Critique Ciné : Bull Run (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Bull Run (2025, direct to SVOD)

Bull Run // De Alfredo Barrios Jr.. Avec Tom Blyth, Brandon Engman et Zach Villa.

 

Il existe des films qui s’annoncent comme de grandes plongées dans les coulisses du capitalisme. Et puis il y a Bull Run, un long-métrage persuadé qu’il suffit d’agiter quelques écrans Bloomberg et deux-trois graphiques pour faire croire à un grand récit sur la finance. Le film tente de s’inscrire dans la lignée de The Wolf of Wall Street et The Big Short, mais finit surtout par ressembler à un hommage maladroit, comme si Netflix avait organisé un concours “imite ton film préféré” et avait gardé la copie d’un élève un peu trop fier de ses effets de style. Adapté du livre de Bill Keenan, Bull Run suit Bobby Sanders (Tom Blyth), ancien joueur de hockey recyclé dans l’investissement bancaire. 

 

Bobby Sanders, un ancien joueur de hockey professionnel est aujourd'hui devenu banquier junior. Il navigue dans le monde excentrique et quelque peu surréaliste de la finance.

 

Un héros censé nous guider à travers l’univers déjanté de Wall Street… mais qui, la plupart du temps, donne juste l’impression de passer son temps à commenter ce qu’on voit déjà à l'écran. Entre deux regards caméra façon Jim dans The Office, Bobby explique les règles du milieu, son manque de motivation et la grande vacuité de son job, mais sans jamais aller au bout d’aucune réflexion. Résultat : un guide touristique qui ne connaît pas vraiment la ville. Dès les premières minutes, Bull Run balance montage effréné, voix off omniprésente, titres à l’écran et petits clins d’œil humoristiques comme si tout devait avancer plus vite qu’un trade haute fréquence. 

 

L’énergie est là, mais au lieu de créer un style, le film donne l’impression de cocher des cases. Le tout sans réelle intention derrière. On sent une envie de dynamiser un sujet dense, mais cette agitation permanente finit par masquer un scénario étonnamment creux. Le film parle de finance, mais souvent sans transmettre quoi que ce soit d’essentiel. Là où The Big Short vulgarisait le jargon pour y injecter du sens, Bull Run préfère balancer des termes techniques comme des confettis, histoire de donner l’air sérieux. Sauf que l'effet produit est tout l’inverse : on se retrouve face à un bruit de fond, un brouhaha corporate qui n’aide ni la narration ni le spectateur. 

 

Le point de départ du film aurait pourtant pu apporter un vrai poids dramatique : la mort du mentor de Bobby, Chandler. Une disparition qui devrait remettre le héros en question, bouleverser sa vision du milieu, ouvrir une vraie réflexion morale. Enfin, en théorie. Dans les faits, le film annonce une crise existentielle, mais ne la montre jamais. Bobby continue sa vie comme si de rien n’était : petites romances au bureau, blagues entre collègues, missions à moitié faites… Cette absence d’impact dramatique rend le personnage étonnamment distant. On nous dit qu’il souffre ou qu’il doute, mais rien dans le jeu ou la mise en scène ne traduit ce supposé mal-être. 

 

À force de laisser l’émotion hors-champ, le film en perd toute profondeur. Tom Blyth fait ce qu’il peut pour donner vie à Bobby, mais le scénario ne lui laisse que deux postures : sourire et expliquer. Autour de lui, les autres personnages ne sont pas mieux lotis : il y a le boss tyrannique, l’analyste ambitieuse, le collègue richissime caricatural, la consultante “écolo mais pas trop”, chacun réduit à un rôle fonctionnel. Bull Run donne parfois l’impression d’être une comédie de bureau vaguement inspirée par le monde réel, mais sans jamais le comprendre réellement. Certains stéréotypes datent même d’un autre âge, notamment dans la manière dont le film traite les personnages non américains. 

 

Quelques répliques auraient pu passer dans une série des années 2000, mais en 2025, elles dénotent vraiment. Ce manque de finesse pèse lourd dans un film qui prétend traiter d’un environnement globalisé. Le film veut dénoncer l’absurdité du monde financier, ses dérives, sa vacuité. Sauf qu’il le fait en adoptant exactement les mêmes codes que ce qu’il veut critiquer. Il veut moquer l’esbroufe… en misant sur l’esbroufe. Il veut dénoncer l’ego… avec une mise en scène centrée sur un héros qui ne parle que de lui. Il veut mettre en évidence l’absurdité du jargon… en construisant des scènes entières autour de ce jargon sans jamais l’expliquer. 

 

Et quand Bull Run tente d’utiliser des images d’archives ou des photos ironiques pour appuyer ses propos, cela ressemble surtout à un cache-misère éditorial. Au final, la satire reste tellement vague que le film finit par ressembler à une version Netflix d’un exposé PowerPoint sur les banques d’investissement : dynamique mais peu instructif. Au-delà de ses inspirations évidentes, Bull Run souffre d’un manque flagrant de substance. Le film accumule des scènes décousues : blagues de bureau, soirées qui n'apportent rien, stratégies financières incompréhensibles… sans jamais construire une narration vraiment cohérente. 

 

Cette structure en vignettes donne l’impression que rien n’avance, que chaque scène pourrait être déplacée ou supprimée sans que cela change quoi que ce soit. Pourtant, entre la mise en scène énergique, l’histoire vraie derrière l’écriture et un casting plutôt solide, on sent qu’il y avait matière à faire quelque chose de plus incarné. Le potentiel est là, mais jamais exploité. Bull Run veut exister dans la grande tradition des films sur la finance, mais peine à trouver sa propre identité. Le film amuse parfois, divertit par moments, mais il reste trop sage et trop scolaire pour s’imposer comme une satire solide ou un drame marquant. En voulant copier des modèles plus brillants, il oublie de proposer une vraie vision. 

 

Note : 3.5/10. En bref, au-delà de ses inspirations évidentes, Bull Run souffre d’un manque flagrant de substance. Le film accumule des scènes décousues sans jamais construire une narration vraiment cohérente. 

Prochainement en France en SVOD

 

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