9 Novembre 2025
I Really Love My Husband // De G.G. Hawkins. Avec Madison Lanesey, Travis Quentin Young et Arta Gee.
Il y a des films qui donnent envie de partir en lune de miel, et d’autres qui donnent envie d’annuler son mariage. I Really Love My Husband fait clairement partie de la deuxième catégorie. Derrière son titre plein de bons sentiments, le film de G.G. Hawkins cache une comédie acide sur le couple moderne… mais sans l’humour ni la finesse qu’on pouvait espérer. Le pitch est simple : Teresa (Madison Lanesey) et Drew (Travis Quentin Young) partent enfin en lune de miel, un an après leur mariage. Le décor est paradisiaque — plages, cocotiers, eau turquoise — mais la relation, elle, ressemble déjà à un champ de ruines. Teresa est une boule d’énergie narcissique, obsédée par son image et incapable de se taire.
L'escapade tropicale d'une jeune mariée au Panama prend un tour inattendu lorsqu'elle se sent irrésistiblement attirée par leur hôte de location charismatique, la poussant à faire une proposition audacieuse qui pourrait tout changer.
Drew, lui, est le genre de type trop gentil pour être vrai, celui qui s’excuse quand quelqu’un lui marche sur le pied. Autant dire que le couple ne vend pas du rêve. Dès les premières minutes, j’ai senti que le film allait tester ma patience. Teresa est présentée comme une mariée hystérique qui, le jour même de son mariage, appelle son ex pour lui dire combien elle aime son nouveau mari. Une scène gênante, mais révélatrice : cette femme a besoin que tout le monde valide ses émotions, quitte à tout saboter autour d’elle. Et ça ne s’arrange pas. Lors d’un vol vers leur destination de rêve, elle déclenche une réaction allergique chez un passager à cause de sa barre énergétique aux noix.
Le pauvre homme frôle la mort, Drew sauve la situation, et elle trouve quand même le moyen d’être furieuse… parce que son mari reçoit les applaudissements. À ce stade, on se demande presque si le titre du film n’est pas une mauvaise blague. Madison Lanesey incarne Teresa avec une telle intensité qu’on finit par ne plus savoir si on doit la détester ou la plaindre. Le couple atterrit à Bocas del Toro, au Panama, un endroit de carte postale où tout devrait respirer la sérénité. Mais Teresa transforme chaque instant en mini-crise. Les bagages perdus deviennent un drame existentiel, le personnel local est pris à témoin de ses “je t’aime” répétés, et les réseaux sociaux se remplissent de selfies mensongers.
Pendant ce temps, Drew sourit, subit, et essaie de rester poli. C’est presque un miracle qu’il ne se jette pas à l’eau pour fuir. Le contraste entre la beauté du décor et la laideur des échanges de ce couple fonctionne plutôt bien au début. La caméra de Ryan Thomas capture les plages et la lumière tropicale avec une douceur presque ironique, comme si la nature refusait de se mêler à cette mascarade humaine. Mais à la longue, le film s’enlise : il observe le désastre sans vraiment savoir quoi en faire. C’est là qu’intervient Paz (Arta Gee), un·e habitant·e non-binaire qui sert de guide au couple. Teresa, toujours en quête de validation, décide qu’une aventure à trois serait une bonne idée pour “pimenter” le voyage.
Drew, évidemment mal à l’aise, finit par accepter — par gentillesse, par faiblesse, ou juste par fatigue. La suite, sans surprise, vire au fiasco. Drew couche seul avec Paz, avec l’accord de Teresa, mais cela déclenche une crise encore plus violente. Les cris, les accusations, les grandes déclarations : tout y passe. Teresa hurle qu’elle ne l’a jamais aimé, Drew s’en va en bateau, l’air brisé. La caméra le filme s’éloignant sur l’eau, triste et silencieux, pendant qu’elle reste sur la plage à ressasser ses contradictions. Le problème, c’est que cette conclusion ne surprend personne. Tout au long du film, G.G. Hawkins aligne les signaux d’alarme sans jamais approfondir les causes de ce désastre conjugal.
On comprend vaguement que Teresa a peur de ne pas être aimée, que Drew s’efface trop, mais rien n’est creusé. L’histoire reste à la surface, comme un selfie sans filtre émotionnel. Ce qui aurait pu être une satire sur le narcissisme moderne tourne vite en huis clos étouffant. La mise en scène, pourtant sincère, ne trouve pas le ton juste entre comédie et drame. Par moments, le film semble vouloir critiquer les faux-semblants des couples “Instagram”, mais il finit par reproduire les mêmes clichés qu’il dénonce. La réalisatrice G.G. Hawkins signe ici son premier long métrage, et on sent un vrai désir de raconter quelque chose d’intime, voire d’autobiographique.
Mais à force de vouloir tout dire — sur l’amour, le désir, la jalousie, la fluidité des genres — le film ne dit finalement pas grand-chose. Il plane entre le malaise et la confusion, comme un vol long-courrier sans destination claire. Heureusement, la photographie de Ryan Thomas apporte une respiration bienvenue. Les scènes sur la plage, les plans de Drew jouant au foot avec des enfants, ou les moments de calme sur l’eau donnent au film une beauté que les dialogues n’ont pas. On sent presque que le chef opérateur raconte un autre film : celui d’un homme simple, qui cherche juste un peu de paix dans un monde bruyant. Madison Lanesey, malgré le caractère imbuvable de Teresa, s’en sort avec un certain courage.
Il faut une bonne dose d’audace pour jouer un personnage aussi détestable sans chercher à l’adoucir. Travis Quentin Young, lui, apporte une humanité sincère, presque trop douce pour le scénario. Leur duo, aussi déséquilibré soit-il, garde une forme d’authenticité : celle des couples qui se détruisent en prétendant s’aimer. Au fond, I Really Love My Husband ressemble à un dîner de famille où deux personnes se disputent pendant une heure et demie, et où tout le monde autour fait semblant d’apprécier le dessert. C’est long, inconfortable, parfois drôle malgré soi, mais ça laisse surtout un goût amer.
Le film veut parler d’amour, de communication et de vulnérabilité, mais il oublie l’essentiel : donner envie d’y croire. La sincérité est là, mais pas la subtilité. Il reste de jolies images, quelques dialogues lucides, et beaucoup de frustration.
Note : 3/10. En bref, I Really Love My Husband est un drame conjugal sous les tropiques qui aurait pu être cruel et brillant, mais qui se contente d’être bruyant et inégal. Malgré un duo d’acteurs investis et une belle direction photo, le film tourne à vide, piégé dans la caricature qu’il prétend dénoncer. Un peu comme son héroïne, il passe plus de temps à se regarder qu’à se comprendre.
Prochainement en France en SVOD
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