11 Novembre 2025
Exit Protocol // De Shane Dax Taylor. Avec Dolph Lundgren, Michael Jai White et Charlotte Kirk.
Exit Protocol, nouvelle production de Saban Films réalisée par Shane Dax Taylor, fait partie de ces films d’action qui posent le pistolet sur leur propre pied avant d’appuyer sur la gâchette. L’idée de base n’était pourtant pas catastrophique : un tueur à gages chargé d’en éliminer un autre, avant d’être lui-même pris pour cible par une série de collègues en manque de mission. Ça aurait pu donner un John Wick du désert, une chasse à l’homme nerveuse dans les collines du Nouveau-Mexique. Mais à la place, le film préfère nous offrir 90 minutes de perplexité filmée. Scott Martin incarne Sam, un “assassin d’assassins” — une idée qui semble sortie d’un brainstorming de stagiaires un vendredi soir.
La nouvelle mission du mercenaire Sam Hayden est d'éliminer son légendaire et impitoyable prédécesseur, Charles Managold.
Le type travaille pour “The Organization” (oui, le nom est aussi inspiré que l’écriture), et son boulot consiste à éliminer les collègues qui ont décidé de prendre leur retraite. Bref, c’est la mutuelle des tueurs, mais avec plus de flingues et moins de cotisations. Sam est censé être le meilleur dans son domaine, mais il passe la moitié du film à hésiter, à rater ses cibles et à se faire doubler par tout le monde. On a déjà vu des tueurs tourmentés, mais rarement des tueurs aussi… indécis. Entre deux monologues en voix off où il explique laborieusement ce qu’on vient de voir (“Je suis un tueur. Je tue des tueurs. Mais parfois, je ne tue pas les tueurs…”), le personnage s’enfonce dans un vide existentiel qu’aucune explosion numérique ne parvient à combler.
Face à lui, Dolph Lundgren campe Charles, le tueur repenti. C’est sans doute la seule bonne nouvelle du film : Lundgren, en vieux baroudeur fatigué, parvient à donner un peu d’humanité à ce scénario qui en manque cruellement. Son personnage a trouvé la foi, une compagne enceinte et un semblant de paix. Évidemment, ça ne pouvait pas durer. Le duel annoncé entre Sam et Charles devait être le cœur du film — une confrontation entre deux visages du même métier, entre le cynisme et la rédemption. Sur le papier, c’est prometteur. À l’écran, c’est une succession de dialogues de série Z interrompus par des coups de feu en CGI.
Quand deux tueurs discutent de la grâce divine au milieu d’un champ de mines numériques, difficile de ne pas sourire. Michael Jai White et Stephanie Beran complètent le tableau, incarnant respectivement Isaac et Wicked, deux tueurs lancés à la poursuite de nos anti-héros. On se dit qu’avec White, le film va peut-être enfin s’animer. Raté. Même lui semble se demander ce qu’il fait là, entre deux punchlines ratées et trois cascades montées à la hache. Quant à Wicked, ex-fiancée de Sam abandonnée à l’autel (car évidemment, tous les tueurs ont une vie sentimentale très compliquée), elle passe son temps à hurler et tirer dans le vide.
Le film aurait pu en faire un personnage à la Kill Bill, mais il préfère la réduire à un ressort comique involontaire. La photographie, signée Mark Rutledge, tente de sauver ce qui peut l’être. Les grands espaces ensoleillés du Nouveau-Mexique donnent un peu d’air à cette intrigue étouffée par son propre bavardage. Le problème, c’est que la mise en scène de Shane Dax Taylor ne sait jamais quoi faire de ce décor. Les fusillades manquent de rythme, les transitions sont si abruptes qu’on dirait des pubs mal coupées, et le montage donne l’impression que chaque scène a été tournée dans un ordre aléatoire.
Les effets spéciaux, eux, semblent avoir été générés par un ordinateur en pleine crise existentielle. Les impacts de balles disparaissent avant qu’on ait eu le temps de les voir, et chaque explosion ressemble à une animation PowerPoint. Il faut le reconnaître : Exit Protocol est un film d’action sans action. L’un des gros problèmes de Exit Protocol, c’est qu’il se prend incroyablement au sérieux. Le scénario de Chad Law aligne les clichés du genre avec une telle gravité qu’on en vient à douter que quelqu’un ait relu le texte avant tournage. Les dialogues sont remplis de phrases sentencieuses sur la rédemption, le destin et la solitude du tueur — sauf qu’ici, tout sonne creux.
Il y avait pourtant de quoi s’amuser : une sorte de western moderne entre tueurs, une réflexion ironique sur la violence, ou même une série B qui assume son absurdité. Mais non : le film veut être un “thriller existentiel” alors qu’il peine déjà à être divertissant. La grande erreur de Exit Protocol, c’est de ne jamais embrasser son côté série B. Là où un Hypertension ou un Shoot ’Em Up assument leur folie, ici tout est figé, froid, sans second degré. Même les moments censés détendre l’atmosphère tombent à plat, faute de rythme et d’acteurs capables d’y croire.
Et c’est sans doute ce qui rend le film si frustrant : on sent que tout le monde essaie d’y croire — le réalisateur, les acteurs, peut-être même l’équipe technique —, mais personne n’a vraiment de direction. Le résultat, c’est un long couloir de scènes mécaniques, une succession de fusillades sans enjeu, un film où tout le monde tire mais où rien ne touche. Exit Protocol voulait sans doute redonner un peu de lustre au film d’action “old school”, avec ses tueurs fatigués, ses dialogues sur la rédemption et ses duels au soleil. Ce qu’il réussit à faire, c’est surtout un film qui donne envie de revoir The Expendables pour se rappeler ce qu’est le plaisir coupable.
Note : 1/10. En bref, c’est une production symptomatique de ce qu’est devenue une certaine branche du cinéma d’action américain : des concepts recyclés, des acteurs usés, des scénarios sous perfusion, et des effets numériques qui datent déjà du siècle dernier. Ce n’est pas complètement nul — juste incroyablement inutile. Et dans le fond, c’est peut-être pire.
Prochainement en France en SVOD
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