Critique Ciné : Icefall (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Icefall (2025, direct to SVOD)

Icefall // De Stefan Ruzowitzky. Avec Joel Kinnaman, Graham Greene (II) et Danny Huston.

 

Il y a des films qui réchauffent, même quand ils se déroulent au milieu d’un blizzard. Icefall, lui, a réussi l’exploit inverse : me geler l’enthousiasme en moins de dix minutes. Le pitch avait pourtant du potentiel : un avion rempli de millions de dollars s’écrase dans un lac gelé, un type paumé tombe dessus, et une bande de criminels débarque pour récupérer la mise. Une base solide, simple, presque impossible à rater. Eh bien si. Icefall prouve qu’il existe toujours un moyen de glisser, même avec des crampons. Dès les premières images, j’ai senti le courant d’air. La glace, qui devrait inspirer une tension glaciale, ressemble ici à une table basse IKEA posée devant un fond vert fatigué.

 

Un jeune gardien amérindien de la faune capture un braconnier notoire et découvre que ce dernier connait l'emplacement d'un avion transportant des millions de dollars qui s'est écrasé dans un lac gelé.

 

Le film ouvre sur une scène censée montrer la nature sauvage, mais on dirait surtout que les acteurs se débattent contre un éclairage d’entrepôt et des textures numériques sorties d’un logiciel gratuit. À ce stade, j’ai compris que la bataille contre la crédibilité était déjà perdue. Et pourtant, Icefall n’est pas avare en ambitions. On suit Harlan, un homme brisé par le deuil, interprété par Joel Kinnaman. Le pauvre, il fait ce qu’il peut, mais son personnage passe tellement inaperçu qu’il pourrait être confondu avec un figurant qui se serait perdu sur le plateau. Il traverse le film avec la même intensité qu’un frigo en veille, et même ses moments de révélation émotionnelle font l’effet d’un feu de camp sans bois.

 

Face à lui, Ani, une garde-chasse aussi mal écrite que mal dirigée. Le film tente de la présenter comme une femme forte, déterminée, en charge de son territoire. Résultat : elle se comporte surtout comme une caricature de policière autoritaire qui confond courage et impulsivité. Chaque décision est plus discutable que la précédente, et sa manière d’exercer son autorité ressemble parfois à une parodie involontaire. Puis viennent les méchants. Là, Icefall atteint un sommet inattendu : celui de la surenchère ridicule. Danny Huston, pourtant capable de jouer des antagonistes mémorables, hérite ici d’un rôle qui paraît tiré d’un vieux comic book mal scanné. Sa bande est composée de criminels qui feraient passer les bandits de Maman, j’ai raté l’avion pour des experts stratégiques. 

 

L’une des antagonistes, notamment, passe son temps à hurler comme si elle avait perdu un pari. Je suppose que cela devait inspirer la peur, mais ça évoque surtout un petit chien excité. Tout ce beau monde se met donc en chasse pour retrouver les millions tombés du ciel. Le film promet une course contre la montre, mais propose plutôt une randonnée molle sur un lac numérique. Les scènes d’action manquent tellement de souffle que même les rafales de vent synthétiques ne semblent pas motivées. Les rares moments où ça bouge un peu — un piège, une flèche, une dérive sur la glace — sont avalés par la mise en scène, qui ne sait jamais s’il faut jouer la tension ou faire un reportage touristique sur le Montana virtuel.

 

Là où Icefall tente désespérément de se donner une profondeur, c’est avec l’inclusion de personnages secondaires censés ajouter du charme ou du drame. Pen, par exemple, un membre de la bande criminelle qui a soudain trouvé Dieu. On sent que le scénario voulait créer un contraste moral, peut-être même un moment de débat philosophique. À l’écran, cela donne surtout un gars qui fait des sermons entre deux poursuites, ce qui casse le rythme déjà fragile du film. Le film choisit aussi de mettre en scène quelques enjeux liés aux communautés autochtones, mais la manière est tellement maladroite qu’on dirait un devoir scolaire qui coche des cases au lieu de raconter quelque chose de sincère. 

 

Le portrait manque de nuance et la plupart des tensions installées n’apportent rien à l’histoire. Ce n’est pas que l’idée est mauvaise, c’est juste que le film ne sait pas quoi en faire, et ça se voit. Visuellement, Icefall est un mélange de décors numériques approximatifs et de paysages qui auraient pu être magnifiques si quelqu’un avait pris le temps de réellement les filmer. La scénagraphie — utilisé ici pour simuler les extérieurs — donne une ambiance artificielle qui retire toute sensation de froid, de danger ou même de cohérence. Le monde semble flotter autour des personnages, comme si chacun tournait une scène dans une pièce différente. Les enjeux sont glacés, mais pour de mauvaises raisons.

 

Le rythme, déjà faible, souffre encore plus de la manière dont les scènes s’enchaînent : les moments censés être intenses tombent à plat, les révélations manquent d’impact, et les tensions s’évaporent aussitôt qu’elles apparaissent. Même les chasses, pourtant cœur du film, manquent d’énergie. J’ai parfois eu l’impression que le film avait oublié qu’il était censé être un thriller. Lorsqu’arrive le dernier acte, Icefall tente un regain d’intérêt en multipliant les confrontations et les accélérations de scénario. Malheureusement, ces efforts arrivent trop tard, et l’ensemble reste noyé dans l’ennui accumulé. Même l’apparition d’un personnage local censé réchauffer le drame n’y change rien.

 

Tout semble bricolé, sans liant, sans souffle, comme si deux films étaient mélangés sans jamais s’emboîter. Au final, Icefall avait une bonne base : de l’argent au milieu de la glace, un homme au passé traumatisé, une chasse impitoyable dans des paysages hostiles. Mais entre les choix scénaristiques curieux, la mise en scène anémique, les personnages sous-exploités et les effets visuels dignes d’une pub pour climatiseur, le film s’effondre comme le lac sur lequel il se déroule. J’en ressors avec la désagréable impression d’avoir regardé un brouillon commencé trop vite, fini trop tard, et tourné trop près d’un fond vert. L’idée avait du potentiel, mais elle glisse sans jamais trouver son équilibre.

 

Note : 1.5/10. En bref, Icefall ressemble à un thriller gelé qui, entre personnages mal écrits, action molle et décors numériques criards, finit par s’effondrer sous son propre manque d’inspiration.

Prochainement en France en SVOD

 

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