l’essentiel, dans ses explosions d’action au milieu de dialogues parfois hasardeux, dans sa volonté sincère de raconter un homme brisé qui se bat pour une raison de plus en plus floue mais profondément humaine.

 

Il faut reconnaître à Brandon Slagle une vraie capacité à utiliser son équipe. La musique de Rocco, à base de synthés appuyés, renforce cette identité rétro sans tomber dans l’hommage trop appuyé. Au final, Affinity n’est pas un film parfait. Mais il possède une énergie, une honnêteté et une générosité dans l’action qui le rendent attachant. Le scénario hésite, trébuche parfois, mais les images, le rythme et les performances, surtout celle de Zaror, rattrapent les faiblesses. Pour un amateur de films d’action nerveux, de sci-fi légère et de performances physiques impressionnantes, Affinity vaut le détour. 

 

Pour un spectateur qui cherche une intrigue solide ou une romance développée, l’expérience risque d’être plus mitigée. Reste cette idée : même dans un film modeste, Marko Zaror confirme qu’il mérite plus d’espace dans le cinéma d’action moderne. Affinity n’est pas son plus grand rôle, mais c’est une vitrine efficace de ce qu’il sait faire mieux que beaucoup d’autres : donner un vrai poids émotionnel aux coups qu’il porte.

 

Note : 5.5/10. En bref, Affinity est un thriller d’action sci-fi énergique mais déséquilibré, sauvé par la présence intense de Marko Zaror et des scènes de combat qui compensent un scénario trop ambitieux pour son format.

Sorti le 25 novembre 2025 directement en VOD

 

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