20 Novembre 2025
Dream Eater // De Jay Drakulic, Mallory Drumm et Alex Lee Williams. Avec Robin Akimbo, Jay Drakulic et Brittany Drumm.
Dream Eater fait partie de ces films qui donnent l’impression d’avoir été conçus après une nuit blanche… et pas dans le bon sens. Le found footage, quand il est maîtrisé, permet d’être plongé dans la panique brute, dans l’urgence. Ici, il sert surtout à cacher ce qui aurait mérité un peu plus de travail. Le concept ? Une caméra à la main, un chalet isolé, un couple qui a autant de complicité qu’un duo de gens coincés dans une file d’attente à la poste, et un mec qui dort mal. La promesse du siècle. Le film suit Mallory et Alex, un couple déjà en délicatesse avant même d’arriver dans ce chalet perdu au milieu de nulle part. Leur mission : filmer les nuits d’Alex, qui souffre de parasomnie.
Mallory, une réalisatrice de documentaires, se rend dans une cabane isolée dans les montagnes avec son petit ami Alex afin de documenter sa parasomnie violente.
Comprendre : le gars se balade la nuit en murmurant des trucs inquiétants puis fait semblant d’être surpris quand il se réveille. La docteure Snape — nom subtil qui ne détourne pas du tout l’attention — conseille de tout filmer avant de partir en déplacement. Résultat : Mallory embarque sa caméra, son copain épuisé et, apparemment, toute sa patience dans un logement aussi mal foutu que leur relation. Le duo Alex Lee Williams / Mallory Drumm, qui écrit, réalise et joue, semble avoir tenté un film intime. Malheureusement, l’intimité, ici, ressemble surtout à deux colocataires coincés dans une colocation forcée pendant un confinement.
Alex, parfois convaincant dans ses moments de crise, se retrouve face à Mallory, dont le jeu a à peu près la même amplitude émotionnelle qu’un mannequin en vitrine. L’absence d’alchimie est tellement flagrante que même les moments censés être tendus ressemblent à des disputes entre deux personnes qui viennent juste de se rencontrer. Le film enchaîne les mêmes séquences à un rythme hypnotique : nuit, réveil, Alex marche comme un zombie, Mallory filme, Alex oublie. Un cycle sans fin. Après quelques occurrences, ça ressemble moins à un thriller horrifique qu’à un tuto « Comment rater son exorcisme domestique ». La répétition devient tellement mécanique que la moindre tentative de frisson s’évapore avant même de commencer.
Quant au chalet, censé être le décor inquiétant par excellence, il agit surtout comme un décor IKEA mal éclairé. L’électricité joue à cache-cache, comme si quelqu’un en coulisses s’amusait à couper le courant avec un minuteur. Impossible de savoir si c’est volontaire ou simplement le reflet du budget. D’ailleurs, le film adopte une logique douteuse du found footage : certains plans semblent filmés par un caméraman invisible qui aurait décidé soudainement de s’incruster dans l’histoire. La magie du réalisme, version roulettes bancales. À partir du moment où Mallory se met à consulter un spécialiste en visio — parce que rien n’apporte plus de terreur qu’un appel Zoom — l’intrigue plonge dans un folklore surnaturel servi avec la délicatesse d’une encyclopédie mal photocopiée.
L’expert lui parle d’une entité ancestrale qui grignoterait l’âme des somnambules. Oui, rien que ça. L’idée pourrait être amusante, mais présentée à la vitesse d’un épisode de télé-réalité qui doit boucler avant la pub, elle perd toute crédibilité. Les dialogues, de leur côté, donnent l’impression d’avoir été écrits avec un manuel « Comment faire parler des humains ». Mallory fait tout pour sauver son mec, tandis qu’Alex répond systématiquement avec l’enthousiasme d’un type qu’on force à se lever un dimanche matin. Leurs conversations ressemblent davantage à des comptes rendus exposés à voix haute qu’à de vraies interactions. Difficile de croire à leur histoire de couple quand l’un semble constamment agacé et l’autre constamment résignée.
Pas simple de créer de la tension quand tout sonne calculé. Le film tente aussi de pimenter tout ça avec un passé trouble, quelques révélations familiales et des pistes sur l’origine des crises d’Alex. Sauf que tout arrive sans transition, comme si quelqu’un s’était souvenu en plein montage qu’il fallait ajouter un semblant d’intrigue. À peine ces pistes sont-elles introduites qu’elles se font avaler par le vortex de répétition du film. Visuellement, Dream Eater oscille entre « vidéo prise à la va-vite » et « mini-film qui voudrait être beau mais sans assumer ». Le résultat : un mélange de plans trop propres pour être crédibles et trop mal cadrés pour être esthétiques. Les scènes nocturnes, censées être la colonne vertébrale de l’ambiance, manquent d’impact.
Les épisodes de parasomnie ne provoquent aucune inquiétude — juste un sentiment de déjà-vu qui s’installe très tôt. Le dernier acte, censé être le grand moment d’horreur, vire à l’exagération totale. La mise en scène, qui jusque-là tentait tant bien que mal de garder pied, lâche les rênes et tombe dans une sorte d’hystérie désorganisée. Le final expédié semble dire : « Bon, ça suffit, circulez, y’a plus rien à voir ». Pas vraiment la fin espérée pour un film qui veut jouer dans la cour du surnaturel sombre. Après Dream Eater, l'impression la plus forte n’a rien à voir avec la peur.
Ce qui reste, c’est la sensation d’avoir suivi une longue démonstration sur ce qu’un found footage ne doit pas faire : répétition, manque de crédibilité, acteurs qui ne semblent pas occuper la même dimension, tensions artificielles et révélations parachutées. Même les rares tentatives de créer un frisson se heurtent à une mise en scène hésitante, trop consciente de ses limites pour oser aller plus loin. Dream Eater avait pourtant un point de départ qui pouvait fonctionner : un couple en crise, un trouble du sommeil, un chalet isolé, des injonctions médicales étranges, un mystère lié au passé. Mais tout se dilue dans une exécution mécanique, comme si le film cochait des cases sans jamais s’arrêter pour penser à ce qu'il raconte vraiment.
Ce film ne réussit jamais à installer la moindre tension durable et laisse un arrière-goût d’expérience incomplète. Pas assez effrayant pour les amateurs d’horreur, pas assez solide pour le public curieux, pas assez drôle pour être apprécié ironiquement. Dream Eater s’endort dans son propre concept et finit par ressembler à une longue nuit blanche dont personne ne sort vraiment gagnant.
Note : 1/10. En bref, le found footage qui se prend pour un cauchemar mais finit en simple insomnie.
Prochainement en France en SVOD
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